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Le français : c’est tellement «out» !

GP Canada
Photo Journal de Montréal, Martin Chevalier

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Dans le tourbillon hyperactif de l’actualité, une nouvelle est  presque passée sous le radar.

Ce samedi, le Journal rapportait ceci : «Choqué par des affiches publicitaires uniquement en anglais au Grand Prix de Formule 1 du Canada, le ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française (Luc Fortin) souhaite que cela ne se reproduise plus.»

Trois panneaux publicitaires en anglais seulement trônaient en effet au-dessus du circuit Gilles-Villeneuve. Courtoisie de la compagnie Heineken, on y lisait ceci en double : «If you drive, never drink». (Si vous conduisez, ne buvez jamais.»

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Un ministre «choqué», «choqué»...

Et donc, le ministre Fortin s’est dit «choqué». Et à quel point était-il «choqué»»?

Au point, semble-t-il, de ne rien faire... ou si peu.

«C’est choquant et on ne veut pas que ça se reproduise», disait-il en précisant qu’il était «entré en contact avec François Dumontier, président du Groupe de Course Octane, promoteur de l’évènement».

Avec quel résultat? Mystère et boule de gomme.

Le Journal rapportait en fait que «pour se justifier, la compagnie Heineken avait déclaré devoir tenir compte des 400 millions de téléspectateurs du Grand Prix du Canada à travers le monde rappelant qu’un autre panneau en français était visible sur la terrasse».

Le français «visible sur la terrasse»? Comme c’est bucolique...

Disant juger la situation «inacceptable», le ministre Fortin lançait aussi ceci :

«Le Grand Prix est un évènement important pour la visibilité de Montréal et du Québec, qui a des retombées économiques importantes et qu’on accueille à bras ouverts, mais ça doit se faire dans le respect de nos lois et règlements.

Il rappelle notamment l’article 20 du Règlement sur la langue du commerce et des affaires qui stipule que «l’affichage public et la publicité commerciale relatifs à un événement destiné à un public international [...] peuvent se faire [...] à la fois en français et dans une autre langue, pourvu que le français y figure de façon au moins aussi évidente».»

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Des lois, qu’ossa donne?

Des «lois», vous dites? Des «règlements»? On croirait presque à une volonté d’agir pour les faire respecter. Mais non...

«Face au non-respect de la loi», poursuit l’article, «le ministre Fortin plaide pour la méthode douce et n’envisage pas de réprimandes. «On n’est pas en mode de confrontation, on est dans une démarche d’accompagnement afin que cette situation ne se reproduise pas lors des prochaines éditions», ajoute-t-il.»

Une «démarche d’accompagnement»? La belle affaire.

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Révélatrice

À la décharge du ministre Fortin, l’histoire est avant tout révélatrice de la passivité de nos gouvernements dès qu’il est question de promouvoir et de protéger la langue officielle du Québec.

Une passivité amplement connue et dans les faits, enclenchée en 1996 sous le premier ministre péquiste Lucien Bouchard. Une passivité qui, depuis, s’est incrustée profondément, tous partis confondus.

Cette histoire d'affiches au Grand Prix nous montre aussi un ministre qui, étonnamment, semble considérer l’application d’une loi ou d’un règlement comme un «mode de confrontation».

Pour un législateur, c’est à y perdre son latin... ou son français.

Autre élément révélateur, selon Heineken, ses affiches unilingues anglaises seraient justifiées parce que la compagnie doit tenir compte «des 400 millions de téléspectateurs du Grand Prix du Canada à travers le monde».

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Amnésie sélective

Traduction : le français, contrairement à l’anglais, ne serait PAS une langue internationale. Ou, si vous préférez, ne le serait PLUS. Bref, le français, c’est tellement «out»!

On oublie pourtant nous-mêmes au Québec que le français EST et DEMEURE une langue internationale. Une langue prestigieuse. Le français n’est peut-être pas LA lingua franca de la planète, mais elle demeure bel et bien une langue de stature internationale.

Selon l’Organisation internationale de la francophonie  - tenez, voilà bien le mot «internationale» -,  «près de 274 millions de personnes peuvent être définies comme francophones de façon certaine».

Bref, le français n’est sûrement pas si «out» /sic/ que ça.

Et ce n’est pas parce que le premier ministre Philippe Couillard l’oubliait lui-même en 2014 lors d’un voyage officiel en Islande - alors qu’il avait parlé en anglais seulement -, que nous devons succomber, nous aussi, à la même amnésie sélective...

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(*) Je reviendrai demain en chronique sur la démission du député péquiste Bernard Drainville, annoncée officiellement aujourd’hui.