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Nombre record d’évacuations de logements insalubres

Plus d’une centaine de ménages ont dû quitter leur demeure par souci pour leur santé

La Ville de Montréal suit maintenant de près les immeubles reconnus pour leur état délabré, comme le Domaine Renaissance dans Saint-Léonard dont on voit un escalier ci-dessus, qui a déjà reçu plus de 500 000 $ en amendes d’insalubrité depuis 2007.
Photo d'archives La Ville de Montréal suit maintenant de près les immeubles reconnus pour leur état délabré, comme le Domaine Renaissance dans Saint-Léonard dont on voit un escalier ci-dessus, qui a déjà reçu plus de 500 000 $ en amendes d’insalubrité depuis 2007.

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La Ville de Montréal a évacué un nombre record de familles l’an dernier, car leur logement était trop insalubre pour être sécuritaire.

Ce sont pas moins de 106 logements qui ont été vidés de force par les inspecteurs municipaux en 2015, car ils étaient «impropres à l’habitation» et leur occupation suscitait des «craintes pour la santé des résidents», révèle un bilan du plan d’action de lutte à l’insalubrité dévoilé par la Ville lundi.

C’est un bond de 15 % par rapport à l’année précédente, où les habitants de 92 logements n’ont pas eu le choix que de se reloger en attendant que leur propriétaire fasse des travaux d’urgence.

Ces évacuations auraient d’ailleurs coûté près d’un demi-million de dollars aux propriétaires fautifs en revenus de loyers perdus depuis 2014, estime la Ville.

«Selon nous, c’est un moyen efficace parce que quand un propriétaire récalcitrant se voit privé de revenus, il est nettement plus enclin à faire les correctifs nécessaires», a indiqué l’élue Karine Boivin-Roy, conseillère associée au dossier de l'habitation.

Pas plus d’insalubrité

Même si le nombre d’évacuations ne cesse d’augmenter, ce n’est pas nécessairement parce qu’il y a plus d’immeubles gravement vétustes, rassure toutefois Mme Boivin-Roy.

Selon elle, l’utilisation d’outils d’inspection plus avancés depuis 2014 permet aux inspecteurs de déceler des problèmes qu’ils auraient peut-être manqués auparavant.

Cela a notamment permis de doubler le nombre moyen d’infractions recensées par inspection, qui est passé de 4,7 en 2013 à 10,7 l’an dernier.

«Cette nouvelle façon de travailler nous permet de mieux comprendre la nature des problèmes et d’y trouver des solutions plus durables à long terme [...] On trouve davantage de non-conformité que par le passé», explique l’élue.

Tiers des logements touchés

À l’automne dernier, le directeur de la santé publique (DSP) de Montréal révélait que près d’un logement sur trois avait au moins un problème d’insalubrité.

De plus, presque 30 % des ménages sondés ont rapporté de la vermine ou une humidité excessive pouvant entraîner de la moisissure dans leur maison.

D’ailleurs, le nombre de déclarations de punaises de lit a augmenté légèrement pour atteindre 5315 entre le 15 juin 2015 et le 10 juin dernier.

«Le portrait est relativement stable, mais chaque infestation de punaises de lit en est une de trop. Les impacts sur les gens touchés sont vraiment importants [...] donc les Montréalais doivent être très attentifs à l’aube des déménagements du 1er juillet», résume Mme Boivin-Roy.

Nombre de logements évacués pour insalubrité par la Ville

2011 : 23 logements insalubres

2012 : 47 logements insalubres

2013 : 50 logements insalubres

2014 : 92 logements insalubres

2015 : 106 logements insalubres

2016 : 16 logements insalubres(*)

(*) 1er janvier au 31 mars

La Ville peine à faire payer les amendes

La Ville de Montréal peine à récolter l’argent des amendes imposées aux propriétaires de taudis.

Depuis 2014, les inspecteurs de la métropole ont donné 196 constats d’infraction totalisant près de 314 000 $ aux propriétaires récalcitrants qui refusent de mettre leurs immeubles en état acceptable.

Toutefois, la Ville n’a réussi à récolter que 23 000 $, soit un mince pourcentage de 7 % de la somme totale, grâce à des jugements favorables d’un juge. La très grande majorité des amendes traîne donc toujours devant les tribunaux.

Pourtant, lors du dévoilement du plan d’action 2014-2017 pour lutter contre l’insalubrité à Montréal, la Ville assurait qu’augmenter le coût et le nombre des amendes contre les propriétaires délinquants les obligerait à apporter les correctifs nécessaires à leurs immeubles.

Une mesure qui ne fonctionne pas, croit le parti de l’opposition, Projet Montréal.

«Ce n’est clairement pas efficace. L’administration Coderre a beaucoup misé sur les amendes, mais cette mesure ne fonctionne clairement pas toute seule, parce qu’elle n’a aucun contrôle sur les délais du système judiciaire», dit Richard Ryan, porte-parole en matière de logement.

Celui-ci propose plutôt que la Ville crée un registre public des logements insalubres et des propriétaires récalcitrants.

Effet coercitif

Pour sa part, l’élue associée au dossier de l’habitation pour l’administration Coderre croit que l’augmentation du nombre et du prix des amendes a un important effet coercitif sur les propriétaires, qui ont maintenant une raison de plus pour faire les réparations requises.

«L’effet coercitif des constats d’infraction donne des résultats, car dans 80 % des cas, les correctifs sont apportés avant même qu’on doive envoyer une amende [...] C’est plus difficile au niveau des propriétaires qui sont plus récalcitrants, et c’est eux qu’on vise avec les constats», explique Karine Boivin-Roy.