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En examens le ventre vide

Le mois de jeûne du ramadan tombe en pleine période décisive pour les jeunes musulmans

Ramadan JMC
Photo Le Journal de Montréal, Romain Schué Sadia Waraich et Ahmed Sabsabi, ici avec leur conseiller pédagogique Reda Taiebi, passent leurs examens à l’école des Jeunes musulmans canadiens tout en pratiquant le ramadan.

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Ahmed Sabsabi fait partie des milliers de jeunes élèves musulmans qui passent leurs examens de fin d’année le ventre vide. Il ne mange pas durant 18 heures pour respecter le jeûne du mois de ramadan.

«J’ai commencé le jeûne dès 9 ans, j’ai pris l’habitude, raconte l’adolescent de 16 ans qui vient de terminer une épreuve de sciences. Lorsque j’ai faim, je pense à mes examens, je révise.»

Ahmed se réveille à 2 h 30, prend un repas copieux, prie et retourne dormir avant de se lever pour aller à l’école privée des Jeunes musulmans canadiens dans Saint-Laurent.

Il ne peut à nouveau manger et même boire de l’eau qu’après le coucher du soleil.

Pour aider ses 380 élèves, l'établissement démarre ses épreuves dès 8 h afin d’éviter la fatigue et le manque de concentration. «Le matin, les jeunes sont encore frais. C’est mieux pour eux», explique le conseiller pédagogique Mohamed Najhi.

PERSÉVÉRANCE

L’après-midi, les élèves sont invités à se reposer. «On leur dit de faire une sieste, de prendre des forces et de se ressourcer avant de reprendre leurs révisions», reprend-il.

Après 18 heures d’abstinence, plusieurs plats festifs les attendent vers 21 h, juste avant la dernière de cinq prières quotidiennes deux heures plus tard.

Le menu varie selon les coutumes et les origines. Il commence généralement par de l’eau, un verre de lait et des dattes. Des soupes et des salades suivent, puis du riz, de l’agneau, du poulet grillé. Pour finir, il y a des pâtisseries, du raisin sec et du thé à la menthe.

«Cette période montre aux jeunes qu’ils sont capables de réussir quelque chose, ils se motivent pour y arriver et l’effet de groupe aide tout le monde», dit-il.

EFFET DE GROUPE

Durant la journée, en cas de petite forme, de stress ou de maladie, l’école se dit compréhensive. «On explique aux enfants qu’ils peuvent reporter leur jeûne, assure Reda Taiebi, un autre conseiller. Dans la religion, ce n’est pas un problème. La santé est importante.»

L’exercice physique serait surtout compliqué pour les plus jeunes en 1re et 2e secondaires. «Beaucoup font le ramadan pour la première fois, révèle Mohamed Najhi. Il y a la possibilité de regrouper les deux dernières prières de la journée pour que les jeunes aient plus de temps pour dormir.»

Pour Frédéric Castel, spécialiste des religions à l’UQAM, la pratique de cette période de jeûne a évolué dans le temps.

«Dans les coutumes musulmanes, les jeunes travaillaient dans les champs et vivaient au rythme de leurs parents. Ils pouvaient mettre moins la gomme et se reposer durant la journée. Mais avec l’école obligatoire, ils doivent arriver tôt, être plus attentifs. Pour les écoles, c’est un défi, explique-t-il. Et si l’enfant se sent faible, il risque d’échouer à ses examens.»

Ahmed Sabsabi, lui, n’y pense pas. «Le ramadan ne me stresse pas. Même si je suis fatigué, je me dis que c’est bon pour moi.»

Le ramadan en chiffres

  • Il a débuté le 6 juin et dure de 29 à 30 jours, selon les régions. Les dates se fixent selon une observation du croissant de lune. L’Aïd el-Fitr, la fête qui clôt la rupture du jeûne, se déroulera vers le 5 juillet.
  • Il y a 5 prières par jour: vers 3 h, 13 h, 17 h, 21 h et 22 h 45. Les horaires varient légèrement au quotidien. Les repas et boissons doivent être pris avant et après la première et avant-dernière prière
  • Il se pratique habituellement dès la puberté vers 11 ou 12 ans.
  • En 2011, il y avait 243 430 personnes de confession musulmane au Québec selon Statistique Canada. En 2016, ce chiffre serait approximativement de 300 000. Tous ne pratiquent pas le ramadan.

Comment trois jeunes vivent le jeûne

Khalif O-Beckles
16 ans  |  4e secondaire
Le jeûne n’empêche pas Khalif de s’amuser. «L’après-midi, je rentre faire une sieste, mais après je vais jouer au basket. J’aime ce sport. C’est vrai, ça me fatigue, mais ça me fait surtout du bien. Ça me détend avant les examens.»

Sadia Waraich
16 ans  |  4e secondaire
Sadia a besoin de dormir l’après-midi. «Je dors trois à cinq heures pour me reposer, dit-elle. Comme ça, je ne pense pas à la nourriture. Ensuite, je retourne à mes révisions.»
Celle qui rêve de travailler en médecine se sent bien. «Je ne stresse pas, même pour les examens. Mais c’est vrai que le soir, c’est plus difficile. Parfois, je dors moins bien.»

Aboubaker Bakar
16 ans  |  4e secondaire
Aboubaker avoue avoir des matinées parfois difficiles. «C’est dur de se rendormir après la prière à 3 h. Le soir, c’est pareil. On dort un peu moins bien, car on mange tard et on se relève tôt. L’été, c’est quand même un peu plus dur que l’hiver, avec des journées courtes.»