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100 ans et des souvenirs de la guerre toujours frais en mémoire

Antonia Diodati Fuoco a vécu en Italie jusqu’en 1957 avant de s’installer à Montréal avec son mari et ses deux enfants pour fuir la pauvreté.
Photo romain schué Antonia Diodati Fuoco a vécu en Italie jusqu’en 1957 avant de s’installer à Montréal avec son mari et ses deux enfants pour fuir la pauvreté.

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Les bombes et les deuils de la Seconde Guerre mondiale n’ont jamais réussi à venir à bout de la joie de vivre d’Antonia Diodati Fuoco, 100 ans, qui estime encore aujourd’hui que le Canada l’a sauvée.

«Ici, j’ai trouvé une vie meilleure grâce au Bon Dieu, clame la dynamique centenaire. Jamais je n’aurais pensé vivre aussi longtemps après tout ce que j’ai connu.»

La dame, qui habite au centre d’accueil Dante depuis ses 95 ans, fait le bonheur des employés de cet établissement de Saint-Léonard.

« On s’est réfugiés dans les montagnes avec ma fille. Pendant plusieurs mois, on a vécu dans des grottes » – Antonia Diodati Fuoco

«C’est incroyable de voir ce p’tit bout de femme extraordinaire. C’est une inspiration pour tout le monde, elle a toujours une blague et des histoires à raconter», confirme Rosa Izzo, une employée du centre d’accueil Dante.

«Je sais qu’il faut penser à l’avenir, mais moi j’aime parler de ma vie et du passé, répond Mme Diodati Fuoco. Je prends même des notes des souvenirs qui me reviennent pour les raconter.»

Née le 1er janvier 1916 en Italie, Mme Diodati Fuoco n’a pas eu la vie facile. En 1943, alors que son pays combattait l’Allemagne nazie avec les Alliés, les bombardements ont ravagé sa province de Caserte.

«On s’est réfugiés dans les montagnes avec ma fille [née en 1938]. Pendant plusieurs mois, on a vécu dans des grottes. On se couchait par terre et on recevait des pommes de terre et du maïs de la part des soldats», se souvient-elle.

Si son mari Luigi, qu’elle avait rencontré à l’âge de 18 ans, a survécu en faisant le guet en haut d’une montagne pour les Alliés, ses quatre frères et sœurs sont morts durant le conflit. Une amie a également été tuée devant ses yeux, après l’explosion d’une bombe.

« Un meilleur avenir »

Puis, même après la libération, en 1945, «c’était très dur, j’ai pleuré. Tout était détruit», se souvient-elle. Leur maison n’était qu’un champ de ruines. Pour survivre, ils cultivaient la terre et les oliviers. Mais la vente d’huile était insuffisante, surtout avec un deuxième enfant né juste après la guerre. «On vivait dans la pauvreté, on voulait une vie meilleure, un meilleur avenir», dit-elle.

En 1954, Luigi décida de rejoindre un frère qui résidait au Canada depuis plusieurs années. Il prépara l’arrivée de sa famille.

Trois ans plus tard, Antonia et ses deux enfants débarquèrent du bateau à Halifax. Le voyage avait duré 16 jours. Ils prirent ensuite le train, puis emménagèrent dans la Petite-Italie.

Alors que son mari travaillait dans la construction avant de décéder en 1987, Antonia a été embauchée dans une fabrique de tissus, dans le quartier de Jean-Talon. Plus tard, elle s’occupera de la finition de manteaux jusqu’à sa retraite, à 65 ans.

Et en dépit de tous ces mauvais souvenirs et de ces épreuves, la centenaire n’a rien d’une vieille dame en fin de vie. Elle se maquille, vernit ses ongles, met ses bijoux; elle parle et elle rit tout le temps.

«Je me sens merveilleusement bien, je ne suis pas prête à mourir. J’ai encore de longues années à vivre», assure-t-elle en riant. Avant ses 95 ans, la dame a toujours préféré rester seule.

«Elle refuse de prendre un fauteuil roulant et de porter des lunettes. Elle est très fière et très autonome», dit Josée Fuoco, sa belle-fille.