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Ordinaire: la famille du compositeur est «ébranlée»

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«J’ai aimé Gros Pierre autant que Céline a aimé son René», m’a dit, en sanglotant, la veuve de Pierre­­ Nadeau, surnommé «Gros Pierre», celui qui a été immortalisé dans la chanson Ordinaire, dont il avait composé la musique avec Robert Charlebois.

Marie Langevin est inconsolable depuis qu’elle a appris, en lisant ma chronique de mardi dans Le Journal, que la mention de Gros Pierre a été carrément effacée des paroles dans la version de ce grand classique que Céline Dion chantera. La parolière Mouffe a adapté la chanson pour qu’elle corresponde plus à l’univers de la chanteuse.

«Je crois que Céline n’aurait jamais accepté qu’on change les mots de son René», m’a dit Marie­­ Langevin jeudi, en pleurant à chaudes larmes. Pierre Nadeau est décédé en 2004 d’un cancer à l’âge de 60 ans. «Gros Pierre» est indissociable de la carrière de Robert Charlebois. Il a participé à L’Osstid’show et a assuré la direction musicale de Québec Love. La chanson Ordinaire a remporté une médaille d’or au Festival international de Sopot, en Pologne, en 1970.

POT, BIÈRE, PIERRE

Dans la version originale de 1969, écrite par Mouffe, Charlebois chantait:

«J’fumerais du pot, j’boirais de la bière

J’ferais de la musique avec le gros Pierre».

Dans la nouvelle version, Céline chantera:

«J’f’rais d’la musique autour d’un verre

Avec ma mère, mes sœurs, mes frères».

Or, en enlevant la référence à Gros Pierre, on enlève carrément­­ le tendre hommage à celui qui a composé la musique­­ de la chanson avec Robert Charlebois.

Marie Langevin est l’ayant droit de la musique d’Ordinaire­­, c’est-à-dire l’héritière des droits d’auteur, avec Robert Charlebois. Mais elle affirme que ni les Productions Feeling, ni Mouffe, ni Charlebois ne l’ont contactée pour l’informer­­ qu’Ordinaire serait reprise par Céline Dion et que la mention de Gros Pierre serait effacée.

«Pierre me disait souvent: “Le seul héritage que je peux laisser, c’est ma musique”. Mais là, il a été trahi dans son âme.»

Jeudi, j’ai parlé à Irène Nadeau, la sœur du compositeur. Elle est «outrée» que la référence à son frère ait été rayée de la carte.

«Ils auraient eu les moyens de garder la phrase. En plus, de ne pas nous avoir prévenus, c’est un deuxième rejet. C’est un manque de délicatesse. Il y a trois “parents” à cette chanson: Charlebois, Mouffe et mon frère. Ce n’est pas parce­­ qu’il est mort qu’on doit l’oublier. Maintenant, ma grosse crainte, c’est qu’ils aient modifié sa musique.»

Ni Mouffe ni Robert Charlebois ne m’ont rappelée­­ jeudi pour réagir aux propos de la famille.

UNE RÉMUNÉRATION PAS ORDINAIRE

Une chose est sûre. L’auteure de la chanson, Mouffe, a parfaitement le droit de signer une adaptation pour une autre interprète­­, cela se fait couramment sans que personne s’en offusque­­. Elle n’avait aucune obligation d’aviser qui que ce soit et il n’y a eu aucune faille de procédure. Comme me le disait­­ une source dans le milieu: «L’ayant droit sera rému­nérée en conséquence. Elle devrait se réjouir de faire beaucoup plus d’argent avec la version de Céline Dion que ce qu’elle recevait jusqu’ici avec la version de Robert Charlebois­­.»