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Le pitbull, la voisine et moi

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J’ai écrit deux chroniques plaidant pour l’interdiction des pitbulls.

Elles m’ont valu, de la part de certains propriétaires de pitbulls, des messages que je répartirais en deux catégories générales.

Vous avez d’abord le message haineux, violent, truffé de fautes d’orthographe. La personne lâcherait son meilleur ami sur moi si elle le pouvait.

C’est le genre de message qui renforce l’image que l’on se fait d’une sous-catégorie de propriétaires de pitbulls: le ou la jeune imbécile.

Leçon

La deuxième catégorie de messages, beaucoup plus intéressante, tombe dans ce que j’appellerais le registre du «pédagogisme condescendant».

La personne me dit que je suis mal informé, que ce n’est pas ma faute, s’offre pour me faire cheminer et me fait un petit cours, avec toujours les mêmes arguments, les mêmes données, les mêmes «études», les mêmes «experts».

Mais c’est dit très gentiment. Je sens que, si la personne était devant moi, elle me prendrait la main et m’offrirait un jus.

Clairement, ce sont de bons maîtres et leur chien n’a sans doute jamais agressé qui que ce soit.

Cela dit, quand je parcours tous les messages, de l’une ou l’autre des catégories, ils ont tous une caractéristique commune frappante.

Ces gens savent que leur chien inquiète les voisins et ils pensent qu’il est probable qu’il y ait dans cette inquiétude une part de méconnaissance.

Mais les gens ont fondamentalement raison d’être plus craintifs devant un pitbull que devant un chihuahua en raison de sa puissance et de son tempérament.

On n’a jamais vu MIRA choisir le pitbull.

Ce genre de chien, disais-je, inquiète la voisine de l’autre côté de la clôture.

Il inquiète les éducatrices des garderies qui voudraient emmener les enfants au parc.

Il inquiète les joggers, les promeneurs, les parents dont les enfants rentrent de l’école à pied.

Là où j’habite, tous les gens qui utilisent le train de banlieue longent une clôture derrière laquelle vit un pitbull. Ils pressent le pas dès qu’ils l’entendent grogner.

Quand une peur est phobique, totalement irrationnelle, elle se soigne sans qu’il soit nécessaire de faire disparaître toutes les petites araignées.

Quand une peur a une cause objective extérieure à nous, on agit sur la source du danger.

Je suis renversé de voir que les propriétaires de ces animaux ne prennent pas davantage en compte qu’ils font peur aux gens autour d’eux.

J’y vois une forme d’égocentrisme, de narcissisme, de «moi-moi-moi», comme si LEUR plaisir, devenu un droit inaliénable dans leur esprit, était le début et la fin de toute discussion.

C’est comme si ces gens maniaient des armes dangereuses pour leur plaisir et que, face à notre peur et comme seule assurance, ils nous demandaient... de leur faire confiance.

Époque

Jadis, il y avait une valeur de base qui s’appelait le civisme, un mélange de courtoisie et de sensibilité pour autrui, qui impose une limite à nos envies.

Idéalement, on y pense soi-même.

Comme il ne se manifeste plus spontanément, ou si peu, il faut maintenant l’imposer. Triste.

Qui aurait dit qu’une polémique sur un chien serait aussi un reflet de notre époque...

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