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1 pour 7 milliards d’humains

Sept des douzes candidatures au poste de Secrétaire général de l'ONU
AFP Sept des douzes candidatures au poste de Secrétaire général de l'ONU

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Le débat télé historique entre dix candidatures au poste de secrétaire général de l’ONU signale un vent de réforme nécessaire qui a déjà trop tardé.

J’avais prévu un tout autre sujet pour aujourd’hui. Mais j’ai reçu hier ce message de la chaîne télé CPAC voulant que le tout premier débat télévisé de l’histoire entre candidatures au poste de secrétaire général de l’ONU «sera diffusé à CPAC ce dimanche à 13 h 10 HE (à l’émission "Vitrine sur le monde")». Le débat sera diffusé ce 17 juillet dans sa langue originale anglaise et avec interprétation simultanée en français. L’émission pourra probablement être revisionnée ensuite sur le site web de la chaîne.

  • souvent paralysée par les droits de veto des cinq pays vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale d’un autre siècle;
  • croulant sous une bureaucratie lourde, lente, coûteuse et corrompue; et
  • dont les Casques bleus n’arrivent pas à maintenir la paix ou la sécurité de populations et sont même accusés de viols?

Pourquoi? Précisément pour ces raisons! Et parce que la crise interne, les urgences planétaires et la nécessité d’améliorer «l’ordre international» soulèvent actuellement un réel vent de réforme qui est précisément un des enjeux de cette nomination-ci.

Une revendication planétaire

La première historique que constitue ce débat télévisé entre candidatures est l’un des fruits d’une campagne mondiale, 1 pour 7 milliards, menée par une vaste coalition d’organisations de la société civile et appuyée par de nombreux pays. Cette campagne cible dans un premier temps le mode de nomination du secrétaire général.

«Sept milliards de personnes dans le monde sont touchées par les décisions qu’il ou elle prend. Pourtant, le secrétaire général est choisi en secret, par seulement cinq pays, dans un processus opaque et obsolète.

  • Il n’y a aucune description de poste
  • Il n’y a aucun examen public des candidats
  • La "liste courte" du Conseil de sécurité ne contient qu’un seul nom
  • Des accords sont conclus en coulisses
  • Aucune femme n’a jamais occupé le poste»

Or sur tous ces points, des avancées notables ont déjà été réalisées.

Pour la première fois de l’histoire de l’ONU, les candidatures sont connues. Il y en a douze, dont six femmes. Et c’est parmi ces dernières que, selon mon humble perception, se retrouvent la plupart des candidatures plus solides.

Il est urgent que sept milliards d’humains puissent se donner des secrétaires généraux de l’ONU ayant légitimité, capacité et moyens de mener les débats et coordonner les efforts planétaires.

Il n’y a toujours pas de description de poste, mais les douze ont publié leur vision stratégique (souvent divergentes) de l’avenir de l’ONU et du rôle que doit y jouer le Secrétariat général.

Le Conseil de sécurité ne proposera encore qu’un seul nom à l’Assemblée générale l’automne prochain après des mois de tractations en coulisse. Cependant, un grand nombre de pays ont prévenu que cette fois, il n’y aura pas d’entérinement automatique. Déjà la France, un des détenteurs d’un droit de veto, a admis qu’on ne pourra pas faire fi de ce désir de réforme et, en conséquence, d’un Secrétariat fort.

Les candidatures ont été, tour à tour, questionnées en autant d’audiences publiques par la communauté onusienne. Et dix des douze ont pu participer au débat télévisé que CPAC rediffusera au Canada.

Débat plus enlevé que prévu

Un débat entre dix diplomates dont l’objectif n’est pas de nous séduire, nous, la population mondiale, mais plutôt de ne pas effaroucher la Chine, la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Russie: on ne peut pas dire que c’est une recette pour un débat enlevé. Et pourtant.

Débat télévisé entre candidats au poste de Secrétaire général de l'ONU
Sept des douzes candidatures au poste de Secrétaire général de l'ONU
ONU

Le débat ayant déjà eu lieu mardi dernier, le 12 juillet, on peut donc déjà annoncer la couleur. Durant la première demi-heure, on a eu effectivement droit à des réponses trop insipidement diplomatiques. Mais à force de questions souvent incisives ou insistantes d’ambassadeurs, de représentants de la société civile et des deux journalistes d’Al Jazeera English, les réponses se sont faites de plus en plus nettes et politiques.

On a même eu droit à des désaccords remarquables. Ainsi, celui qui oppose deux des plus fortes personnalités en lice: la Costaricaine Christiana Figueres, ex-chef négociatrice de l’ONU sur le climat, à Helen Clark, ex-première ministre de Nouvelle-Zélande aujourd’hui administratrice du Programme des Nations unies pour le développement. La question était à savoir si l’ONU doit faire des excuses publiques à Haïti du fait que ses Casques bleus y ont introduit le choléra, provoquant la maladie de centaines de milliers d’Haïtiens et la mort d’au moins 7000. Figueres a répondu par un «oui» sans ambiguïté alors que Clark a opposé un «non» ferme parce que des poursuites étaient toujours en cours devant les tribunaux.

Pour alléger le débat et diversifier les sujets abordés, on n’a surtout pas demandé aux dix candidatures de répondre toutes aux mêmes questions. Cela n’est pas nécessaire pour juger de leur personnalité ainsi que du contenu et caractère concret de leur programme respectif. Ainsi, on a pu scinder le débat en deux volets successifs mettant sur la sellette cinq personnes (trois femmes, deux hommes chaque fois).

Que la première étape

Après ce débat public télé, ce sont les jeux de coulisses qui domineront jusqu’à ce que le Conseil de sécurité annonce la personne qu’il propose pour entérinement par l’Assemblée générale. Mais la mobilisation planétaire maintiendra la pression en parallèle. Immédiatement, pour un Secrétariat général fort. Ensuite, pour appuyer celui-ci dans des réformes des institutions des Nations unies, notamment du Conseil de sécurité.

Ainsi, de grandes personnalités comme Kofi Annan et Jimmy Carter proposent un amendement de la procédure de veto. Il ne devrait plus être possible à un des membres permanents du Conseil d’imposer son veto à une résolution adoptée à majorité sans proposer une solution de rechange (qui, logiquement, ne pourrait faire elle-même l’objet d’un veto sans proposition d’une autre solution de rechange). L’objectif est de mettre fin aux impasses comme celles qui ont permis les meurtrières spirales de la violence en Syrie et ses millions de réfugiés internes et internationaux.

L’Humanité fait actuellement face à d’immenses défis à sa sécurité. Les changements climatiques pour n’en nommer qu’un. Il est urgent que sept milliards d’humains puissent se donner des secrétaires généraux de l’ONU ayant légitimité, capacité et moyens de mener les débats et coordonner les efforts planétaires.