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L’impasse québécoise

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À cause de leurs divisions traditionnelles, les Québécois francophones n’ont jamais connu l’ennui en politique. La turbulence québécoise a souvent perturbé le Canada anglais qui, modelé par ses grandes plaines, a tendance à poser un regard plus horizontal et plus calme sur leurs divergences. Les débats politiques sont la plupart du temps prévisibles et les Canadiens anglais sont surtout peu friands de manifestations bruyantes. Ils laissent aux Québécois les plaisirs grisants de la rue.

Les indépendantistes, depuis la création du RIN, ont été les enfants terribles du Canada, qu’ils ont poussé dans ses derniers retranchements en 1976 lorsque le Parti québécois a été porté au pouvoir.

Cependant, après la défaite du référendum de 1980, une secousse tellurique qui a ébranlé dans ses fondements la confiance collective à peine assurée, l’on a vite compris que l’échiquier politique allait poser un sérieux problème pour l’avenir.

En clair, seuls les francophones étaient divisés. Les anglophones, eux, serraient les rangs et les allophones, moins nombreux à l’époque, se rangeaient du côté de ces derniers. Les clairvoyants et les lucides teintés de pessimisme ont accusé le coup avec douleur. Les lendemains n’allaient pas chanter.

Francophones divisés

Quinze ans plus tard, en 1995, les Québécois francophones étaient toujours divisés, mais l’espoir habitait de nouveau les souverainistes, dont une partie souhaitait croire à leur rêve d’indépendance. Le Québec se diversifiait et l’on n’avait qu’à jeter un œil sur la démographie pour comprendre que la victoire ne pouvait être qu’à l’arraché.

Le Canada anglais a plongé dans des tourments et des inquiétudes insupportables qui fouettaient ses ardeurs. Le pays subissait une attaque intérieure qui pouvait être mortelle. On assista alors au grand jeu de l’amour sans rien laisser au hasard.

1995 sonna le glas pour nombre de souverainistes incapables de surmonter cette seconde mise K.-O. Ce fut la glaciation du camp du non. Et la lutte des classes sociales creusa un autre fossé qui divise plus encore les francophones.

La mondialisation

Puis le vent de la mondialisation enivra­­ les jeunes générations qui depuis ne dessoûlent plus, ce qui explique leur indifférence face au nationalisme. Aujourd’hui­­, chacun revendique pour lui-même sa souveraineté. Chacun est lui-même son propre pays. Le Canada anglais est devenu le pays phare du multiculturalisme, ce qui permet de noyer le poisson, en l’occurrence le Québec et la théorie des deux nations et des deux peuples fondateurs, ces mythes au relent­­ d’intolérance aux yeux des disciples de la modernité débridée.

Est-ce étonnant que le PQ semble avoir perdu ses capacités intellectuelles qui sont plutôt en voie d’effilochage, si l’on en croit les propositions farfelues de Nicolas Marceau et ses amis? Le parti semble incapable de s’inscrire désormais dans une de ses forces passées, à savoir sa capacité d’offrir au Québec tout entier un niveau de débats intellectuels remarquables.

En clair, la machine à idées du PQ est en panne. Comment redonner de la vigueur­­ à l’idée de souveraineté? Comment­­ arrêter le mouvement démographique? Le PQ avance en arrière, comme on disait jadis dans les autobus. Et le constater n’est pas nécessairement s’en réjouir.