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Quand la F1 fait semblant d’être écologique

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Photo d'archives À l’époque du grand Ayrton Senna, la F1 semblait inatteignable, hors du commun. On regardait une course et on disait wow!

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Quand Le Journal de Montréal m’a approché pour donner mon point de vue sur la F1, je me suis interrogé sur la nature même de cette discipline.

En fait, la première question qu’il faut se poser, c’est: «Que devrait être la F1?» Est-ce un spectacle ou le summum de la course automobile ou encore un stade de gladiateurs? C’est quoi, la F1?

Qu’est-ce qui a rendu la F1 si populaire et si ­importante sur la planète? Son extravagance.

Il ne faut pas perdre ces bases-là, qui ont été ­perdues et complètement détruites au fil des ans.

Êtres d’exception

La F1 a jadis été un sport de démesure. Un sport extrême. Je me souviens quand j’étais en IndyCar, je regardais des pilotes comme Ayrton Senna se défoncer en qualifications.

C’était surhumain. Je me disais comment je vais faire pour en arriver là. Pour moi, c’était impossible. C’était un grand défi pour ceux qui ­souhaitaient s’y rendre.

À cette époque, c’était ça, la F1. Inatteignable, hors du commun. On regardait une course et on disait wow! C’était spécial. On décrivait ses pilotes comme des êtres d’exception, comme des pilotes de motos.

Mais ce n’est plus ça, la F1.

À l’époque, elle était démesurée dans tous les sens du terme. On changeait des moteurs après les qualifications pour en mettre un tout neuf pour la course. C’était extrême. Il y avait aussi le combat des pneus. Il y avait de tout. C’était palpitant.

Faire semblant d’être vert

Aujourd’hui en F1, on ne parle que de faire des économies, ou comment faire semblant d’être vert ou écologique. Comment trouver des façons pour ne plus se faire mal? La notion du risque a ­pratiquement disparu.

Un journaliste me faisait récemment un parallèle avec un acrobate qui tenterait de rallier les deux rives des chutes du Niagara. Si on accrochait un ­câble au-dessus des chutes, on paierait cher pour le voir traverser. Avec le même fil, mais au ras du sol cette fois, on s’en foutrait. Ce serait sans intérêt.

C’est exactement ce qui se passe avec la F1. Le cachet n’y est plus. La F1 a perdu son âme.

Pourquoi les 500 Milles d’Indianapolis restent-ils si importants? Parce que les gens qui regardent la course savent que les pilotes jouent avec le feu à tout moment, bien qu’ils soient capables de ­contrôler leur propre limite.

On avait l’impression dans la F1 d’antan que la limite du pilote était atteinte avant la limite de la voiture. Et ça, on ne le voit plus.

Aujourd’hui, les pilotes de F1 nous indiquent qu’en course, ils roulent à 80 pour cent du potentiel de la voiture parce que les pneus ne tiennent pas, parce qu’ils doivent lever le pied pour ­économiser de l’énergie.

Quatre-vingts pour cent, c’est loin de la limite et de la démesure.

À vrai dire, c’est honteux. La F1 n’est pas une course à l’économie, comme on le voit en ­endurance. Laissons ça aux 24 Heures du Mans.

Cinq tours ont suffi à Verstappen

Sans remettre en question son grand talent, qu’il a su exprimer au récent Grand Prix d’Espagne, ce n’est pas logique d’avoir vu Max Verstappen, à ­Suzuka en 2014, à ses premiers tours de roue ­officiels en essais libres le vendredi, réussir un des meilleurs temps de la séance.

Il a fait 25 tours environ et est sorti de la voiture sans ressentir aucune fatigue. Ce n’est pas normal sur un des circuits les plus exigeants de la planète.

Moi, quand j’ai été promu en F1, j’arrivais de ­l’IndyCar. Piloter en F1, c’était une corvée.

Après une demi-journée derrière le volant, tu pleurais et t’avais le cou amoché. À 300 km/h, c’était insupportable. Et ça prenait plusieurs mois pour s’adapter avant d’être capable de se ­rapprocher d’une seconde des plus rapides.

Maintenant, après cinq tours, les pilotes sont tous à la limite. Il n’y a rien de cohérent dans cette formule, mais c’est pourtant ce que la plupart des gens ont demandé. On veut du spectacle.

On a introduit l’aileron amovible (DRS) pour ­favoriser les dépassements. Mais quels dépassements? Ce sont plutôt des changements de ­position comme on en voit sur les autoroutes.

Auparavant, assis à regarder une course, on voyait un pilote remonter le peloton et on se posait la question: va-t-il réussir à le passer?

Ça pouvait prendre 10 ou 20 tours, mais il ­travaillait fort pour y parvenir.

Aujourd’hui, on se demande si ça va prendre six virages ou deux tours au maximum. On sait d’avance qu’il va le doubler et qu’il sera cinq secondes devant lui deux tours plus tard.

– Propos recueillis par Louis Butcher

Comment créer un faux... spectacle

La présence d’un arceau de sécurité serait de trop. Les ­amateurs veulent voir les casques des pilotes.
Photo AFP
La présence d’un arceau de sécurité serait de trop. Les ­amateurs veulent voir les casques des pilotes.

La F1 va adopter des changements importants l’an prochain, mais c’est pour créer un faux... spectacle.

On propose de réduire l’aileron avant pour permettre aux voitures de se ­suivre de plus près, d’introduire des pneus plus larges et, entre autres, de garder les moteurs hybrides­­.

Les équipes ne devront utiliser que trois moteurs par saison (cinq cette ­année) avant d’écoper de pénalités.

Voilà comment on parvient encore une fois à créer un faux spectacle sans vraiment redonner à la F1 ses valeurs.

La tête à découvert

La F1 va aussi mettre de l’avant un nouveau dispositif destiné à protéger la tête des pilotes l’an prochain.

Je ne suis pas d’accord avec cette démarche, car ce n’est pas dans la nature de la F1.

Ceux qui ont peur n’ont qu’à courir en NASCAR ou en endurance. Le risque fait partie de la F1. C’est ce qui a toujours fait sa popularité.

Un pare-brise ou un arceau de ­sécurité serai­t de trop. Les amateurs veulent voir les casques des pilotes.

Avez-vous entendu parler des pilotes de motos exiger une protection ­semblable?

La réponse est non. C’est la raison pour laquelle ces pilotes sont respectés au plus haut point, comme en F1.

Vers des F1... télécommandées ?

C’est la même chose avec les moteurs actuels en F1.

Le dispositif hybride, on met ça à la poubelle. Ma solution, c’est de retirer toute cette partie électrique et électronique du moteur. C’est complètement ridicule.

Laissons cette technologie à la ­Formule électrique et aux 24 Heures du Mans.

Tous ces pilotes qui n’en voulaient pas quand ils étaient jeunes, ils en ­veulent aujourd’hui, maintenant qu’ils font des millions.

Et ils s’en fichent de détruire ce qu’est le sport.

Veut-on en venir à des voitures télécommandées? Si on pousse à ce point les changements, ça va tuer la F1 à long terme.