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Les médicaments d’exception de plus en plus prescrits au Québec

Ils ne constituent que 10 % des prescriptions, mais les médicaments d’exception représentent 40 % de la facture totale de la RAMQ.
Photo d’archives Ils ne constituent que 10 % des prescriptions, mais les médicaments d’exception représentent 40 % de la facture totale de la RAMQ.

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Les prescriptions de médicaments d’exception explosent au Québec. Depuis 2009, la facture a plus que doublé, pour un total de 1,4 milliard $ l’an dernier.

Au total, 18 529 643 ordonnances «d’exception» ont été remboursées en 2015 par la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ).

Il s’agit d’une hausse de 153 %, depuis 2009 seulement (voir tableaux). Or, le nombre total de prescriptions n’a augmenté que de 37 % durant cette période.

Concrètement, ces médicaments d’exception représentent 10 % des ordonnances, mais 40 % du budget total.

Depuis 2009, leur facture totale est passée de 585 millions $ à 1,4 milliard $. Il faut aussi noter que ces coûts ne concernent que les Québécois couverts par la RAMQ.

«Ce sont des médicaments extrêmement chers», réagit André Côté, professeur du Département de management à l’Université Laval.

«Ça va nécessairement continuer d’augmenter, dit ce spécialiste de la gestion pharmaceutique dans le domaine de la santé. Les médicaments sont de plus en plus ciblés, les compagnies invoquent que la prévalence est chère, donc il faut charger plus cher.»

Ces médicaments sont classés d’exception parce que leur coût et leur efficacité ne justifient pas une utilisation à grande échelle. Ainsi, les médecins les prescrivent parce que certains patients répondent mal au traitement standard, ou qu’ils peuvent bénéficier d’un gain particulier.

«Nerf de la guerre»

Chaque fois qu’un médecin veut prescrire un médicament d’exception, la RAMQ doit d’abord approuver.

En 2015, le taux d’approbation a été de 92 %.

«Le nerf de la guerre, c’est: est-ce que ça vaut la peine de payer autant d’argent pour ces nouvelles technologies?» demande la Dre Yun Jen, présidente de l’Association médicale du Québec.

«Ce qui est préoccupant, c’est que malgré cette liste d’exception qui vise à contrôler les coûts, les prix continuent d’augmenter, ajoute-t-elle. On est dans une tendance de hausse sans fin de la consommation des médicaments.»

Très chers

Certains médicaments d’exception coûtent très cher. Chaque dose de Remicade (arthrite, maladie de Crohn) vaut 940 $. En 2015, la facture totale a atteint les 95 M$.

Selon M. Côté, le problème majeur est l’absence de contrôle sur le prix des médicaments.

Tous les médicaments d’exception sont d’abord évalués par l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). Actuellement, 255 de ces médicaments sont remboursés à la RAMQ, sur un total de plus de 7000 produits.

Après avoir reçu l’approbation de Santé Canada, un fabricant peut demander qu’il soit inscrit sur la liste du régime général d’assurance médicament.

Or, quatre critères doivent être remplis à l’INESSS, dont la justesse du prix par rapport à son efficacité.

Si le médicament ne remplit pas ces critères, il peut quand même être offert en «exception», sur recommandation de l’INESSS au ministre de la Santé.

Des 8150 médicaments approuvés à la RAMQ, 1695 sont classés d’exception.

Les patients doivent aider à faire baisser la facture

Les patients ont un rôle à jouer pour réduire la facture des médicaments au Québec, et ils doivent cesser de penser que les pilules règlent tous leurs problèmes, croit l’Association médicale du Québec (AMQ).

«Les patients exigent la prescription. S’ils ne ressortent pas de chez le médecin avec un papier, ils sont déçus», déplore Dre Yun Jen, présidente de l’AMQ.

«Oui, la pratique doit changer, mais ce n’est pas juste la faute des médecins. Ils sont dans un environnement qui encourage un haut débit.»

Trop de tests

Selon l’AMQ, environ 18 % des prescriptions et tests médicaux sont inutiles au Québec, ce qui permettrait d’épargner entre 3 et 5 milliards $ par année.

«Il faut que les médecins soient conscients des ressources que nous avons et qu’on dépense chaque fois qu’on prescrit», ajoute Dre Jen.

Pour l’AMQ, il est primordial d’étudier les solutions de rechange au surdiagnostic et à la surprescription, comme les habitudes de vie des patients.

«L’enjeu, c’est qu’on ne peut pas donner le plein paquet à chaque individu. Il faut amener les docteurs à être conscients des ressources réelles qu’on a. On ne peut pas juste penser à son patient et se foutre du reste du monde, sinon le système va échouer.»

Selon André Côté, professeur au Département de management à l’Université Laval, ces décisions de prescrire ou non ne peuvent incomber aux médecins, qui n’ont pas de responsabilités économiques, mais seulement thérapeutiques.

«Ce serait au législateur de mettre ses culottes, croit-il. Ça serait trop demander aux médecins, qui ont comme priorité de soigner les patients.»

Réflexion

Du côté du Collège des médecins, on indique que le prix fait partie de la réflexion.

«Les médecins ont une grande responsabilité, et ils en sont conscients, indique le président, le Dr Charles Bernard. Dans sa démarche clinique, le médecin doit tenir compte du prix, mais ultimement, c’est l’effet thérapeutique qui prime.»

«Et les patients veulent ce qu’il y a de plus avancé, c’est normal.»

 

Nombre de prescriptions et coûts des médicaments d’exception

 
2009 | Prescription: 7 315 164

           Coût: 585 291 467 $

 
2010 | Prescription: 8 740 174

           Coût: 677 054 854 $

 
2011 | Prescription: 10 278 116

           Coût: 789 412 778 $

 
2012 | Prescription: 12 190 989

           Coût: 944 902 415 $

 
2013 | Prescription: 13 385 777

           Coût: 1 068 320 572 $

 
2014 | Prescription: 16 590 826

           Coût: 1 244 197 112 $

 
2015 | Prescription: 18 529 643

           Coût: 1 406 558 740 $

 

Prescription : +153 % depuis 2009 | Coût : +140 % depuis 2009

 

Les 5 médicaments d’exception les plus coûteux en 2015 

Remicade (arthrite et maladie de Crohn)

√ Prescriptions: 22 173

√ Coûts: 95 441 253 $

Lucentis (dégénérescence maculaire)

√ Prescriptions: 44 590

√ Coûts: 79 728 978 $

Harvoni (hépatite C)

√ Prescriptions: 6610

√ Coûts: 45 186 639 $

Revlimid (cancer)

√ Prescriptions: 5596

√ Coûts: 40 198 277 $

Humira (arthrite)

√ Prescriptions: 23 328

√ Coûts: 40 134 285 $

Source: RAMQ