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Quand Ferragne était plus populaire que Lafleur

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Au milieu des années 1970, Claude Ferragne était considéré comme une grande vedette sportive au Québec. Ses exploits dans l’épreuve du saut en hauteur étaient largement couverts par les médias.

«J’avais participé à une émission animée par Réal Giguère et j’avais devancé [Guy] Lafleur dans un concours de popularité, aussi incroyable que cela puisse paraître», a rappelé Ferragne en riant, lui qui ne s’est jamais pris pour une vedette.

Les Québécois découvraient l’athlétisme dans les années 1970. Ferragne et Robert Forget faisaient courir les foules.

Les gradins du Forum étaient remplis pour une rencontre opposant le Canada à l’Union soviétique le 23 mars 1973.

Ce soir-là, Ferragne avait amélioré le record canadien avec un saut de 2,21 mètres sous les acclamations de la foule, triomphant du champion olympique en titre.

Une époque dorée

«Les années 1970 ont été une épo­que dorée pour les athlètes amateurs au Québec, a-t-il souligné. On obtenait beaucoup de reconnaissance et les médias s’intéressaient à nos performances.»

Les attentes étaient donc très élevées pour Ferragne lorsqu’est venu le temps de participer à l’épreuve olympique de Montréal.

Après avoir vu son copain Robert Forget échouer lors des qualifications, Ferragne a vécu à son tour une grande déception lors de la finale disputée le 31 juillet.

Des explications

Au lieu de se retrouver sur le podium à côté de Greg Joy, Ferragne avait dû se contenter de la 12e place avec un saut de 2,14 mètres.

Quarante années sont passées et Ferragne se fait encore demander ce qui s’est produit ce jour-là, au Stade olympique.

«C’est certain que j’étais déçu de ma performance, a-t-il commenté. Ce saut de 2,14 mètres constituait mon pire résultat en trois ans et il fallait que ça tombe sur ce jour-là. Quelques mois plus tard, je réussissais un saut de 2,24 mètres au championnat canadien.

«Je me rappelle que je n’avais pas eu une bonne période d’échauffement et qu’il avait commencé à pleuvoir au début de la finale. Je ne crois cependant pas que ça m’avait dérangé», a-t-il précisé.

«J’avais plutôt été ennuyé par le fait que j’avais décidé de mettre de nouveaux souliers à crampons pour ensuite constater qu’ils n’étaient pas de la bonne taille. Ce n’était vraiment pas ma journée...»

Photo d'archives

Un concert de huées au stade

Le controversé sauteur américain Dwight Stones s’était fait copieusement huer par la foule parce qu’il avait déclaré publiquement qu’il détestait les Québécois.

Le jour de la finale, Stones s’était présenté au stade avec un chandail sur lequel il était inscrit «I love French Canadians». Il avait dû se contenter de la médaille de bronze avec un saut de 2,21 m.

«Les Québécois le huaient lors de ses élans vers la barre et les Américains faisaient de même à mon endroit, a rappelé Claude Ferragne. Je n’avais jamais vu une telle chose lors d’une compétition.»

Ferragne avait passé un savon à Stones dans les journaux «parce qu’il se comportait comme une vedette dont les succès lui avaient monté à la tête»

Le spectacle de Charlebois

Malgré sa contre-performance en finale, Ferragne garde de bons souvenirs de sa participation aux Jeux olympiques de 1976.

«Ce fut une belle expérience de vie, a-t-il dit. Je me souviendrai toujours des cérémonies d’ouverture, des rencontres qu’on faisait au Village olympique. On avait eu droit à de bons spectacles, dont un de Robert Charlebois, une grande vedette dans les années 1970. Nous étions traités comme des rois. À la cafétéria, la bouffe était excellente.»

Ferragne aurait aimé pouvoir se racheter quatre ans plus tard aux Jeux de Moscou, lui qui avait établi une marque personnelle avec un saut de 2,26 mètres en 1980.

Malheureusement pour lui, le Canada a choisi de boycotter ces Jeux, ce qui l’a incité à prendre sa retraite pour commencer une carrière d’éducateur physique au Cégep d’Ahuntsic.

«Au début, les jeunes me connaissaient bien. Ils m’avaient vu à la télévision. Puis, ce fut au tour des parents de mes élèves d’être les seuls à se souvenir de moi. À la fin de ma carrière comme enseignant, seuls les grands-parents se rappelaient de qui j’étais!» a-t-il conclu en éclatant de rire.


Il y a 40 ans, du 17 juillet au 1er août 1976, Montréal accueillait les meilleurs athlètes de la planète. Pierre Durocher, qui a couvert les Jeux olympiques pour Le Journal, a réalisé plusieurs entrevues avec des athlètes et des dirigeants ayant vécu cette fabuleuse aventure. Une série de reportages à lire jusqu’au 25 juillet.