/opinion/columnists
Navigation

Le PQ va s’ennuyer de PKP

Pierre Karl Peladeau
Photo d’archives

Coup d'oeil sur cet article

En fait, le Parti québécois s’en ennuie déjà.

D’abord pour tout ce que la notoriété personnelle de Pierre Karl Péladeau apportait au parti.

Vedette du monde des affaires, admiré par une majorité de Québécois pour ses succès en entreprise, détesté par d’autres pour ses méthodes musclées, notamment ses positions de droite passées en relations de travail, le moindre de ses commentaires sur les réseaux sociaux dont il était un adepte, prenait d’impressionnantes proportions.

Le PQ en profitait. Il s’insérait dans le circuit du jour de l’information instantanée.

PKP appartient aussi au jet-set québécois. Les aléas de son mariage avec l’animatrice Julie Snyder, ses présences médiatisées à différents événements mondains, son implication dans la construction du centre Vidéotron à Québec et l’acquisition d’une franchise de la LNH, procuraient au PQ un type de visibilité large public qu’il n’avait plus connue depuis René Lévesque.

Le poing levé

PKP offrait une vision tranchée de l’avenir du Québec: en faire rapidement un pays indépendant. On pouvait être pour, on pouvait être contre, mais tous les Québécois savaient où il s’en allait.

À l’exception de Martine Ouellet, les autres aspirants, le meneur Alexandre Cloutier et Véronique Hivon, sont embourbés dans le même marécage que Pauline Parois. Peut-être que oui à un référendum, peut-être que non.

Jean-François Lisée assure que ce sera non, mais il n’a jamais été fiable.

Le départ de PKP a aussi entraîné celui du pilier Bernard Drainville, resté à l’écart de la course et qui avait perdu sa motivation.

Caution économique

PKP fut brièvement la caution économique que ce parti n’avait jamais eue. Il a certes été dirigé par de brillants économistes, les Jacques Parizeau et Bernard Landry, mais jamais il ne l’avait été par un entrepreneur qui avait lui-même brassé de grosses affaires.

Ce peu de crédibilité sur le plan financier a toujours été un lourd handicap pour le parti et sa Cause.

PKP avait levé cette hypothèque. Ses plaidoyers pour la protection des sièges sociaux, pour une implication accrue des leviers économiques que sont la Caisse de dépôt et placement et Investissement Québec, ont donné du tonus au discours économique du PQ.

Il disait peut-être la même chose que d’autres avant lui mais il était bien davantage écouté que ses prédécesseurs.

À l’inverse, ses sorties publiques à caractère social et sur la défense des services publics me laissaient sceptique.

Un premier ministre

PKP était «premierministrable» pour le peuple québécois. Ses admirateurs et même ses dénigreurs lui reconnaissaient la dimension nécessaire pour la fonction.

Ce n’est pas le cas pour Alexandre Cloutier, Véronique Hivon, Jean-François Lisée et encore moins Martine Ouellet, qui n’ont ni le bagage ni la vision pour offrir une alternative sérieuse à Philippe Couillard en 2018.

L’élection de l’un d’eux à la tête du Parti québécois ne fera qu’ouvrir la voie à François Legault et à la CAQ qui déjà s’imposent comme véritable opposition au gouvernement libéral.

Les péquistes lucides ont décodé tout cela. Ils sont inquiets pour l’avenir de leur parti et pour la Cause qu’il porte. Ils ont le «blues de PKP».