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Pétrole : sortir d’Anticosti... et ça urge!

Anticosti - Baie de la Tour
Photo courtoisie, sandra cusson

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Le «dossier» des forages d’exploration pétrolière par fracturation hydraulique à Anticosti prend de plus en plus des airs de bourbier. Politique et financier.

Multipliant les messages contradictoires, le premier ministre Couillard jure un jour que «jamais le délabrement de L'Île-d'Anticosti ne portera ma signature. Jamais l'agression sauvage d'un milieu naturel comme l'Anticosti ne portera ma signature».

Ou, encore, que «ce qui fait problème ici, c'est cette décision franchement impardonnable — impardonnable — d'avoir engagé des fonds publics dans un processus de fracturation hydraulique sur une île comme L'Île-d'Anticosti. Ça, ce n'est pas pardonnable, surtout d'un parti qui comptait, qui compte encore peut-être, des militants environnementaux dans ses rangs. Ça, ce n'est pas acceptable.»

Or, en même temps, le premier ministre s’entête à refuser de résilier le même contrat négocié par le gouvernement de Pauline Marois – lequel fut en effet une erreur politique majeure. Résultat: son gouvernement permettra des forages opérés par le même mode hautement controversé de fracturation hydraulique qu’il dénonce pourtant si haut et si fort.

Cherchez l’erreur...

Ce matin, dans ce bourbier qui n’en finit plus, Le Devoir rapporte que les Innus, face à ces mêmes contradictions du gouvernement Couillard, «demanderont une injonction pour empêcher l’exploration pétrolière» et songent même «à occuper l’île pour bloquer tout projet

On y apprend aussi que:

«Les Innus de Mingan ne sont pas seuls dans cette démarche. Luc Noël, le préfet de la MRC de la Minganie, qui couvre le territoire d’Anticosti, est également devenu opposé au projet après s’être buté à des portes fermées quant à l’accès à l’information. « Au début, on avait une approche très objective, dit M. Noël. Mais le ministère a commencé à nous tasser et Pétrolia ne voulait pas nous donner l’information. » Pétrolia, qui met en oeuvre le projet d’Hydrocarbures Anticosti, a bien tenu des séances d’information à Port-Menier, mais n’a pas rencontré la MRC. Et M. Noël précise que la MRC a une politique sur les projets touchant les ressources naturelles. Si un projet touche n’importe laquelle des huit municipalités, la MRC doit être consultée. Quant à John Pineault, le maire de Port-Menier élu au printemps dernier, il s’oppose également au projet.»

***


En réaction rapide ce matin, Philippe Couillard disait «comprendre» la démarche juridique des Innus d'Ekuanitshit visant à tenter d'empêcher les forages par fracturation hydraulique.

En réaction immédiate à la réaction du premier ministre, Jean-Charles Piétacho, chef de la communauté innue de Mingan, répondait, du tac au tac et avec raison, que si le premier ministre «comprend» vraiment la situation, «il devrait arrêter ce projet».

En effet. C’est d’ailleurs le point de vue que j’exprimais ici la semaine dernière.

Dit autrement, ou le premier ministre est contre la fracturation hydraulique et par conséquent, il doit ordonner la négociation de la résiliation du contrat prévoyant des forages exploratoires par fracturation. Ou il est pour et il cesse alors de condamner publiquement un processus que son propre gouvernement autorise.

Et toujours dans le même bourbier, on apprend aussi aujourd’hui que «Pétrolia réclame une injonction pour obliger ses partenaires, le gouvernement du Québec et Saint-Aubin, à financer leur part dans les travaux d'exploration pétrolière qui doivent avoir lieu cet été à l'île d'Anticosti.» Tant qu'à y être...

Bref, le problème, le vrai, est que le premier ministre s’entête dans ses propres contradictions et messages croisés.

La vraie question devient donc celle-ci : pourquoi le fait-il ? Pourquoi ne choisit-il pas une position cohérente et conséquente?

Permettez-moi ici de reprendre mon hypothèse :

«Pour certains, le premier ministre manœuvre habilement pour se sortir, in extremis, du contrat signé en 2014 par le gouvernement Marois avec les compagnies Pétrolia, Corridor Resources et Maurel & Prom dans le but de «confirmer» le «potentiel» pétrolier et gazier de l'île d'Anticosti. Ce contrat prévoyait jusqu’à 115 millions de dollars en fonds publics pour financer la phase exploratoire.

Pour ma part, ma propre hypothèse est celle-ci : le premier ministre manœuvre habilement, mais pour une autre raison stratégique.

Fort probablement favorable au projet pancanadien et controversé de pipeline Énergie Est, M. Couillard gonfle les muscles contre Anticosti pour mieux faire passer éventuellement Énergie Est au sein de l’opinion publique.

L’avenir saura bien nous dire en effet quelle est sa véritable motivation.»

***


Cela dit, les positions contradictoires du gouvernement Couillard sur le «dossier» Anticosti ne peuvent plus durer. C'est un jeu politique qui mine le dossier d'Anticosti et mine la crédibilité du gouvernement en matière environnementale et énergétique.

Bref, l’heure est au choix.

Ou le premier ministre assume pleinement son opposition à la fracturation hydraulique et initie le processus de résiliation de contrat. D’autant plus qu’il a tout à fait raison de s’y opposer.

Bref, il faut sortir d'Anticosti et dire non, clairement, à la fracturation hydraulique. Et ça urge!

Ou, au contraire, que le premier ministre cesse de dénoncer cette même fracturation hydraulique et accepte d'aller jusqu’au bout du contrat négocié sous Pauline Marois.

Auquel cas, puisqu'il est celui qui, depuis avril 2014, est au pouvoir, il en portera alors à son tour la lourde responsabilité politique.