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Un ex-procureur contre Vincent Lacroix dit avoir été fraudé

Projet de deux maisons rue Collins
Photo Agence QMI, Jean-François Cloutier C’est ce projet de deux maisons à Côte-Saint-Luc qu’a financé en partie Me Haccoun. Une des deux maisons a brûlé dans des circonstances qui n’ont jamais été élucidées. Le procureur de la Couronne à la retraite Claude Haccoun (en mortaise) prétendait avoir beaucoup d’expérience en immobilier, mais il dit avoir été fraudé.

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Un ex-procureur spécialisé dans les fraudes qui a déjà été chargé de mettre Vincent Lacroix en prison dit avoir été lui-même arnaqué par un fraudeur présumé et son avocat pour plus d’un demi-million de dollars.

Claude Haccoun, ancien procureur de la Couronne pour l’État québécois, prétendait s’y connaître en immobilier. Il a visiblement trouvé plus fin que lui.

Selon une requête déposée en 2015 à la Cour supérieure du Québec, Me Haccoun dit avoir perdu environ 540 000 $ dans les mains du promoteur immobilier déchu Tyronne Candappa et de son avocat Henri Simon.

<b>Me Henri Simon</b> <br>
<i>Avocat</i>
Photo courtoisie
Me Henri Simon
Avocat

Me Haccoun a été le responsable du dossier de Vincent Lacroix au début de l’affaire en 2006. Il est notamment celui qui a élaboré un premier projet d’accusations contre Lacroix, de concert avec la GRC. Il a pris sa retraite en 2008.

Tyronne Candappa s’est fait connaître dans les médias pour la vente de condos dans une imposante tour à Brossard qui n’a jamais levé de terre. Il s’est sauvé avec les dépôts des acheteurs.

Il est en prison depuis février pour avoir tiré sur un de ses clients. Ce client était venu réclamer un remboursement.

Selon les documents, Me Haccoun s’était fait promettre un rendement de 100 % sur un prêt en peu de temps, mais rien n’a jamais été remboursé, selon la requête.

À l’époque du prêt, en 2012, Candappa était en faillite. Il n’avait pas de liquidités.

« Mensonge »

Me Henri Simon, un ami de Me Haccoun dont Candappa est un client, serait alors intervenu auprès de lui pour qu’il allonge les billets nécessaires à l’achat d’un terrain pour un nouveau projet.

<b>Tyronne Candappa</b><br>
<i>Emprisonné</i>
Photo courtoisie
Tyronne Candappa
Emprisonné

Le projet consistait à construire deux maisons à Côte-Saint-Luc, sur l’île de Montréal. Une des maisons a d’ailleurs été incendiée en 2014 dans des circonstances nébuleuses.

«Le requérant, sans la grande confiance qu’il accordait à un confrère et ami de très longue date, Me Henri Simon, membre du Barreau de surcroît, ainsi que sans la garantie personnelle de celui-ci, n’aurait jamais accepté d’investir dans ce projet», affirme Me Haccoun.

Mais Me Simon lui a «éperdument menti en lui [...] présentant [...] Candappa comme un homme d’affaires respectable, qualifié et parfaitement solvable», soutient la requête.

Encore plus d’argent

Plus le temps passait et plus Me Haccoun se demandait ce qui arrivait avec son argent. On lui a demandé de verser d’autres sommes, sans quoi le projet risquait de ne pas être complété.

Me Haccoun dit avoir accepté d’ajouter de l’argent à condition que Me Simon en fasse autant.

Or, «Henri Simon a, par la suite, avoué à M. Luc Lapierre, syndic adjoint du Barreau, en date du mois d’avril 2015, ne pas avoir versé la somme de 75 000 $ comme il s’y était engagé», allègue la requête.

Me Haccoun s’est ensuite rendu compte que les deux maisons étaient grevées d’hypothèques légales de sous-traitants qui excédaient largement leur valeur sur le marché.

Tout était en dessous de la table

Curieusement, jamais une convention de prêt n’a été signée entre les parties. Tout s’est fait en dessous de la table entre les deux hommes de loi.

«Comme les termes d’un prêt allaient à l’encontre de la loi et de l’ordre public imposant un taux d’intérêt illégal, voire criminel, [Me Henri Simon, l’avocat de Tyronne Candappa] a recommandé à [Me Haccoun] un joint venture», mentionne Me Simon dans sa défense.

Mais encore là, il n’existe aucun document signé relatif à ce joint venture.

Dans sa requête, Me Haccoun réclame 1,4 million $ à Me Simon, Tyronne Candappa et Prasanna Candappa (le frère de Tyronne) pour une «fraude» présumée.

Me Henri Simon a répliqué en réclamant un million à Me Haccoun pour dommage à sa réputation.

Il dit que Me Haccoun «a toujours laissé savoir à qui veut bien l’entendre qu’il a beaucoup d’expérience en immobilier, lui-même possédant plusieurs immeubles». Il savait donc, selon lui, dans quoi il s’embarquait.

Les sommes versées par Me Haccoun à Candappa

Juillet 2012: 150 000 $ (pour acheter un terrain pour construire deux maisons)

Décembre 2012: 75 000 $ (soi-disant pour «sauver le projet»)

♦ Janvier 2013: 15 000 $ (encore pour soi-disant «sauver le projet»)

Mai 2013: 125 000 $ (pour qu’il devienne propriétaire d’une des deux maisons quand elle serait construite)

Juin 2013: 150 000 $ (encore pour devenir propriétaire de la maison)

Février 2014: 26 000 $ (pour terminer les travaux)