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L’avantage d’être Canadien

Charles Philibert-Thiboutot
Photo Agence QMI, Didier Debusschère Charles Philibert-Thiboutot

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Les scandales mondiaux de dopage en athlétisme nous font réaliser le privilège de vivre au Canada, où on fait des efforts exemplaires dans le but d’enrayer ce fléau.

L’arrestation de l’entraîneur d’origine somalienne Jama Aden, le 20 juin dernier, dans un hôtel d’Espagne, rappelle les risques qui guettent les athlètes des pays qui ne se soucient pas de la sensibilisation au dopage.

Au Canada, dès qu’on entre au cégep et qu’on se joint à une équipe, quel que soit le sport, on suit un cours sur la sensibilisation au dopage offert par le Centre canadien pour l’éthique dans le sport (CCES). Mais quand on vit au Qatar ou au Maroc, on n’a rien de tout ça.

Dopé à 17 ans

L’un des coureurs du groupe d’entraînement dirigé par Jama Aden, Hamza Driouch, est devenu champion du monde junior du 1500 m en 2012. Il a participé aux Jeux olympiques de Londres alors qu’il n’avait que 17 ans. Il a été suspendu deux ans en février 2015 pour anomalies dans son passeport biologique.

On a appris que Driouch s’était fait administrer ses premières doses quand il avait 17 ans. Dans ses témoignages, il disait que «Jama m’invitait dans sa chambre en disant: tiens, j’ai des seringues qui contiennent des vitamines et qui aident à la récupération.» Le jeune posait des questions, mais il se faisait répondre d’avoir confiance. «C’était comme un père pour moi, alors je n’allais pas le mettre en doute.»

Dans ces pays, les gens n’ont pas la culture et la sensibilisation qu’on a ici. Quand il y a des personnes comme Jama Aden qui connaissent le fonctionnement des drogues, que ce sont même eux qui injectent les produits en microdoses pour éviter de se faire prendre, puis que les athlètes créditent leurs entraîneurs à 100 % de leur confiance en leur disant «tu fais ce que tu veux», il est là, le cocktail dangereux. C’est parce qu’ils ne sont jamais sensibilisés que ces choses-là arrivent.

Ce jeune, qui avait 17 ans quand il a participé aux Jeux olympiques, a vu que plusieurs athlètes se soumettaient à des tests antidopage autour de lui. Il réalisait sûrement que ce qu’il avait fait n’était pas bien, mais il ne pouvait dénoncer personne parce qu’il l’avait lui-même dans son sang!

Les valeurs de l’éducation

C’est là qu’on voit que l’éducation antidopage nous sert bien. Même si on doit suivre un cours du CCES en croyant que c’est inutile, on réalise de plus en plus toute son importance. Dans les pays où ça n’existe pas, un athlète peut accepter que quel­qu’un de louche propose de lui injecter des vitamines parce qu’il n’a jamais été informé des risques.

La guerre antidopage doit se faire sur tous les fronts, autant dans le dépistage que dans l’implantation de moyens à long terme. Selon moi, l’un de ces moyens à long terme est l’éducation.

Un effet positif

S’il y a un côté positif à tirer de tout ça, c’est que ce groupe d’entraînement de demi-fond que dirigeait Jama Aden est l’un des plus puissants dans le monde. Les conséquences liées à son arrestation pourraient donner une chance à des gars comme moi qui sont propres. Il y a une couple de gros noms dans cette équipe. S’ils font l’objet d’une sérieuse investigation, ils ne pourront pas courir aux Jeux.

Et ça, sait-on jamais, ça pourrait m’ouvrir des portes...

– Propos recueillis par Alain Bergeron