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Une finale rêvée

Antoine Griezmann est le nouveau superhéros français depuis le début de l’Euro.
Photo AFP Antoine Griezmann est le nouveau superhéros français depuis le début de l’Euro.

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PARIS | La France a un nouveau superhéros, Antoine Griezmann, et un totem, son équipe de soccer, qui sera portée par un énorme soutien populaire dimanche en finale de l’Euro contre le Portugal, pays avec lequel les liens sont très forts.

Fan zones pleines à craquer, concert de klaxons et drapeaux tricolores dans les rues après la victoire contre l’Allemagne en demi-finale jeudi à Marseille: la France renoue avec des images qu’elle n’avait plus vues depuis longtemps.

«Il y a beaucoup de ferveur, beaucoup de joie et de bonheur», s’est réjoui le sélectionneur Didier Deschamps.

«Cette communion avec le public, c’est juste génial!» s’est émerveillé Griezmann, nouveau chouchou des Français.

«Zinédine Griezmann», l’ont rebaptisé les réseaux sociaux dans une allusion à l’icône Zidane. Meilleur buteur du tournoi, Griezmann avoue que lui et ses coéquipiers sont comme des gamins à l’idée de tenter de rééditer les sacres à domicile de 1984 (Euro) et 1998 (Mondial), plus celui de l’Euro-2000 organisé en Belgique et aux Pays-Bas.

«On va gagner et ça va faire du bien à tout le monde même à ceux qui n’aiment pas le soccer», pronostique Marion Barois, étudiante aux joues colorées de bleu-blanc-rouge, qui a regardé la demi-finale dans la fan zone de Paris, remplie à craquer par 90 000 partisans.

«Dans un contexte de désenchantement [crise économique, crise du politique, menaces terroristes...], trouver une équipe nationale qui montre son unité dans une compétition à la visibilité mondiale, c’est une source de regroupement pour la population», souligne Mathieu Quidu, sociologue du sport à l’Université Lyon 1.

Ce sentiment est-il suffisamment fort pour avoir des effets durables? «En septembre, à la rentrée, l’effet devrait retomber, avec un retour à la réalité», prévoit M. Quidu.

En attendant le retour sur terre, la France profite de son petit nuage.

«Le plus dur reste à venir: gagner le championnat d’Europe», a déclaré le président de la République, François Hollande, à son arrivée à Varsovie pour le sommet de l’OTAN.

Le Portugal presque à domicile

Le Portugal l’est aussi. «100 % des Portugais croient en la victoire», selon le milieu de la Selecçao, Joao Mario.

Son équipe jouera presque à domicile puisqu’une communauté portugaise très importante vit en France. Avec plus de 600 000 ressortissants selon l’Insee (Institut national des statistiques) les Portugais sont la troisième communauté immigrée du pays, juste derrière les Algériens et les Marocains.

Le consulat du Portugal estime même la communauté à 1,2 million de personnes, en comptant les binationaux et les descendants d’immigrés.

«Portugal-France, c’était l’affiche que tout le monde voulait», lance David Dos Santos, binational de 41 ans.

Deschamps la chance ?

Le Stade de France, où aura lieu la finale, est une enceinte chargée de symboles. C’est là que la France a remporté la Coupe du monde face au Brésil en 1998.

Deschamps est le trait d’union entre 1998 et aujourd’hui. Il était le capitaine des Bleus champions du monde en 1998 et d’Europe en 2000. Il peut maintenant être champion d’Europe des nations une nouvelle fois, mais comme entraîneur, à 47 ans.

Sa supposée chance insolente est un sujet à la fois de plaisanterie et d’admiration pour les partisans français.

La preuve de cette soi-disant bonne étoile? Un tableau facile (Roumanie, Albanie, Suisse au premier tour, Eire en huitièmes puis Islande en quarts) et, en demi-finale, une victoire qui a commencé à se dessiner grâce à un pénalty inattendu, alors que l’Allemagne dominait outrageusement.

Mais dimanche, la chance ne suffira pas face à l’un des meilleurs joueurs du monde, qui a une revanche à prendre.

En 2004, la superstar portugaise Cristiano Ronaldo avait 19 ans et avait fondu en larmes après la défaite en finale de son Euro à domicile contre la Grèce. Aujourd’hui, il a 31 ans et a prévenu. «Dimanche, j’espère à nouveau pleurer. Mais de joie».

Griezmann sur les traces des grands

PARIS | Quel destin pour Antoine Griezmann? L’attaquant qui a éventré l’Allemagne avec ses deux buts, peut-il rejoindre au Panthéon des Bleus Michel Platini, Zinédine Zidane ou encore Thierry Henry?

«Griezmann, c’est le talent, tout simplement. Il a tout ce qu’on attend d’un footballeur: la technique, la qualité gestuelle, qu’il met au service de l’équipe, de la passe juste, du geste juste, et même l’opportunisme, comme sur le second but», savoure Alain Giresse, champion d’Europe 1984 interrogé.

Giresse, avant Griezmann, était le dernier Français à avoir marqué dans un tournoi majeur contre les Allemands. «Ça me va comme successeur, il me plaît ce garçon, sourit Giresse. Il aime les espaces, mais quel attaquant au monde n’apprécie pas l’espace?»

«Certains joueurs sont habiles techniquement, mais il n’en ressort rien, car ils n’ont pas d’intelligence de jeu, contrairement à lui», ajoute encore Giresse, avant de lancer une pique à ses meilleurs ennemis sur le terrain.

«Les Allemands ont eu le tort de mettre dans sa zone Schweinsteiger, qui fait trois mètres par match.»

Un autre hommage vibrant a été rendu par un autre ancien Bleu.

«Antoine Griezmann est l’homme-clé. Nous savions tous qu’il pouvait jouer à ce niveau dans ce genre de match. Nous avons un nouveau héros, un buteur qui peut nous faire gagner des tournois»: c’est signé du meilleur buteur de l’histoire des Bleus, Thierry Henry. Ce dernier n’a pas caché son émotion sur l’antenne de la BBC de voir les Tricolores goûter de nouveau à une finale d’un grand tournoi depuis le Mondial-2006.

« Plutôt Zidane que Platini »

Avec ce doublé, Griezmann en est à six buts en six matches.

Le parcours irrésistible du numéro 7 des Bleus rappelle follement celui de Michel Platini, qui avait gagné quasiment à lui tout seul l’Euro 1984, déjà en France, en finissant à 9 réalisations en cinq matches.

«Michel était moins attaquant, il se transformait en véritable meneur de jeu, ajoute encore Giresse. Griezmann, je ne le connais pas, mais il entraînera l’équipe plutôt façon Zidane que Platini, il est leader technique plus que leader mental, comme était Michel, qui intervenait aussi en dehors du terrain.»

«Les garçons comme ça, réservés, donnent confiance aux autres sur le terrain, techniquement, ils montrent la voie, les autres savent qu’il peut se passer quelque chose quand il a la balle», ajoute encore Giresse, aujourd’hui consultant, en connaisseur.

La victoire contre l’Allemagne n’aura de valeur que si l’équipe de France continue à hanter les nuits des Portugais, qui eux n’ont plus battu les Bleus depuis 1975, matches amicaux compris.