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La police frappe au cœur de Terrebonne

Le maire, son chef de cabinet, le directeur général, l’hôtel de ville et la régie d’aqueduc perquisitionnés

Le maire de Terrebonne,  Jean-Marc Robitaille
Photo Le Journal de Montréal, Pierre-Paul Poulin Jean-Marc Robitaille, Maire de Terrebonne

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TERREBONNE -

Jean-Louis Fortin et Hugo Joncas

Nouvelle tuile pour le maire de Terrebonne. Jean-Marc Robitaille ainsi que plusieurs autres élus et gestionnaires de sa Ville sont visés par une enquête policière d’envergure concernant l’octroi de contrats publics.

L’Unité permanente anticorruption (UPAC) fouille très haut dans l’organigramme de la plus grosse ville de la Rive-Nord, 10e en importance au Québec avec ses 110 000 habitants.

Selon nos informations, en plus de débarquer chez le maire ce matin, les policiers ont perquisitionné simultanément la résidence de son chef de cabinet Daniel Bélec, ainsi que celle du directeur général de la Ville Luc Papillon.

L’hôtel de ville et le quartier général de la Régie d’aqueduc intermunicipale des Moulins (RAIM) ont aussi été visités, tout comme la résidence de Michel Morin, un conseiller municipal qui est président de la RAIM.

Au total, une dizaine d’endroits ont été ciblés par la centaine d’enquêteurs mobilisés, dont cinq résidences privées et cinq places d’affaires.

70 témoins

Aucune arrestation n’était prévue aujourd'hui. Anne Frédérick Laurence, porte-parole de l’UPAC, s’est contentée d’expliquer que les perquisitions visent à amasser de la preuve pour des enquêtes en cours.

Pour obtenir de tels mandats de perquisition, les enquêteurs ont dû convaincre un juge qu’ils avaient des motifs sérieux de croire que des infractions auraient été commises.

Selon nos sources, plus de 70 témoins ont déjà été rencontrés dans le cadre de l’enquête, qui concerne de possibles malversations impliquant des élus, des fonctionnaires, des entrepreneurs et des ingénieurs.

Contrats d’aqueduc

L’octroi de contrats par la RAIM, un organisme public responsable de produire l’eau potable de Terrebonne et de Mascouche, est au cœur de l’enquête.

En 2014, Le Journal révélait que la RAIM avait donné un contrat de plus de 40 M$ à une entreprise du controversé Tony Accurso, quelques semaines après que le maire Robitaille se fut prélassé gratuitement dans le Sud sur le luxueux yacht d’Accurso.

Le maire Robitaille, d’ailleurs, avait menti publiquement en réfutant dans un premier temps avoir effectué deux voyages sur le bras de l’entrepreneur. Il s’était ensuite excusé.

Maire depuis 20 ans

Mercredi, c’était plutôt le silence radio tant à l’hôtel de ville que chez les individus perquisitionnés.

Terrebonne, dirigée sans interruption par l’administration Robitaille depuis deux décennies, est dans la mire de l’UPAC depuis au moins cinq ans, alors que la police s’affairait à démanteler des stratagèmes de fraude allégués dans la ville voisine, Mascouche.

L’ex-maire Richard Marcotte (décédé depuis), l’entrepreneur Normand Trudel ainsi que Tony Accurso ont d’ailleurs été arrêtés en 2012 à Mascouche et accusés notamment de fraude et corruption.

Jean-Marc Robitaille a fait deux voyages dans le Sud aux frais de l’entrepreneur Tony Accurso, accusé de fraude à plusieurs reprises.

Sur ces deux clichés déposés à la commission Charbonneau, on voit le maire dans les îles Vierges en compagnie d’Accurso ainsi que de l’entrepreneur Normand Trudel et de l’ingénieur Aurèle Théberge.
Photo courtoisie
Jean-Marc Robitaille a fait deux voyages dans le Sud aux frais de l’entrepreneur Tony Accurso, accusé de fraude à plusieurs reprises. Sur ces deux clichés déposés à la commission Charbonneau, on voit le maire dans les îles Vierges en compagnie d’Accurso ainsi que de l’entrepreneur Normand Trudel et de l’ingénieur Aurèle Théberge.

Perquisitionnés aujourd'hui

Le maire de Terrebonne,  Jean-Marc Robitaille
Photo Chantal Poirier

JEAN-MARC ROBITAILLE

Maire de Terrebonne

  • Depuis son premier mandat en 1997, il est facilement réélu quatre fois comme maire, y compris en 2013, après les révélations sur ses liens avec Tony Accurso et l’entrepreneur Normand Trudel;
  • Dès 2010, les médias révélaient pourtant ses liens financiers avec l’entrepreneur en construction Normand Trudel, qui avait obtenu environ 40 M$ en contrats avec Terrebonne entre 2000 et 2009;
  • Ancien courtier immobilier, il a été élu député de Terrebonne avec les progressistes-conservateurs de Brian Mulroney.
Le maire de Terrebonne,  Jean-Marc Robitaille
Photo Chantal Poirier

LUC PAPILLON

Directeur général

  • Nommé en décembre 2013, après avoir été directeur général adjoint;
  • En 2008, il a acheté un lot d’un entrepreneur, qui l’avait lui-même acheté de la Ville de Terrebonne. La municipalité voulait pourtant y construire un parc et n’a pas fait d’appel d’offres avant de revendre le lot. L’entrepreneur a fait un profit minime en revendant le terrain à Papillon, rapportait l’Agence QMI en 2011. 
Le maire de Terrebonne,  Jean-Marc Robitaille
Photo Chantal Poirier

JEAN LEROUX

Ingénieur

  • Le nom de cet ingénieur a disparu en 2012 du nom de la firme qu’il présidait jusqu’alors, Leroux, Beaudoin, Hurens & associés;
  • Dans un rapport de 2011, le ministère des Affaires municipales soulignait plusieurs irrégularités dans l’octroi de contrats à sa firme;
  • Il a fait face à des accusations de fraude, complot et abus de confiance dans le cadre de la frappe de l’UPAC contre Tony Accurso et l’ex-maire de Mascouche, Richard Marcotte, mais elles ont été abandonnées faute de preuves suffisantes, en 2015.
Le maire de Terrebonne,  Jean-Marc Robitaille
Photo Chantal Poirier

MICHEL MORIN

Président de la Régie d’aqueduc intermunicipale des Moulins (RAIM)

  • Son organisation a accordé un contrat de 43 M$ à Simard-Beaudry pour l’agrandissement de l’usine de traitement d’eau potable après un séjour du maire sur le yacht de Tony Accurso;
  • En 2011 et 2012, le ministère des Affaires municipales soulevait «plusieurs lacunes» à la RAIM quant au respect des règles d’attribution de ses contrats «pendant la période de janvier 2008 à dé́cembre 2010», notamment pour des contrats à Leroux, Beaudoin, Hurens et associés.
Le maire de Terrebonne,  Jean-Marc Robitaille
Photo Chantal Poirier

DANIEL BÉLEC

Chef de cabinet du maire

  • Avant d’entrer au service de Jean-Marc Robitaille, Daniel Bélec fut maire de La Plaine à partir de 1991 jusqu’à la fusion de la petite municipalité avec Terrebonne, en 2001;
  • Il avait auparavant travaillé au Parti québécois pendant dix ans, comme attaché politique du député de Terrebonne, Yves Blais.

Qui est en charge ?

Silence radio à la Ville de Terrebonne. La municipalité a fermé son hôtel de ville aujourd'hui pendant la perquisition et n’a répondu à aucune question.
 
La Ville a publié un communiqué laconique où elle explique que «certains services et bureaux seront fermés pour la journée, et ce, en raison d’une perquisition de l’UPAC», ajoutant qu’elle «collabore pleinement avec les agents».
 
Le porte-parole de Terrebonne, Joël Goulet, se disait «en vacances» sur sa boîte vocale, comme sa collègue Maïka Bernatchez lorsque Le Journal l’a jointe, avant qu’elle ne raccroche rapidement.
 
«Plusieurs personnes sont impossibles à joindre depuis ce matin», a affirmé Joël Goulet par texto.
 
À la Régie d’aqueduc intermunicipale des Moulins, aussi visée par une perquisition, la directrice générale Chantal Marceau n’a pas rappelé Le Journal non plus.