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Chapeau à Sebastian Coe

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Je suis content du verdict de la fédération internationale, et nous étions beaucoup d’athlètes canadiens à le souhaiter.

Cette décision est d’autant plus spéciale à mes yeux. Le président de l’IAAF (Fédération internationale d’athlétisme), Sebastian Coe, est un homme que j’admire beaucoup. Il est double champion olympique du 1500 m et a déjà détenu les records du monde du 800 m et du 1500 m. En plus d’avoir eu une carrière sportive majeure dans les années 80, il a aussi laissé son nom en menant ensuite une vie politique influente. Entre autres, il a été président du comité des Jeux de Londres, qu’on considère comme étant parmi les mieux organisés de l’histoire.

J’ai toujours eu beaucoup d’estime pour cet homme, mais j’entretenais un bémol à l’approche de cette nouvelle parce que, pour aboutir à la présidence de l’IAAF, il a dû se soumettre à un jeu de lobby politique dont le public n’est pas toujours au courant.

Or, on sait que l’athlétisme en Russie est très fort, alors la fédération a dû injecter beaucoup d’argent dans l’IAAF. Pouvait-on s’attendre à ce que Sebastian Coe décide de bannir les athlètes russes? Je suis content qu’il l’ait fait. Selon moi, ça renforce sa position comme ex-athlète, mais aussi comme leader du sport. Il s’affiche désormais comme indispensable pour le sport propre, notamment en athlétisme.

Dossier clos?

Mais c’est peut-être loin d’être terminé. Il y aura sans doute des poursuites de la part d’athlètes russes qui voudront porter leur cause devant le Tribunal arbitral du sport parce que ça crée un précédent. Il ne faut pas crier victoire trop vite.

Si le Comité international olympique (CIO) décide d’infirmer cette décision, ça va enlever un peu de la crédibilité de Sebastian Coe et de l’IAAF. On ne le souhaite pas. C’est censé être l’une des fédérations les plus puissantes sur le plan international. Pour Sebastian Coe, prendre une décision aussi draconienne en faveur d’un sport propre et se faire taper sur le nez par le CIO, ça enverrait un mauvais message.

Par contre, si le CIO veut ramener des athlètes russes qui ont un dossier vierge et qui n’ont jamais été mêlés à des histoires de dopage — même si c’est très rare en Russie et que ça représenterait seulement trois ou quatre athlètes —, je ne serais pas contre. Malgré tout, je ne crois pas que ces trois ou quatre personnes devraient empêcher leur pays de payer entièrement sa sanction.

Peu d’effet sur moi

Le maintien de la suspension ne me concerne pas personnellement puisque, curieusement, il y a peu de Russes dans les courses de demi-fond. Par contre, il y en a beaucoup chez les femmes. Dans mon entourage immédiat dans l’équipe canadienne, Hilary Stellingwerff en a fait une histoire personnelle.

Comme moi, elle est une spécialiste du 1500 m et elle avait été la dernière retranchée pour la finale aux Jeux olympiques de Londres. Quatre ans plus tard, on sait que sept coureuses ayant participé à cette finale étaient dopées, dont trois Russes.

C’est dommage parce que ces résultats ne sont pas rétroactifs. On ne peut pas la considérer comme étant une finaliste olympique à cause de ça. Quand une personne termine quatrième, on peut ensuite la considérer comme une médaillée olympique si une suspension à une athlète ayant fini devant elle lui permet ensuite d’obtenir une médaille.

Mais dans le cas d’Hilary, elle est privée du précieux statut de finaliste olympique...

− Propos recueillis par Alain Bergeron