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OGM étiquetés au Vermont

Ben & Jerry’s les a retirés de ses crèmes glacées avant même que la loi n’entre en vigueur le 1er juillet

Andrea Stander, de la coalition Vermont Right to Know GMOs, est fière de pouvoir savoir que les céréales Kellogg’s sont «partiellement faites à l’aide du génie génétique».
Photo Le Journal de Montréal, Marie-Ève Dumont Andrea Stander, de la coalition Vermont Right to Know GMOs, est fière de pouvoir savoir que les céréales Kellogg’s sont «partiellement faites à l’aide du génie génétique».

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BURLINGTON | Le glacier Ben & Jerry’s est fier de ne pas avoir à étiqueter ses crèmes glacées depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur les OGM au Vermont. L’entreprise les a déjà complètement bannis.

Ben & Jerry’s a mis deux ans pour retirer de ses produits les ingrédients génétiquement modifiés bien avant que la loi n’entre en vigueur le 1er juillet.

On peut maintenant lire sur les contenants que la crème glacée est faite «SANS OGM». Pas seulement au Vermont, mais partout dans le monde.

«Le temps était venu de prendre le virage auquel nous pensions depuis longtemps. Nous avons réalisé que c’était ce que les consommateurs voulaient et nous ne croyons pas que les OGM sont un modèle viable de production de nourriture», insiste Christopher Miller, responsable du militantisme chez Ben & Jerry’s.

Tablettes pleines

Dorénavant, toutes les entreprises qui distribuent leurs produits au Vermont sont obligées d’indiquer sur leurs étiquettes si elles utilisent des produits génétiquement modifiés.

Le petit État de 626 000 habitants est le premier en Amérique du Nord à avoir adopté une telle loi. Dans le monde, 64 pays l’ont déjà fait.

Le Québec réfléchit à la possibilité d’adopter des mesures semblables. Le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation s’est d’ailleurs rendu à deux reprises au Vermont pour rencontrer les instigateurs de la loi (voir autre texte).

Des opposants au projet avaient prédit que les tablettes des épiceries seraient vides au lendemain de l’entrée en vigueur de la loi.

Mais lors du passage du Journal dans trois épiceries du Vermont, à Montpelier, Burlington et St. Albans, il ne semblait pas manquer de produits.

«C’est certain que si des citoyens n’arrivaient plus à trouver leurs céréales ou leurs bonbons préférés, j’aurais eu des appels de gens en colère à mon bureau», insiste David Zuckerman, sénateur du Vermont et l’un des pourfendeurs de la loi.

À l’inverse, certaines multinationales ont décidé d’emboîter le pas avant même que la loi ne soit en vigueur.

Les soupes Campbell, General Mills, Mars ou encore Kellogg’s ont décidé d’indiquer la présence d’OGM sur les étiquettes de tous leurs produits non seulement au Vermont, mais partout aux États-Unis.

Clients surpris

Les céréales Cheerios ont même décidé de ne plus en utiliser.

«Beaucoup de gens ont été surpris de voir que des produits qu’ils achètent régulièrement contiennent des OGM, alors qu’ils l’ignoraient complètement. Certains vont changer leurs habitudes, d’autres non. L’important est de les informer pour qu’ils prennent une décision éclairée», insiste Andrea Stander, directrice de Rural Vermont, qui a travaillé à l’adoption de la loi sur l’étiquetage.

Qu’est-ce qu’un OGM ?

Un organisme génétiquement modifié est une plante, un animal ou un microorganisme dont le patrimoine génétique a été modifié par l’humain.

Les techniques de génie génétique permettent d’isoler un gène d’un virus, d’une bactérie, d’un animal, d’une plante ou autres et de l’insérer parmi les gènes d’un autre organisme.

La majorité des OGM ont été créés pour être tolérants aux herbicides épandus dans les champs afin d’éliminer les mauvaises herbes.

À ce jour, la consommation d’OGM n’a pas provoqué d’effets indésirables connus sur la santé. Mais des spécialistes s’inquiètent sur les impacts à long terme et les dommages qu’ils peuvent causer à l’environnement.

Ce qu’il faut écrire sur l’étiquette depuis le 1er juillet

Les entreprises doivent inscrire l’une des formulations suivantes sur leur paquet:

Produit à l’aide du génie génétique

 

Andrea Stander, de la coalition Vermont Right to Know GMOs, est fière de pouvoir savoir que les céréales Kellogg’s sont «partiellement faites à l’aide du génie génétique».
Photo Le Journal de Montréal, Marie-Ève Dumont

Partiellement produit à l’aide du génie génétique

Andrea Stander, de la coalition Vermont Right to Know GMOs, est fière de pouvoir savoir que les céréales Kellogg’s sont «partiellement faites à l’aide du génie génétique».
Photo Le Journal de Montréal, Marie-Ève Dumont

Peut être produit à l’aide du génie génétique

Andrea Stander, de la coalition Vermont Right to Know GMOs, est fière de pouvoir savoir que les céréales Kellogg’s sont «partiellement faites à l’aide du génie génétique».
Photo Le Journal de Montréal, Marie-Ève Dumont

L’appellation à choisir dépend de divers facteurs, dont le pourcentage de produit génétiquement modifié qui se trouve dans les ingrédients.

♦ La police de caractère de l’inscription ne doit pas être plus petite que celle de la portion inscrite dans le tableau nutritionnel ou que la police de la liste d’ingrédients.

♦ Elle doit également se trouver à un endroit sur l’emballage qui est facilement repérable. La plupart du temps, elle se trouve tout prêt du tableau nutritionnel.

♦ Les compagnies avaient deux ans pour se conformer après l’adoption de la loi en 2014. Elles ont encore jusqu’en janvier prochain pour écouler les produits non étiquetés avant que des mesures punitives ne soient appliquées.

Les aliments qui ont de fortes chances d’être génétiquement modifiés

Maïs (33 variétés génétiquement modifiées)

Andrea Stander, de la coalition Vermont Right to Know GMOs, est fière de pouvoir savoir que les céréales Kellogg’s sont «partiellement faites à l’aide du génie génétique».
Photo d'archives

♦ Maïs en épi (le fameux blé d’Inde)

♦ Sirop de maïs:  Utilisé pour sucrer de nombreux plats et boissons

♦ Fécule de maïs: Un épaississant surtout utilisé dans les sauces

Soya (20 variétés génétiquement modifiées)

Andrea Stander, de la coalition Vermont Right to Know GMOs, est fière de pouvoir savoir que les céréales Kellogg’s sont «partiellement faites à l’aide du génie génétique».
Photo d'archives

♦ Huile de soya:  Elle se retrouve dans la plupart des huiles végétales commercialisées

♦ Lécithine de soya: Émulsifiant utilisé dans le chocolat, les bonbons et les céréales, entre autres

Canola (90 % du canola cultivé au Canada et aux États-Unis contiendrait des OGM)

Andrea Stander, de la coalition Vermont Right to Know GMOs, est fière de pouvoir savoir que les céréales Kellogg’s sont «partiellement faites à l’aide du génie génétique».
Photo d'archives

♦ Huile de canola: Populaire pour la cuisson, elle est aussi utilisée dans de nombreux produits transformés comme émulsifiant en plus de se retrouver dans la fabrication de la margarine.

Coton

Andrea Stander, de la coalition Vermont Right to Know GMOs, est fière de pouvoir savoir que les céréales Kellogg’s sont «partiellement faites à l’aide du génie génétique».
Photo d'archives

♦ Huile de coton: Elle est utilisée dans la friture, dans la fabrication de la margarine et dans les conserves d’huîtres. On en retrouve aussi dans la nourriture pour les animaux et on en extrait aussi la cellulose qui agit comme agent de remplissage dans plusieurs produits.

Betterave sucrière : Une grande majorité du sucre raffiné qui est utilisé dans la préparation de pâtisseries ou de nombreux produits alimentaires vient de la betterave sucrière.

Andrea Stander, de la coalition Vermont Right to Know GMOs, est fière de pouvoir savoir que les céréales Kellogg’s sont «partiellement faites à l’aide du génie génétique».
Photo d'archives
 

D’autres produits pourraient aussi être génétiquement modifiés, mais sont moins courants : 

Patate, pomme, papaye, zucchini, courge et luzerne. Un saumon génétiquement modifié vient tout juste d’être approuvé au Canada.

3000 produits non disponibles

Quelque 3000 produits ne seraient plus disponibles pour le moment au Vermont depuis l’adoption de la loi sur les OGM.

Coca-Cola a annoncé que certaines de ses boissons les moins populaires cesseraient d’être envoyées dans l’État. Mais les fameux Coca-Cola, Coke diète et Coke Zero ont été étiquetés.

Selon les médias locaux du Vermont, des chocolats Cadbury, des fruits en conserve de Del Monte, du Pepsi aux cerises ou du ketchup Heinz au vinaigre balsamique ne seraient plus disponibles.

C’est que des entreprises trouvent qu’il est très onéreux de changer les étiquettes pour un seul État.

Coûteux

«C’est une loi complexe. Il y a de la confusion entre ce qui doit être étiqueté et ce qui ne doit pas l’être», insiste Erin Sigriest de l’Association des épiciers et des commerçants au détail du Vermont.

L’Association des fabricants de produits d’épicerie a déposé une poursuite contre l’État afin de la faire invalider puisqu’elle la considère comme inconstitutionnelle. La Cour a d’abord donné raison au Vermont, mais l’industrie a porté la cause en appel.

Beaucoup de compagnies préfèrent attendre une législation fédérale prévue pour bientôt puisqu’elle serait moins restrictive et s’appliquerait à tous les États américains.

Loi fédérale

Cette loi donnerait le choix aux entreprises d’étiqueter leurs emballages ou d’offrir l’information seulement sur un site web ou à l’aide du code QR, que l’on numérise avec un téléphone. Elle doit être votée par la Chambre des représentants avant la fin juillet pour être ensuite signée par le président.

<b>David Zuckerman<br>
Sénateur</b>
Photo Le Journal de Montréal, Marie-Ève Dumont
David Zuckerman
Sénateur

«Il n’y a pas un parent, avec ses deux enfants à l’épicerie, qui va avoir le temps et la patience de scanner 46 produits dans le magasin pour vérifier s’il y a des OGM ou non», soupire David Zuckerman, sénateur du Vermont.

Une loi pour le Québec bientôt ?

Le Québec pourrait aussi avoir sa propre loi qui oblige les fabricants à afficher sur l’étiquette de leurs produits la présence d’aliments génétiquement modifiés.

<b>Pierre paradis<br>
Ministre</b>
Photo Agence QMI, Simon Clark
Pierre paradis
Ministre

Les premières consultations auprès des Québécois devraient avoir lieu à l’automne, selon le ministre Pierre Paradis.

«La meilleure solution serait d’avoir une loi nationale, mais j’aimerais que ça entre en vigueur le plus rapidement possible», mentionne le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation.

M. Paradis veut donc pousser les ministres de l’Agriculture des autres provinces à le suivre. Il abordera le sujet lors d’une rencontre à la mi-juillet.

«On a eu des discussions avec l’Ontario. Plus on est nombreux, moins ça devrait être compliqué pour l’industrie de faire les changements», mentionne-t-il.

Au vermont

Le politicien s’est rendu en février au Vermont avec des gens de son ministère pour rencontrer des ministres et des fonctionnaires qui ont travaillé sur la loi.

«Ils nous ont mis au parfum des embûches rencontrées, des poursuites subies, des points forts, des points à améliorer, des choses à ne pas faire», explique M. Paradis.

Il est ensuite retourné le 1er juillet, le jour de l’entrée en vigueur de la loi. «Des opposants prédisaient la faillite de l’État à cause des coûts de mise en place du programme ou encore des tablettes d’épicerie complètement vides. Ce n’est finalement pas ce qui est arrivé», indique-t-il.

Incontournable

M. Paradis a également envoyé une lettre à de grandes multinationales comme General Mills, Kellogg’s ou Campbell qui ont volontairement décidé d’afficher les OGM sur leurs étiquettes afin qu’elles fassent la même chose au Canada.

«D’autres États veulent une loi, les entreprises emboîtent le pas. C’est un mouvement qui est incontournable», insiste-t-il.

M. Paradis n’est pas inquiet des poursuites potentielles de l’industrie puisqu’un juge a déjà donné raison au Vermont.

La première étape sera d’en discuter avec les Québécois lors d’un sommet sur l’alimentation qui devrait avoir lieu à l’automne.

«On ne veut rien imposer aux consommateurs, mais je pense qu’ils ont le droit de savoir ce qu’ils mangent», conclut M. Paradis.