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Notre étrange dépendance

Le Québec, tel un toxicomane, ne peut vivre sans sa drogue, l’État-providence, version années 70
Photo d'archives Le Québec, tel un toxicomane, ne peut vivre sans sa drogue, l’État-providence, version années 70

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Difficile de rester insensibles devant ce qui semble être, aux yeux d’observateurs normalement constitués, un déficit d’humanité de la part de nos médecins-politiciens, pourtant le premier ingrédient nécessaire à la fabrication de bons soignants. Et de bons élus.

Dans deux ans, les Québécois pourront leur montrer la porte. Mais croire que cela permettra aux résidents des CHSLD de se gaver de filets mignons et de gratins toutes les semaines relève de la pensée magique.

Bon pour pitou, bon pour minou

La caisse de l’État et les comptes de banque des citoyens sont soumis aux mêmes règles.

Le citoyen pris à la gorge peut choisir de réduire son train de vie ou de s’endetter. Il peut se poser la question du comptable Pierre-Yves McSween, «en ai-je vraiment besoin?», couper le câble, vendre la deuxième auto, mettre une croix sur l’achat d’un spa.

L’autre solution, gagner plus, exige plus d’intelligence stratégique, car les entrées d’argent ne dépendent pas que de notre volonté.

Si le déficit zéro a été réalisé en deux ans seulement par les Libéraux, côté revenus, pendant que le Québec se serrait la ceinture au nom du déficit zéro, le prix mondial des métaux chutait, faisant du Plan nord un plan mort. Philippe Couillard, au nom de l’environnement, choisissait de sacrifier des revenus potentiels provenant d’énergies pétrolières et gazières, pourtant sources d’enrichissement pour des pays aussi évolués que la Norvège et l’Écosse.

(Ne soyons pas dupes, le PQ aussi sait qu’un État interventionniste — le choix des Québécois — exige des finances publiques florissantes. Réélu, il aurait coupé ce qui lui aurait semblé électoralement possible. Par contre, peut-être aurait-il imposé des choix autres que de remplacer les bonnes «pétates» pilées dans les CHSLD par des FCM — flocons chimiquement modifiés — ayant la saveur, la consistance et la valeur nutritive de la colle à tapisserie.)

Malheureusement, les moyens d’économiser et d’augmenter les revenus de l’État québécois excluent de réduire notre fonction publique boursouflée et d’abolir la sécurité d’emploi, deux mesures révolutionnaires adoptées par les Suédois qui, pour sauver leur modèle de social-démocratie, ont aussi coupé l’impôt des entreprises de 35 % à 22 % et aboli le salaire minimum, pour favoriser l’innovation et la création d’emplois, sources de richesse durable. En plus de transférer la livraison de services publics essentiels au privé, tout en continuant de payer une facture désormais plus basse.

Mais il y a plus...

Cette semaine, l’OCDE a souligné la sous-productivité des travailleurs d’ici, la surabondance de PME peu performantes qui n’investissent pas assez dans l’innovation (pris à la gorge par les taxes et impôts?) ce qui explique en partie notre faible productivité et un surplus de MacJobs. Sans oublier le chômage scandaleusement élevé chez les immigrants. Tout cela coûte très cher au Québec.

L’OCDE aurait aussi pu pointer du doigt notre étrange dépendance à l’État, comme ces gens qui mangent de la bourrure de sofas. Quand l’État peine à pourvoir correctement aux besoins pressants des citoyens, notre premier réflexe est d’exiger plus d’État et plus d’argent de l’État. Au lieu d’organiser nous-mêmes les secours.

Au fond de nous-mêmes, nous savons que nous serons déçus, mais le Québec, tel un toxicomane, ne peut vivre sans sa drogue, l’État-providence, version années 70, et accepte pour finir les souffrances qu’elle lui inflige. Et pour lesquelles il blâme les autres.

Tout part de là.