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Emma Albani au Couvent Sacré-Coeur

1878

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Photo Le Journal de Montréal, Ben Pelosse
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Les sœurs musiciennes à Sault-au-Récollet

Photo Courtoisie des Archives du Centre d’histoire de Montréal, Gravure du couvent du Sacré-Cœur à Sault-au-Récollet, tiré du Canadian Illustrated News paru le 2 mars 1878

Se promenant près du Couvent par une belle journée, ces jeunes femmes ressemblent à s’y méprendre à Emma et Cornélia Lajeunesse, jadis pensionnaires au Sacré-Cœur. Née à Chambly en 1847, Emma révèle très tôt un talent rare pour la musique, tout comme sa sœur cadette Cornélia. À quatre ans, Emma joue déjà du piano avec sa mère Mélina. Musicien accompli et professeur, leur père Joseph leur enseigne le chant et la harpe. C’est en 1856 qu’Emma se produit pour la première fois à l’Institut des artisans de Montréal. Elle n’a que huit ans, mais le public est déjà sous le charme. À la suite du décès en couches de la mère des fillettes, elles deviennent pensionnaires au Couvent du Sacré-Cœur. Leur père reste près d’elles, car il enseigne la musique au sein de la même institution. Profitant d’une solide formation, Emma reçoit l’enseignement du plus éminent professeur de musique au Canada, Charles-Gustave Smith. Sous son aile et celle de son père, la carrière musicale d’Emma prend rapidement forme.,

Devenir Emma Albani

Photo Courtoisie des Archives de la Ville de Montréal, Emma Lajeunesse, dite Emma Albani (Gye).1877, BM1-5P0014-1

Première cantatrice canadienne à faire une carrière internationale, les débuts de la jeune Emma ne sont guère aisés. Pour amasser des fonds pour les études de sa fille en Europe, Joseph Lajeunesse organise un concert-bénéfice. Mais les journaux clament qu’il est bien peu convenable d’exhiber ainsi sa propre fille en public! Quittant le conservatisme du Québec d’antan, la famille s’installe à Albany. Soprano de la chorale de St. Joseph, Emma charme les paroissiens. Finançant la jeune prodige, ils lui permettent d’étudier auprès du ténor parisien Gilbert-Louis Duprez et du milanais Francesco Lamperti, spécialiste du chant à l’italienne. C’est ainsi qu’Emma prend le nom d’Albani, honorant la ville qui l’a aidée à prendre son envol. Après des débuts prometteurs à Covent Garden à Londres, la cantatrice parcourt le monde, rencontre les grands monarques et les compositeurs de renom. Mais popularité n’égale pas richesse. C’est grâce à la tenue de concerts à Chambly et à Montréal qu’elle obtient une aisance financière qui lui permet de vivre ses derniers jours en paix.

De Couvent à l’école Sophie-Barat

Photo Courtoisie des Archives du Centre d’histoire de Montréal, Gravure du couvent du Sacré-Cœur à Sault-au-Récollet, tiré du Canadian Illustrated News paru le 2 mars 1878

À l’ouest du village du Sault-au-Récollet, les Dames du Sacré-Cœur élèvent leur distingué pensionnat sur les rives ombragées de la rivière des Prairies dans les années 1850. Bien que vouées à l’éducation des jeunes filles bourgeoises depuis leur fondation par Madeleine-Sophie Barat en 1800, les religieuses du Sacré-Cœur recueillent des donations de ces riches familles. Cela leur permet d’instruire les filles d’origine plus modeste, comme les sœurs Lajeunesse, dans un pavillon adjacent. Bien qu’une carrière de scène ne soit pas respectable pour une jeune femme de bonne famille, la supérieure est consciente du don prodigieux d’Emma et l’encourage à poursuivre dans cette voie. Du prestigieux couvent fréquenté par la musicienne, il ne reste que quelques pierres. Incendié en 1929, le pensionnat est néanmoins reconstruit dans un style rappelant l’ancien édifice. Vendue par les Sœurs en 1970, l’école prend le nom de Sophie-Barat, fondatrice du Sacré-Cœur. École secondaire publique mixte, elle accueille désormais plus de 1400 étudiants.