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La fête de qui?

Father and newborn baby
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Dictionnaire des mots disparus, page 345.

Père: mot ancien tombé en désuétude à la fin du 20e siècle.

Peu utilisé aujourd’hui (on lui préfère la formulation «parent 2», beaucoup plus moderne et moins offensante pour les minorités sexuelles LGBTQDFRGYRHX2U), il désignait le parent de sexe masculin.

« ÇA VA BARDER ! »

Aujourd’hui, la maternité règne dans les familles et est devenue la norme. Tout le monde materne: les parents de sexe masculin comme les parents de sexe féminin – et même ceux de sexe non déter­miné.

Mais il y a plusieurs décennies, les enfants se faisaient aussi «paterner».

Bien avant que les hommes ne se mettent à porter leurs bébés dans des poches ventrales de couleur pastel munies de sacs pouvant contenir des bouteilles de Purell en cas d’urgence (les enfants de l’époque ayant la mauvaise habitude de manger du sable lorsqu’ils allaient au parc, acte qui est désormais interdit et passible de trois ans de prison pour les parents fautifs), les pères repré­sentaient l’autorité.

(Pour en savoir plus sur l’autorité, autre notion aujourd’hui oubliée, prière de consulter le tome 2 du Dictionnaire des mots disparus.)

Pendant cette période connue aujourd’hui sous le nom de Grande Barbarie (1950-2000), les pères étaient chargés de faire respecter la loi.

Lorsque les enfants désobéissaient, leur mère leur disait: «Attends que ton père rentre à la maison, ça va barder!»

Dans les écoles, c’était les directeurs qui jouaient ce rôle. Lorsque les élèves désobéissaient à leur maîtresse, celle-ci leur disait: «Va au

bureau du directeur, ça va barder!»

Dans un cas comme dans l’autre, la figure «paternelle» punissait les enfants fautifs – parfois, en leur donnant une petite claque sur les fesses (acte désormais passible d’une peine de prison à vie).

DES ACTES BARBARES

Le père avait aussi un autre rôle, qui peut paraître contradictoire: il encourageait les enfants à prendre des risques.

À l’époque, on avait une expression sexiste pour désigner cette fonction: «Sortir un enfant des jupes de sa mère.»

Les pères poussaient les enfants à participer à toutes sortes d’activités barbares, dangereuses et hautement anxiogènes: jouer au ballon chasseur, se chamailler, se pousser en bas des bancs de neige.

Ces activités sont maintenant strictement interdites par l’ONU et par l’UNESCO, mais, à l’époque, les pères (qui, à part le Guide de l’auto, ne

lisaient pas beaucoup) croyaient que la pratique de ce genre de «sports compétitifs» pouvait avoir un effet bénéfi­que sur les enfants.

LE DÉCLIN DU PÈRE

À la fin du 20e siècle et au début du 21e, sous la poussée de groupes libérateurs comme le Black et le Pink Block, la figure du père est devenue symbole d’oppression, de violence et de fascis­me systémique.

Grâce à une méthode révolutionnaire mise au point par la firme Payette et fille, les pères ont heureusement pu être reprogrammés.

Aujourd’hui, ils remplissent les mêmes fonctions que la mère, à deux différences près: ils sortent aussi les poubelles et signent les chèques de pension alimentaire.

Depuis, le monde est heureux, et les garçons, les filles, les transgenres et les queers peuvent – enfin! – vivre en paix.