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Le Sixième (pas de) Sens.

Le Sixième (pas de) Sens.
Photo d'archives, Simon Clark

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«Le risque de récidive est faible. La question n'est pas de déterminer si vous avez été suffisamment punie ou non. Elle consiste plutôt à appliquer les critères prévus à la loi», c’est en ces mots que la Commission québécoise des libérations conditionnelles a décidé d’acquiescer à la demande de Lise Thibault jeudi, après l’avoir refusée une semaine plus tôt. Au protocolaire sixième de sa peine, bien sûr. Ce n’est « qu’un » crime économique après tout, comme il s’en commet chaque jour de chaque semaine de chaque mois de chaque année au Québec.

Reprenons la première affirmation de la Commission: « risque de récidive faible ».
Lise Thibault continue de nier sa fourberie. Même la décision de la Commission le mentionne. Elle a dit à maintes reprises pendant les procédures qu’elle referait exactement la même chose. Elle n’a manifesté aucun remord. Elle se croit encore légitime dans ses agissements.

On a rarement vu plus haut risque de récidive! Tout le monde qui a suivi l’affaire sait pertinemment que, dans des conditions semblables, Lise Thibault frauderait à nouveau le peuple, tasse de « cocoua » à la main. Qu’elle ne se retrouve plus en position de le faire compte plus ou moins dans la balance, à mon humble avis.

J’ai aussi perdu quelques cheveux non-existants à la lecture de la deuxième affirmation : « La question n’est pas de savoir si vous avez été suffisamment punie ou non. » Ah bon? Moi qui croyais, naïvement semble-t-il, que c’était pas mal le but de la prison. Et des sentences.

Les services correctionnels qui ont eu affaire avec madame Thibault au cours de ces trois petits mois en prison ont qualifié son comportement « d’adéquat ». Wow! Qui ne voudrait pas ce terme dans sa lettre de recommandation?

Voici ce qui a motivé l’instauration d’un système de liberté conditionnelle au Canada en août 1899 :

« ...] un jeune homme de bonnes moeurs, qui a pu commettre un crime dans un moment de passion ou qui a peut-être été victime du mauvais exemple ou de l'influence d'amis indignes de ce nom. On a dit du bien de lui pendant son emprisonnement et l'on suppose qu'il serait un bon citoyen, si on lui donnait une autre chance. »

Henry A. Clermont, qui avait été condamné pour avoir volé une lettre, est la première personne à qui l'on a octroyé un permis d'être en liberté au Canada. Moins de 25 ans plus tard, on s’inquiétait déjà de l’effet pervers potentiel de ces libérations. Le juge William Mulock, de la Cour suprême de l'Ontario, déclarait en 1922 : « L'application trop libérale du système de libération conditionnelle a peut-être mis fin à la terreur que le droit punitif pouvait exercer sur les malfaiteurs. » (source)

Les sentences imposées par les juges ne sont-elles que l’équivalent juridique de la crème solaire? Il faut acheter de la 100 pour être certain d’obtenir une protection de 30 FPS? 

Je ne suis pas déraisonnable. Il est sain et normal de sortir du système une personne à très faible risque de récidive, qui s’est amendée et bien comportée. Mais au sixième de la peine? Il faudrait au minimum en faire la moitié, non? Après on jasera.

Je conviens que de garder une dame de 77 ans en prison n’aide pas beaucoup la société. La clémence mal placée non plus. On s’assure au contraire que ce genre de chose va encore arriver ad vitam aeternam. Comme citoyens, comme contribuables, on en cautionne de « bien belles choses », non?