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Déontologie policière: «épuisée» et résignée, Matricule 728 baisse les bras

Stéfanie « matricule 728 » Trudeau.
Photo Le Journal de Montreal, Ben Pelosse Stéfanie Trudeau

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Se disant «épuisée» et n'ayant «plus confiance au système» judiciaire, matricule 728 s'est reconnue coupable de plusieurs ‎infractions devant le Comité de déontologie policière, lundi matin, sans même chercher à se défendre.

«Mme Stéfanie Trudeau ‎a décidé qu'elle ne se battrait plus. Elle n'a plus d'énergie pour se battre dans un système envers lequel elle n'a plus confiance», a fait savoir son avocat, M Jean-Pierre Rancourt, alors que sa cliente brillait par son absence.

La policière à la retraite depuis huit mois devrait connaître sa sanction jeudi.

L'ex-patrouilleuse du SPVM devait comparaître toute la semaine devant le Comité de déontologie policière pour avoir fait faire une balade inconfortable en autopatrouille à un citoyen qui venait d'offrir son aide à un «carré rouge», tout en l'insultant et en le menaçant.

Une bonne «leçon»

Les faits remontent à la nuit du 20 mai 2012. Une date que Stéfanie Trudeau n'oubliera pas de sitôt en raison de sa fameuse intervention au poivre de Cayenne qui allait survenir une vingtaine heures plus tard, lors d'une manifestation de la crise étudiante, et en faire une vedette sur les réseaux sociaux.

En voyant un cycliste arborant un carré rouge se faire donner une contravention sur le Plateau-Mont-Royal, le plaignant, Julian Menezes, se serait mêlé de l'intervention policière qu'il trouvait injustifiée. Il aurait offert au cycliste de lui servir de témoin dans l'éventualité où il voudrait contester l'amende.

Matricule 728 et son coéquipier l'auraient alors menotté et mis à l'arrière de leur autopatrouille. La conductrice lui a alors dit qu'elle allait lui donner une bonne «leçon».

Elle l'a transporté dans un arrondissement ‎voisin en accélérant, puis en freinant brusquement, de façon successive, de sorte que le plaignant s'est cogné la tête sur le plexiglas qui le séparait des deux agents assis à l'avant du véhicule.

Le plaignant affirmait aussi avoir fait l'objet d'insultes à caractère raciste et de menaces de se faire envoyer en prison, avant d'être abandonné loin de chez lui, sur une voie publique.

Le sort de l'agent Samaras ‎- à qui on reproche de ne pas être intervenu pour dissuader sa collègue d'agir ainsi et d'avoir laissé le plaignant menotté dans l'autopatrouille sans boucler sa ceinture de sécurité - n'a pas été tranché lundi. Une décision dans son cas devrait être prise jeudi.

Manifestants poivrés

Lors de son quart de travail suivant, le soir du 20 mai 2012, Stéfanie Trudeau avait généreusement aspergé des manifestants de poivre de Cayenne au centre-ville de Montréal, en plein «printemps érable».

Les images ont abouti sur YouTube et fait le tour de la planète‎. Le SPVM a suspendu l'agente quelques jours plus tard.

Dans son autobiographie publiée l'an dernier, Stéfanie Trudeau rétorqua en écrivant qu'elle avait agi selon les règles, tout en blâmant les autorités politiques et son employeur pour la crise étudiante de 2012, dont elle s'est dit le «bouc émissaire».

Or, l'ex-agente doit également être jugée devant son ordre professionnel dans cette affaire, a confirmé Me Rancourt.

«Pour elle, ça ne change strictement rien puisqu'elle ne sera plus jamais policière», a dit son avocat, en laissant entendre que Stéfanie Trudeau entend aussi plaider coupable dans cette affaire.

Antécédents

Il y a deux mois, matricule 728 avait été sanctionnée par le Comité pour avoir saisi et jeté par terre le casque d'écoute d'un homme qui venait d'être mêlé à une altercation avec une chauffeuse d'autobus de la STM, en février 2012.

Le Comité l'a rendue inhabile à exercer les fonctions d'agent de la paix durant trois mois, une punition symbolique puisqu'elle a pris sa retraite de la police en octobre 2015.

Elle avait aussi été suspendue sans salaire pendant six jours par le Comité, en 2001, pour son comportement jugé agressif à l'égard du personnel de l'hôpital ‎Sainte-Justine alors qu'elle menait une enquête, cinq ans plus tôt.

Casier judiciaire

À la fin mai, au terme de son procès au palais de justice de Montréal, Stéfanie Trudeau a été condamnée à une probation d'un an et à 60 heures de travaux communautaires pour s'être livrée à des voies de fait aux dépens du musicien Serge Lavoie, lors d'une intervention musclée sur le Plateau-Mont-Royal, en octobre 2012.

Le plaignant l'avait invectivée alors qu'elle était en train de menotter un ami, face contre terre, après que ce dernier eut consommé une bière sur le trottoir, rue Papineau.

Alors que Lavoie était rentré à l'intérieur, la patrouilleuse l'avait rejoint et lui avait fait descendre l'escalier en lui appliquant une prise d'encolure, avant de l'appréhender à son tour pour entrave à son travail d'agente de la paix. La scène avait été filmée par un ami de la victime.

Dans les minutes suivantes, lors d'une conversation téléphonique avec sa conjointe policière, Trudeau avait qualifié les personnes visées par son intervention de «gratteux de guitare», de «mangeux de marde» et d'«hosties de carrés rouges».

Le juge Daniel Bédard a conclu, comme lui soumettait la Couronne, qu'il s'agissait d'arrestations «brutales, illégales et injustifiables», assorties d'une force excessive.

La policière retraitée, dont le casier judiciaire risque de l'empêcher de réorienter sa carrière dans le domaine de la sécurité privée, a porté le verdict en appel. Elle se dit la cible d'une «cause injuste» et n'a aucun regret ‎quant à sa conduite.