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Jacques Parizeau: «N’ayez pas peur»

Le dévoilement­­ de la sépulture, du monument et d’une esplanade consacrés à Jacques Parizeau s’est tenu dimanche devant famille et amis réunis aux côtés de sa veuve, Lisette Lapointe.
Photo Le Journal de Montréal, Martin Alarie Le dévoilement­­ de la sépulture, du monument et d’une esplanade consacrés à Jacques Parizeau s’est tenu dimanche devant famille et amis réunis aux côtés de sa veuve, Lisette Lapointe.

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La journée était magnifiquement ensoleillée et la cérémonie, empreinte d’émotion. Porté par un vent chaud et insistant, le fleurdelisé lui faisait office d’ange gardien. C’était dimanche, au cimetière de Laval.

Devant famille et amis réunis aux côtés de sa veuve, Lisette Lapointe, le dévoilement­­ de la sépulture, du monument et d’une esplanade consacrés à Jacques Parizeau, décédé le 1er juin 2015, était fidèle à l’homme.

Entouré de fleurs, d’un bassin d’eau profonde et d’une fontaine symbole de vie, l’impressionnant monument – grand, droit et incassable comme l’était Jacques Parizeau –, porte ses propres mots intemporels: «N’ayez pas peur.»

Ces mots, ils les avaient prononcés en mars 2013. C’était au premier congrès d’Option nationale (ON), un nouveau parti fondé par l’ex-député péquiste Jean-Martin Aussant. Femmes et hommes, jeunes, éduqués et tournés vers l’avenir, plus d’un millier de militants étaient venus l’entendre.

L’ex-premier ministre leur avait livré un long discours magistral de leçons à méditer.

S’inspirant d’une parabole, il disait voir en eux le «levain dans la pâte» d’un mouvement souverainiste «fatigué», «apeuré» et «désorienté».

Constat lucide

Insufflez-lui, leur demanda-t-il, votre modernité, votre ambition, votre enthousiasme, votre progressisme, votre clarté et votre goût d’entreprendre une promotion active et positive de l’indépendance­­.

Ce discours, il le prononça d’ailleurs au moment même où le gouvernement minoritaire de Pauline Marois, cherchant à séduire des électeurs caquistes, oubliait son option et penchait au centre droit.

Plus large encore, le constat de M. Parizeau se voulait surtout lucide: «Ça fait 15 ans que j’entends les chefs successifs du Parti québécois au pouvoir dire qu’on ne peut pas utiliser les fonds publics pour promouvoir la souverai­neté. Ah? Si vous ne voulez pas, (...) pourquoi êtes-vous là?»

Le cœur de son discours battait toutefois dans ces trois petits mots – «N’ayez pas peur» –, dorénavant immortalisés sur son monument. En fait, il les avait empruntés à Jean-Paul II. M. Parizeau ajouta même à la blague que par conséquent, son message était «en quelque sorte pontifical».

Peur de faire peur

Puis, de leur préciser sa pensée: «N’ayez pas peur de vos rêves et des obstacles qu’on va mettre sur votre chemin». Tel était son principe de vie – personnel et politique.

Jacques Parizeau, on peut le dire sans se tromper, n’avait peur de personne. Et encore moins des sondages, qu’il savait changeants par définition.

Alors que certains candidats à la chefferie craignent de s’engager sur leur option­­ de peur de faire peur, que d’autres refusent encore d’y investir des fonds publics et que l’un d’entre eux va même jusqu’à qualifier de «poison» l’idée même d’un référendum, les mots de M. Parizeau résonnent d’autant plus.

Bien au-delà d’une controverse passagère autour d’un parc devant porter son nom, l’essentiel de Jacques Parizeau demeure­­. De cette vie menée tambour battant au nom des siens, l’Histoire retiendra­­ qu’il l’aura vécue avec courage­­, humanisme, intégrité et un sens raris­sime de l’intérêt collectif.