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Netflix finira-t-il par cracher son dû?

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Si j’étais Bell, Vidéotron ou Cogeco, je serais en beau diable qu’on me force à donner un pourcentage de mes revenus pour aider la production de séries comme Unité 9 ou Au secours de Béatrice, alors qu’un concurrent comme Netflix s’en met plein les poches sans rien contribuer. Si j’étais Illico, Shomi, Crave ou tou.tv, je serais en maudit d’avoir à facturer des taxes à mes clients quand les clients de mon concurrent en sont exemptés. Comme on est tous égaux devant la loi, ne devrait-on pas l’être aussi devant l’impôt et les taxes?

L’ex-premier ministre Stephen Harper a décrété qu’il n’était pas question de taxer les distributeurs par internet. «Sauf s’ils sont canadiens», aurait-il dû ajouter, puisque c’est actuellement le cas. Nos distributeurs par internet doivent donc se battre contre leurs concurrents étrangers, une main attachée dans le dos.

Pour le moment, même si la plupart des pays se demandent comment réagir à l’égard des distributeurs par internet, seul le Danemark a conclu qu’il ne faut pas les taxer. Comme Harper.

PAUVRES DISTRIBUTEURS LOCAUX

En France, en Espagne et en Angleterre, c’est comme chez nous, on les taxe, mais seulement s’ils sont du pays! Étant étrangers, Neflix, Apple, Amazon et YouTube s’en tirent sans un sou de taxe ou d’impôt. Malgré l’opposition du Danemark, l’Union européenne envisage d’obliger tous ses pays membres à imposer une taxe aux abonnés des distributeurs par internet, que ceux-ci soient étrangers ou non. Depuis le référendum en Angleterre, l’Union a sûrement des chats plus importants à fouetter.

S’il faut un ou plusieurs permis pour exploiter un restaurant ou un simple «stand à patates frites», on n’a besoin d’aucun permis pour lancer un «petit» commerce comme Netflix ou Apple TV. Les Français, les Britanniques et les Espagnols obligent seulement ceux qui projettent de le faire de signaler leur intention. Rien de plus contraignant.

TOUT UN DILEMME

Dans les mois qui viennent, la ministre Mélanie Joly devra décider ce qu’elle entend faire de ces distributeurs étrangers privilégiés. Comment pourra-t-elle se faire une tête? La plupart des pays hésitent entre une simple taxe de vente aux abonnés, l’obligation pour les distributeurs d’un certain pourcentage de contenu local ou... rien du tout. Le chemin le plus facile pour rendre justice aux distributeurs locaux serait de les exempter de la taxe de vente. Comme cela ferait moins de vagues que taxer les distributeurs étrangers, c’est bien possible qu’on s’y résigne.

Quant à les forcer à offrir un pourcentage de contenu canadien, je ne vois pas comment le CRTC pourrait faire respecter cette obligation. Netflix et ses semblables n’ont guère de respect pour notre organisme de réglementation. Quant à nos gouvernements, ils n’arrivent même pas à percevoir d’impôt sur les profits que les distributeurs étrangers font au Canada. Leurs revenus bruts annuels atteindront pourtant 1 milliard $ d’ici à un an ou deux.

Pourquoi, à l’époque, des entrepreneurs comme Ted Rogers, Pierre-Karl Péladeau ou d’autres visionnaires de leur trempe n’ont-ils pas pensé créer un Netflix et un Apple TV? On ne saurait peut-être pas davantage comment les taxer, mais au moins les beaux dollars des abonnés enrichiraient des Canadiens!

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Demain, le Canada aura 149 ans. Selon toute apparence, il devrait se rendre à 150 ans, mais n’allons pas trop vite!