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Les petits empereurs du vélo

Bloc vélo
PHOTO Agence QMI, CAMILLE GAIOR Un feu avec un vélo dedans, il me semble que c’est clair que c’est pour les cyclistes.

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Catastrophe et fin du monde: la piste cyclable qui longe la rue Rachel Est de Montréal serait devenue une trappe à tickets. Selon le journal 24 Heures, quatre cyclistes ont reçu une contravention en l’espace de 30 minutes mercredi matin pour avoir ignoré un feu qui leur est destiné à l’angle de la rue Frontenac.

Un des secteurs les plus achalandés en ville, selon la Coalition Vélo Montréal.

Un cycliste pestait parce qu’il avait reçu une contravention pour s’être fié aux feux ordinaires.

«C’est la seule intersection dans ce coin où il y a un feu avec un petit vélo... Généra­lement, on suit la signa­lisation des voitures, j’ai vu que c’était vert [pour les voitures] et que personne ne voulait tourner, alors je suis passé.»

Un feu avec un vélo dedans, il me semble que c’est clair que c’est pour les cyclistes, pas pour les autobus de la STM.

Une femme, qui dit ne pas avoir vu le feu – le classique des classiques – et qui a reçu un ticket de 48 $, était furieuse. « Je trouve que le vélo, c’est le moyen le plus facile de circuler en ville, mais si on fait la chasse aux vélos et qu’on met des feux n’importe où, ça ne marche pas.»

C’est là que ça dérape. Un, Frontenac et Rachel, ce n’est pas n’importe où. Deux, bien sûr que c’est plus facile de circuler quand on ignore les règles du partage de la route.

Mais de là à se plaindre, comme un autre fautif, que les policiers reviennent souvent à cette intersection quand on vient de prendre un deuxième ticket pour la même raison en moins de trois semaines, c’est fort de café.

Danger pour les piétons

Il n’y a pas que les automobilistes qui se prennent pour des petits empereurs de la route face à plus petits qu’eux.

J’ai déjà travaillé avec une journaliste de la CBC, Joan Donaldosn, qui a été tuée par un cycliste sur le boulevard René-Lévesque, en face de Radio-Canada.

Une autre collègue a été heurtée de plein fouet par un cycliste adulte qui roulait à tombeau ouvert sur le trottoir d’une petite rue du Plateau. Il ne s’est même pas arrêté pour lui porter secours. Elle a survécu, mais imaginez si elle avait porté un enfant dans les bras.

Pour ma part, j’ai cessé d’utiliser la piste cyclable de la Rivière-des-Prairies qui est envahie le week-end par des maniaques qui s’imaginent qu’il s’agit d’une étape du Tour de France.

On respecte ou pas ?

Cela me rappelle les interminables débats pendant le printemps étudiant: doit-on ou non obéir aux lois et aux règlements qui nous semblent inuti­les ou injustes, même si elles ont été votées ou adoptées par des gens élus par le peuple?

C’est ce que semble dire le porte-parole de Coalition Vélo Montréal: «Souvent, ces opérations ne sont pas pour des comportements dangereux, mais simplement pour une application très formelle de la signalisation, qui ne prend pas toujours en compte la situation des cyclistes.»

Nos vertueux cyclistes seraient équipés d’un jugement sans faille qui manque aux autres usagers de la route? J’en doute.

Appliquer le Code de la route à tout le monde n’est pas une violation des droits de l’homme ni l’expression d’un néolibéralisme débridé.