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Des pilotes canadiens laissés pour compte en sport

Lance Stroll
Photo Journal de Montréal, Chantal Poirier Lance Stroll pourrait bien être l’exception à la règle en étant le prochain ­Canadien à faire le saut en F1.

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On me demande souvent pourquoi la F1 est privée de pilotes canadiens depuis 10 ans.

C’est tout simplement parce qu’après le retrait du cigarettier Player’s, plus aucune entreprise d’ici ne veut s’impliquer en course automobile.

Personne ne veut investir parce que ça coûte trop cher et que les retombées sont nulles dans les sphères inférieures de la course automobile.

Tout ce qui compte, c’est la F1.

C’est dommage, parce qu’il y a beaucoup de gens au Canada, et particulièrement au Québec, qui s’intéressent au sport automobile. Je ne comprends pas l’attitude de ces entreprises, qui auraient intérêt à promouvoir des pilotes talentueux.

Ça revient à dire qu’être Canadien ne sert à rien dans la course automobile au niveau international et c’est bien malheureux.

Je me souviens qu’à l’époque, j’avais fait un stage à l’école de pilotage Spénard-­David, en Ontario. J’étais mécanicien et ça me permettait de faire quelques courses.

Tu pouvais te débrouiller. Bertrand Godin est un bon exemple. Il était parvenu à aller courir en Europe en Formule Ford, non sans faire des sacrifices. Il dormait sous une tente.

Puis, petit à petit, il a fait son bout de chemin. À présent, la base n’existe plus. L’espoir est inexistant.

Fils à papa

À moins de compter sur une fortune familiale, il n’y a donc aucune avenue pour les pilotes d’ici. Ils sont laissés-pour-compte.

Dimanche, les équipes se disent qu’il y a tellement de pilotes dont les parents sont riches, des parents qui souhaitent que leurs enfants vivent dans le jet-set. Ils veulent qu’ils deviennent des vedettes, pas des pilotes.

À l’époque, les pères riches interdisaient à leurs enfants de devenir pilotes. Sinon, ils coupaient les ponts. Niki Lauda a été renié par son père parce qu’il voulait faire de la course.

Dimanche, des pères imposent à leurs enfants de devenir pilotes, même s’ils ne le souhaitent pas. Ils leur disent que c’est devenu un jeu et que la course n’est plus dangereuse.

Il y a demain un paquet de fils à papa qui auraient été interdits de course dans les années 1970.

Pilotes payants

Oui, ça prend un minimum de talent, mais sans plus. Tout le monde est au même niveau. Les cas d’exception sont rares.

Des pilotes payants comme le «célèbre» Pedro Diniz à l’époque, on en comptait un ou deux dans le passé. Dimanche, ils représentent la moitié du plateau en F1.

Alors, comment peut-on faire pour

juger du potentiel d’un pilote? Dimanche, ils roulent à 80 % des limites de la voiture. Tu n’as pas besoin d’être rapide. T’as juste besoin d’être correct.

D’autant plus qu’en F1, les 10 premiers récoltent des points, ce qui n’était pas le cas dans le passé, où seulement les six premiers en inscrivaient.

On finit huitième en moyenne et, en fin d’année, on récolte plusieurs points et ça paraît bien. On nivelle par le bas.

La prise de risque

Moi, quand je regarde un Grand Prix, même avec beaucoup de dépassements, ça devient banal.

Ce ne sont pas des gladiateurs. Il y a quelque chose qui manque. Le Grand Prix de Monaco représente l’exception, parce que la prise de risques est visuelle, et c’est tant mieux.

Mais comment expliquer qu’à Monaco, justement, les F1 étaient à peine deux secondes plus rapides que les monoplaces GP2 de classe inférieure?

Ce n’est pas normal quand on sait que les écuries de F1 dépensent 100 fois plus d’argent. C’est honteux et complètement ridicule.

La réglementation n’est pas adaptée à la F1 et à ce qu’elle devrait être.

Dimanche, on interdit aux pilotes de prendre des risques. Ça permet à monsieur Tout-le-monde de faire de la course. Tu vas devenir juste assez bon pour ne pas devenir embarrassant.

– Propos recueillis par Louis Butcher

 

Les coéquipiers de Stroll l’aident à gagner

Plusieurs observateurs m’ont demandé, depuis mon arrivée à Montréal mercredi, ce que je pense de Lance Stroll qui, semble-t-il, pourrait bien ­accéder à la F1 dans un avenir ­rapproché.

Je ne connais pas ce jeune pilote québécois et je n’ai pas réellement suivi sa carrière.

Je sais toutefois qu’il profite de la fortune familiale et des envies de son père.

Cela dit, il occupe la première place du Championnat européen de F3 au sein de la meilleure équipe, Prema, pour laquelle j’ai couru moi aussi. C’est la Mercedes du plateau.

Il compte aussi sur deux coéquipiers qui l’aident à gagner. Ils sont là pour ralentir les autres derrière lui. Ça lui facilite la tâche.

Contrairement à plusieurs pilotes canadiens, les portes de la F1 lui sont ouvertes parce qu’il a le budget pour courir. Il pourrait s’acheter une équipe de F1 s’il le voulait.

Pour renflouer les coffres

Stroll a été nommé pilote de réserve chez Williams, mais ça ne veut rien dire. Des écuries font appel à des candidats comme lui pour pourvoir des postes dans l’organisation. C’est une façon de renflouer leurs coffres.

Il peut arriver qu’on fasse appel à leurs services pour rouler le vendredi matin. C’est encore une question d’argent et il faut comprendre aussi que c’est néfaste pour les écuries qui ­privent le pilote titulaire d’une séance d’essais libres importante.

Il était membre de l’Académie ­Ferrari, qui forme de jeunes espoirs de la course, mais il l’a quittée en début d’année pour rejoindre Williams.

S’il a déserté la Scuderia, c’est parce qu’il n’avait aucun espoir de rouler chez Ferrari.

Un volant n’est pas achetable chez Ferrari. Ce l’est chez Williams.

Pas besoin de la pluie

On annonce du mauvais temps pour la course de dimanche, mais moi je n’en souhaite pas.

Montréal n’a pas besoin d’une course pluvieuse, pour la simple et bonne raison qu’il y a toujours de ­l’action à la base.

La pluie, ça sert sur des circuits ­ennuyants, ce qui n’est pas le cas ici.

D’autant plus que s’il pleut, les voitures s’élanceront derrière la voiture de sécurité. Les amateurs seraient ainsi privés de ce qu’il y a de plus spectaculaire en F1, un départ arrêté.

Regardez ici, ils sont six à pouvoir gagner le Grand Prix du Canada. Ça promet!

Quand on me dit que les Red Bull souhaitent la pluie, on comprend les deux pilotes.

C’est en effet la voiture qui a le plus d’appui aérodynamique. En conséquence, c’est la voiture la plus rapide sous la pluie.