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Je ne suis pas seule

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Si je pense être devenue un bon exemple pour des enfants provenant du même milieu que moi et qui croient en leurs rêves, c’est d’abord parce que j’ai la chance d’avoir des parents et une famille qui ont cru à l’atteinte de mon bonheur grâce au soccer.

Mon père Luke et ma mère Danielle ont su me transmettre des valeurs qui m’ont servie dans le sport: la passion, le travail, la persévérance et ne jamais rien tenir pour acquis. Si ça paraissait audacieux pour mon père que je puisse un jour gagner ma vie dans le sport, il m’a quand même soutenue dans mes décisions.

Un mouton noir

J’étais le mouton noir de la famille qui pratiquait du sport et, même si à l’époque j’étais reconnaissante pour tous les efforts qu’ils faisaient, je réalise mieux aujourd’hui ce que ça impliquait.

En troisième secondaire, j’aurais voulu me joindre au programme sports-études à Sherbrooke, mais mes parents m’estimaient encore trop jeune pour quitter Coaticook. Ils ont par la suite accepté pour les deux années suivantes quand ils ont vu à quel point j’étais persuadée.

J’avais alors comme colocataires des étudiantes universitaires qui emménageaient avec moi seulement après mes deux premières semaines d’école. Je devais donc les attendre parce que ce sont elles qui voyaient au branchement du téléphone et d’internet. À cette époque, le cellulaire était moins populaire, alors j’allais à la cabine téléphonique Bell à deux coins de rue pour appeler mes parents et leur dire que tout allait bien!

Durant cette période à Sherbrooke, j’avais aussi un entraînement ou deux par semaine, en plus du vendredi soir et du samedi matin, avec le Centre national de haute performance à Montréal. Mon père s’est tapé toute cette route durant trois semaines ou un mois jusqu’à ce qu’il se convainque d’engager un chauffeur à sa place. Encore là, ils ont trouvé un moyen pour que ça fonctionne.

Mon retour

Je sais que ma famille a toujours été derrière moi. Elle partage mon bonheur et elle a mal quand j’ai mal aussi.

Je me souviens d’un souper familial à l’automne 2013. Tout le monde y était. Je trouvais qu’il s’agissait d’un bon moment pour leur annoncer que j’effectuais un retour dans l’équipe nationale, deux ans après que j’ai été victime d’une négligence médicale qui m’avait découragée de me lancer dans une carrière internationale.

Je n’ai entendu qu’une timide réaction autour de la table, à ce moment-là.

Mes parents et ma famille savaient tout le mal que j’avais eu de rater la Coupe du monde de 2011 à cause d’une blessure mal guérie qui avait dégénéré. J’ai compris par la suite pourquoi ils n’avaient pas spontanément partagé mon excitation. Ils ne voulaient pas que je revive la même douleur. C’est comme s’il leur avait fallu du temps pour réaliser que, finalement, j’allais être heureuse en retournant sur le terrain.

Puis, ils ont vite recommencé à me suivre. Et ils sont fiers. Mon père et ma mère ne ratent pas un match de la NWSL sur leur tablette!

L’autre jour, j’ai appelé ma sœur par «FaceTime». Elle attendait au terrain avant la pratique de soccer de Benjamin, mon filleul de 6 ans. Il était content de me dire qu’il avait choisi le numéro 9 comme moi.

Puis, il a levé son chandail en disant «Regarde». Il portait en dessous le maillot de l’équipe canadienne avec mon nom au dos que je lui avais offert...

— Propos recueillis par Alain Bergeron