/news/green
Navigation

Encore du fumier dans les cours d’eau

Le nombre d’amendes remises aux agriculteurs a presque doublé en un an

Coup d'oeil sur cet article

Malgré des règles plus strictes, le nombre d’agriculteurs qui ont reçu une amende pour avoir déversé du lisier près d’un cours d’eau ou qui ont une fosse qui fuit a bondi depuis un an.

Selon les données colligées par Le Journal à partir des sanctions pécuniaires et administratives imposées par le ministère de l’Environnement, quelque 70 entreprises agricoles ont été prises en défaut entre juillet 2015 et juillet 2016. Dans les 12 mois précédents, environ 45 amendes avaient été distribuées.

Ces chiffres ne tiennent pas compte des amendes pour le déversement d’eaux de laiterie, des animaux qui ont accès aux cours d’eau ou encore le stockage de plus de 1600 kilos de fumier près d’un bâtiment.

Si certains déversements sont plutôt anodins, d’autres sont plus inquiétants. Ainsi, un producteur de Sherbrooke a reçu une sanction de 7500 $ pour avoir épandu du lisier à l’intérieur d’une aire de prélèvement d’eau souterraine.

La ferme Comestar Holstein, à Victoriaville, a dû payer la même somme, mais cette fois pour en avoir épandu à l’intérieur d’une zone d’approvisionnement en eau potable.

Fosses qui débordent

Plusieurs sanctions ont été imposées à des agriculteurs qui n’ont pas tout fait pour éviter les fuites ou débordements de leurs ouvrages de stockage.

«C’est pas mal exagéré», lance Réjean Charron, un producteur laitier de Saint-Marc-sur-Richelieu. En avril, il a reçu une amende de 10 000 $ parce que sa fosse débordait. L’année précédente, il n’avait eu droit qu’à un avertissement.

Selon lui, c’est l’accumulation de neige et de pluie durant l’hiver qui est responsable du débordement. Il estime que le ministère de l’Agriculture aurait dû autoriser une fosse plus grande quand elle a été construite à la fin des années 90.

Inquiétude

Pour la Fondation Rivières, ces statistiques ont de quoi inquiéter, même si les niveaux de phosphore ont baissé dans plusieurs rivières au cours des dernières années.

«Les amendes, c’est correct, il faut que les agriculteurs apprennent et respectent les règles. Par contre, je trouve ça disproportionné de demander 10 000 $ à un agriculteur par rapport aux municipalités qui font des surverses», dit la sentinelle pour la rivière Yamaska à la Fondation, Jacques Tétreault.

<b>Jacques Tétreault,</b><br>
<i>Fondation Rivières</i>
Photo courtoisie
Jacques Tétreault,
Fondation Rivières

Agriculteurs plus consciencieux

Pour lui, la principale problématique demeure le lisier de porc, même si les mentalités ont évolué et que les agriculteurs sont plus conscients des enjeux environnementaux.

Il s’inquiète toutefois du vieillissement des fosses. «Un ouvrage en ciment où on a mis de la merde pendant 35 ans, un produit très acide, se dégrade, c’est certain. Il faudrait que le gouvernement finance plus [les réparations]», croit-il.

À l’Union des producteurs agricoles (UPA), on soutient que des statistiques sur un an ne permettent pas de tirer de conclusion. «De façon générale, les pratiques agricoles sont de plus en plus respectueuses de l’environnement», dit le porte-parole, Patrice Juneau.

Quelques amendes salées

 

Les fermes Charron inc.

Saint-Marc-sur-Richelieu

Photo Le Journal de Montréal, Éric Yvan Lemay

10 000 $

A fait défaut de prendre les mesures nécessaires pour empêcher que les déjections animales atteignent les eaux de surface ou souterraines.

Hector Robidoux

Howick

Photo Le Journal de Montréal, Ben Pelosse

2000 $

A fait défaut de prendre les mesures nécessaires pour empêcher que les déjections animales atteignent les eaux de surface ou souterraines, à savoir que les eaux contaminées en provenance de l’amas de fumier se jettent dans le ruisseau Bonneville.

Glen Arnold

Godmanchester

Photo Le Journal de Montréal, Ben Pelosse

2000 $

A fait défaut de prendre les mesures nécessaires pour empêcher que les déjections animales atteignent les eaux de surface ou souterraines, à savoir que des déjections animales et des eaux contaminées provenant de l’amas de fumier atteignent un fossé et le ruisseau Springs.

Fermes JMT inc.

Ormstown

3500 $

A fait défaut de maintenir les équipements d'évacuation des déjections animales en parfait état d'étanchéité, conformément à l'article 13, à savoir qu’il y a présence de déjections animales sur le sol en dessous de la montée d’écureur.