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Jamais sans nos souliers de course

Isabelle Denis fait bouger ses élèves, principalement des garçons

Jamais sans nos souliers de course
Photo Le Journal de Québec, Daphnée Dion-Viens

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Isabelle Denis est prête à tout pour s’adapter aux besoins de ses élèves. Cette année, elle n’a pas hésité à enfiler ses espadrilles pour faire courir les jeunes de sa classe, composée d’une majorité de garçons qui ne tiennent pas en place bien longtemps.

Enseignante depuis 18 ans, les années se suivent mais ne se ressemblent pas pour Mme Isabelle. «On n’a pas le choix d’évoluer et de s’adapter constamment. Sinon, on ne répond pas aux besoins de nos élèves», lance celle qui enseigne dans une classe de sixième année de l’école Saint-Joseph, à Berthierville, dans Lanaudière.

Cet automne, toutes ses journées de classe ont débuté par dix minutes de course, chrono en main. «Elle a compris qu’on a besoin de bouger pour bien apprendre. Après avoir bougé, on est prêt pour se concentrer», affirme Maximilien Plante, l’élève qui nous a écrit pour nous dire que sa prof était «la meilleure».

Ce printemps, elle a troqué la séance quotidienne de jogging pour des activités au gymnase, à la demande de ses élèves. «Oui, ça fait un peu moins de temps en classe pour l’enseignement, affirme cette mère de trois garçons. Mais on est gagnant en bout de ligne, parce que quand les enfants bougent, ils sont plus efficaces et mieux disposés à apprendre. Comme prof, tu as le choix : sois que tu te bats contre leur nature, soit que tu t’adaptes.»

Un principe qui s’illustre en un coup d’œil, lorsqu’on franchit la porte de sa classe. «Aucune classe de l’école est comme la nôtre», lance Maximilien.

Les élèves y sont assis par groupe autour de tables ou à un pupitre, selon ce qui convient le mieux à chacun. Quelques tabourets pivotants sont utilisés par des enfants, afin qu’ils puissent «rester en mouvement» même lorsqu’ils sont assis. Lorsque l’enseignante utilise le tableau interactif, les jeunes se regroupent à l’avant de la classe, assis par terre. Mme Isabelle s’est aussi débarrassée de son traditionnel bureau de prof pour enseigner debout près d’une petite table surélevée, au bord de la fenêtre.

«L’enseignement magistral, ça ne fonctionne plus. Il faut y aller avec des mini-leçons et mettre les élèves en action, faire des choses pour de vrai», affirme l’enseignante, qui expérimentait un nouveau projet de robotique lors de notre passage dans sa classe, à la fin mai.

De la course à l’écriture

À l’affût des nouvelles approches en enseignement, Mme Isabelle s’est aussi lancée cette année dans un projet-pilote qui permet aux élèves d’améliorer leurs habiletés en écriture. «C’était la grosse problématique, en début d’année», lance celle qui enseigne à plusieurs élèves qui ont des difficultés d’apprentissage.

À chaque jour, ses élèves participent à un atelier d’une quarantaine de minutes. Après une mini-leçon sur différentes stratégies d’écriture, ils rédigent un texte ou en retravaillent un autre. «Je me suis beaucoup amélioré cette année et j’aime écrire beaucoup plus qu’avant», lance Raphaël.

Mais ce que les élèves retiennent avant tout de leur année dans la classe de Mme Isabelle, ce sont les sourires et les tapes dans le dos. «Elle nous comprend vraiment, elle va toujours nous aider et nous encourager. Elle est très généreuse», lance Olivier.

Un commentaire qui fait chaud au cœur, dit l’enseignante. «Avant de penser à la pédagogie, le plus important pour moi, c’est le lien avec mes élèves. Si je n’ai pas ça, je ne pourrai pas aller plus loin. Je ne suis pas Mère Thérèsa, mais j’essaie de faire mon possible. Ça fait cliché de dire ça, mais on fait le plus beau métier du monde.»

Isabelle Denis

  • Années d’expérience : 18 ans
  • École : Saint-Joseph, Berthierville

Si vous étiez ministre de l’Éducation, que changeriez-vous?

«Je trouve ça bien, les idées qui ont été proposées jusqu’à maintenant. L’Institut national d’excellence en éducation, qui va répertorier les meilleures stratégies, ça m’intéresse beaucoup. De quelle façon le gouvernement peut-il amener les enseignants à se requestionner davantage, à continuer de se former? Il faut se tenir à jour et si ça peut permettre ça, ce serait déjà beaucoup. Il faut aussi donner du temps aux enseignants pour implanter et analyser ces pratiques.»