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P.K. Subban répond à Guy Lafleur

«La réalité est que nous ne sommes plus au temps de Lafleur»

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LAS VEGAS | Pour de bonnes ou de moins bonnes raisons, P.K. Subban est le joueur du Canadien dont le nom alimente le plus souvent l’actualité depuis la fin de la saison.

La télévision nous l’a montré à plusieurs matchs des Raptors de Toronto durant les séries de la NBA. Il a même accompagné un groupe de partisans torontois lors d’un match à Cleveland, où les Cavaliers ont procuré un premier championnat en 52 ans à leur ville en triomphant des Warriors de Golden State, en fin de semaine dernière.

On a parfois l’impression que Subban est partout tellement il bouge. Et, même lorsqu’il est dans l’ombre, il fait parler de lui.

Autres temps, autres mœurs

Or, depuis la fin de la campagne, quelques anciennes grandes gloires de l’organisation du Canadien lui ont aussi fait des remontrances, soit pour son jeu ou pour sa personnalité flamboyante.

Serge Savard et Larry Robinson ont exprimé le souhait qu’il devienne un meilleur joueur d’équipe, insistant pour dire qu’aucun joueur, aussi bon soit-il, n’est plus gros que son équipe.

Lafleur en a rajouté dernièrement en déclarant que Subban aurait été remis à sa place par ses coéquipiers dans son temps et qu’il faudrait lui administrer du Ritalin pour le calmer.

Subban venait de se taper une mêlée de presse d’une vingtaine de minutes lorsque je l’ai questionné là-dessus et sur d’autres sujets, hier, dans la fournaise de Las Vegas.

Sans surprise, il s’en dégage qu’il est aussi direct que Lafleur.

«Guy a parfaitement droit à son opinion, a-t-il réagi.

«Je le respecte pour ce qu’il dit aussi bien à titre d’ancien joueur qu’en tant que personne. Mais la réalité est que nous ne sommes plus au temps de Guy. Nous sommes dans le monde d’aujourd’hui.

«Il n’y a qu’un P.K. Aucun joueur, parmi ceux avec lesquels Guy a joué, n’était comme moi. Même après ma carrière, il n’y aura pas un autre P.K.

«Je suis moi même. Je ne veux pas être quelqu’un d’autre et je ne le serai jamais.»

On le sait depuis longtemps.

Milieu conservateur

Subban fait figure de spécimen rare dans le monde conservateur que demeure le hockey.

Des athlètes comme lui, il s’en compte à la douzaine dans la NFL, la NBA et la MLB. Mais, dans le hockey, ils sont considérés comme dérangeants.

Si Lafleur avait assisté à la rencontre avec les candidats des différents honneurs qui seront remis ce soir, il aurait trouvé que P.K. faisait pas mal clean cut à côté de Brett Burns, dont il a d’ailleurs critiqué sa barbe touffue le même jour où il a parlé de Subban.

Comme toujours, le défenseur du Tricolore était vêtu comme une carte de mode.

Burns s’est présenté en t-shirt, sans ses palettes aux gencives supérieures, une partie de sa longue chevelure relevée en toque sur sa tête et la barbe toujours longue.

Comme on dit, chacun son style.

De nos jours, bien des gens cherchent à être différents à leur façon et il faut respecter cela. Mais ça semble plus dur avec Subban.

«Je n’ai jamais entendu personne attaquer ma force de caractère parce qu’ils ne le peuvent pas. On veut parler de ma personnalité? C’est facile. Personne ne me ressemble, à cet égard, dans le monde du hockey, je suis juste différent.»

Hommes d’exception

Comme l’étaient Jackie Robinson, Muhammad Ali et Ted Williams, pour ne nommer que ceux-là. Robinson et Ali voulaient faire avancer la cause des Noirs aux États-Unis.

Williams était le John Wayne de la vraie vie, un fameux joueur de balle et un héros de guerre et un homme plus grand que nature qui ne faisait jamais dans le compromis.

«Je me sens bien avec la couleur de ma peau et je suis qui je suis», a plaidé Subban.

Ces 15 minutes passées avec lui ont été une bouffée d’air frais. Elles ont été les plus révélatrices parmi toutes mes rencontres avec lui depuis qu’il a débarqué à Montréal. Il a parlé comme la personne qu’il est, il a parlé avec ses tripes et son cœur.

 

Un prix qui comblerait P.K.

 

LAS VEGAS  |  La soirée de remise des distinctions individuelles de la Ligue nationale de hockey est devenue un rituel pour P.K. Subban. En 2013, il a reçu le trophée Norris alors que, l’an dernier, Erik Karlsson lui avait été préféré pour le titre de meilleur défenseur. Cette année, le joueur du Canadien est en nomination pour un honneur d’ordre tout à fait différent, à savoir le prix de la Fondation de la LNH. 

Avant le début de la dernière saison, Subban s’est engagé à verser 10 millions de dollars à l’Hôpital de Montréal pour enfant, durant les sept années qui restaient à son lucratif contrat de 72 M$ pour huit saisons avec le Tricolore.

«J’adore la réplique du trophée Norris qui m’a été remise, dit-il.

«Je raffolerais en posséder une de la coupe Stanley. Mais si le prix de la Fondation m’est décerné, ce sera plus gros qu’une coupe Stanley ou qu’un trophée Norris pour moi. Le seul fait d’être considéré est un honneur.

«Ces trophées n’apportent rien aux gens tandis que le prix pour lequel je suis en nomination est la reconnaissance d’un geste posé par un joueur de la LNH pour la société.»

La Ligue remet ce prix à un joueur ayant démontré le meilleur exemple de leadership et ayant offert une contribution humanitaire significative à une communauté.

Les deux autres sélectionnés sont le défenseur Mark Giordano, des Flames de Calgary, et l’attaquant Matt Martin, des Islanders de New York.

Remarques désobligeantes

Aussi incroyable que ça puisse être, Subban a été la cible de remarques désobligeantes lorsqu’il a annoncé son don à l’Hôpital pour enfants, qui fait partie du nouveau complexe abritant le Centre de santé de l’Université McGill.

Certains ont abaissé son geste en disant que Subban voulait sauver de l’impôt. Des fiscalistes ont embarqué dans le jeu en expliquant les dessous financiers d’une telle entreprise financière.

Pourtant, Subban ne cherchait qu’à faire du bien autour de lui. Il sait très bien ce qui a été dit au sujet de son implication.

«J’adore la réplique du trophée Norris qui m’a été remise. Je raffolerais en posséder une de la coupe Stanley. Mais si le prix de la Fondation m’est décerné, ce sera plus gros qu’une coupe Stanley ou qu’un trophée Norris pour moi.» – P.K. Subban

«La meilleure que j’ai entendue est: “On sait bien, il a les moyens de faire ça!”»

Méchanceté, jalousie, appelez ça comme vous voulez, ces commentaires n’ont pas leur place.

«Si c’était aussi facile que certaines personnes l’affirment, pourquoi les joueurs et les athlètes ne le font pas tous? demande Subban.

«Pourquoi tout le monde ne le fait pas? Par contre, aucune pression ne devrait être imposée sur qui que ce soit qui ne veut pas poser ce genre de geste.

«Ceci dit, je n’ai rien à cirer de ce que les gens peuvent dire relativement à ce don. Je l’ai fait avec les meilleures intentions du monde.

«Je ne fais pas que verser de l’argent non plus. Je consacre temps et effort au bien-être de jeunes malades qui ont besoin de tout le réconfort possible pour passer à travers les épreuves qu’ils traversent.

«Alors, pourquoi me ferais-je du mouron avec ces choses que l’on dit sur moi alors que je ne fais que redonner à la communauté dans laquelle je vis une partie de ce que le hockey m’apporte?»

Son vote à Pacioretty

Subban n’est pas le seul joueur du Canadien en lice pour un prix dont le but est de reconnaître l’implication d’un joueur dans la société.

Max Pacioretty est candidat pour le trophée King-Clancy, dont les critères ressemblent beaucoup au prix de la Fondation de la LNH.

Le trophée Clancy est décerné au joueur qui applique les valeurs d’engagement et de persévérance et du travail d’équipe pour enrichir la vie des gens de sa communauté.

Les joueurs de chaque équipe sont appelés à voter pour le candidat des leurs, ce qui n’a pas été sans soulever une controverse dans le cas du Tricolore.

Plusieurs ont interprété le choix de Pacioretty comme un affront à l’endroit de Subban et une preuve que le défenseur n’est pas populaire auprès de ses coéquipiers.

«Je n’en suis pas sûr, mais pratiquement tous les sélectionnés sont capitaines de leur équipe respective et c’est très bien ainsi, a dit Subban.

«Moi-même, j’ai voté pour Max. De plus, nous ne sommes pas les seuls joueurs de notre équipe à nous engager envers la société. 

«Ce n’est pas parce qu’un joueur ne donne pas 10 millions à une cause humanitaire qu’il ne peut pas être reconnu pour l’aide qu’il apporte à des gens.»

En y pensant bien, ces critiques adressées à l’endroit de Subban, que ce soit pour sa tenue sur la glace, son implication dans la communauté, son goût pour les vêtements griffés, les belles choses et tout ce que vous voulez apparaissent comme de la jalousie et un brin de malice.

En près de 35 ans à la couverture du Canadien, je n’ai jamais vu un joueur d’impact de l’équipe être victime d’un tel traitement.

C’est un signe que Subban ne laisse personne indifférent. Mais il y a des limites à ce qu’on peut véhiculer sur une personne.

«S’il y a une chose que je peux dire à cet effet, c’est qu’il y a beaucoup plus de gens qui m’appuient que ceux qui ne le font pas.»

Subban touche un bon point.

Carey Price et lui sont les joueurs les plus populaires du Tricolore. Les chandails à leur effigie sont visibles aux quatre coins du Centre Bell. Ils représentent de l’or en barre pour Geoff Molson et ses associés financiers.

 

Pas d’énergie à perdre avec les rumeurs d’échange

P.K. Subban affirme que les rumeurs de transaction qui circulent à son sujet ne l’inquiètent pas.
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P.K. Subban affirme que les rumeurs de transaction qui circulent à son sujet ne l’inquiètent pas.

Il n’aurait pas fallu que des faiseurs d’échanges soient de l’envolée Montréal-Las Vegas, hier matin.

En voyant le chef des opérations des Oilers d’Edmonton, Bob Nicholson, et son bras droit Kevin Lowe assis en classe affaire, ils auraient conclu qu’une transaction avec le Canadien pour les services de P.K. Subban était imminente.

Or, Marc Bergevin et son personnel de recruteurs étaient déjà à Toronto en vue du repêchage qui se tiendra en fin de semaine à Buffalo.

Pas inquiet

Des gérants d’estrades ont échangé Subban aux Oilers à toutes les semaines durant les mois d’avril et mai.

Tout le monde est sur les dents à Montréal à l’approche du repêchage et de l’ouverture du marché des joueurs autonomes.

Les regards sont tournés vers Bergevin sur qui pèse l’obligation d’apporter des changements à son personnel en prévision de la prochaine saison.

Que pense Subban de tous ces bruits qui circulent à son endroit?

«Pour être honnête, je ne suis pas inquiet, répond-il.

«J’ai beaucoup d’occupations pendant l’entre-saison et mon job est de bien me préparer pour la prochaine campagne.

«Je ne me suis jamais énervé avec les rumeurs et les choses que des gens peuvent raconter à mon sujet. Je perdrais beaucoup d’énergie si je m’arrêtais à ces choses.

«Les gens connaissent mon affection pour le Canadien et Montréal. J’adore jouer dans cette ville.»

Pas de fausse modestie

Mais ne finit-il pas par se demander pourquoi on fait autant de chichis autour de lui?

«Je ne fais pas attention à ce que certaines personnes peuvent dire de moi. J’ai confiance en moi et je me considère comme l’un des meilleurs défenseurs de la Ligue nationale.»

Vous en voulez encore?

«J’aurais dû être en nomination pour le trophée Norris cette année, ajoute-t-il.

«En fait, je devrais l’être à chaque année.»

Pas sûr que celle-là va passer auprès de certains, mais bon.

Subban n’est pas comme les autres.

On l’a su dès que le Canadien l’a repêché.