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L’entraide sur les réseaux sociaux: elle se meuble gratuitement

En plus d’avoir pu rencontrer des personnes qui partagent les mêmes intérêts qu’elle, Mélodie Leclerc a économisé des centaines, voire des milliers de dollars grâce aux dons des gens.
Photo courtoisie, As-tu ça toi ? En plus d’avoir pu rencontrer des personnes qui partagent les mêmes intérêts qu’elle, Mélodie Leclerc a économisé des centaines, voire des milliers de dollars grâce aux dons des gens.

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Matelas, divan, cafetière et ustensiles, tous ces objets, Mélodie Leclerc n’a pas eu à dépenser un sou pour se les procurer. Elle a réussi à les trouver gratuitement sur le groupe Facebook «As-tu ça, toi?» grâce à la générosité des gens.

Arrivée à Montréal en plein mois de décembre, Mélodie Leclerc n’avait qu’une petite valise pleine de vêtements lorsqu’elle a débarqué dans la métropole.

«On n’avait rien. Pas de meubles, pas de matelas, rien. On est parti de zéro», insiste la jeune femme de 20 ans, qui à l’époque vivait dans un petit trois et demi près du métro Cadillac.

Mélodie Leclerc venait de quitter le Nouveau-Brunswick, où elle résidait depuis cinq ans, à la recherche de meilleures opportunités d’emploi pour elle et son copain.

Deux jours après son arrivée, elle a vu passer une publication sur Facebook où elle découvre «As-tu ça, toi?», un groupe de partage où on peut donner ou recevoir des objets, des services et même de la nourriture, le tout sans attentes et surtout sans échange d’argent.

«J’ai publié un message où j’expliquais aux gens que je partais à neuf. Je ne m’attendais pas à ce qu’on me réponde. Je l’ai fait en me disant si on arrive au moins à se trouver un ou deux objets, c’est déjà bon...»

Meubles

Un véritable tsunami de commentaires suit sa publication, et des dizaines de membres du groupe lui écrivent pour lui donner des meubles dont ils n’ont plus besoin.

«J’ai fait le tour de Montréal pour récupérer ce que les gens me donnaient», se souvient-elle.

Parmi les objets qu’elle ne pensait jamais recevoir, une cafetière Keurig d’une valeur de 100 $, une couette en plumes d’oie d’une centaine de dollars et... un matelas!

«J’avais les larmes aux yeux quand j’ai regardé mon appartement meublé. Je crois à l’entraide et la générosité parce que je viens d’une famille nombreuse et tissée serrée, mais de voir que des inconnus sont prêts à donner autant, ça été un beau constat», confie-t-elle.

Si elle a économisé des centaines, voire des milliers de dollars grâce aux dons des gens, Mélodie Leclerc est surtout heureuse d’avoir pu rencontrer des personnes qui partagent les mêmes intérêts qu’elle.

«Je me cherchais de quoi meubler mon appartement et je me suis fait des amies», dit-elle.

Alors qu’elle vient de déménager dans un petit studio au début du mois de juillet, c’est maintenant à son tour de redonner au suivant en affichant certains des items qu’elle s’était fait donner et dont elle n’a plus besoin.

Deuxième vie aux objets

Pour certains, donner au suivant permet de donner une deuxième vie à des objets encore en bon état, mais qui ne leur sont plus utiles, alors que pour d’autres, ça représente d’importantes économies.

Voici quelques objets trouvés sur «As-tu ça, toi?», qui ont fait le bonheur de certains membres:

  • Cafetière Keurig: Valeur: 100 $
  • Rouge à lèvres MAC: Valeur: 21 $
  • Laveuse/sécheuse: Valeur: Quelques centaines de dollars

Dons et amitiés

«Aujourd’hui, c’est devenu une communauté d’entraide, où le simple geste de donner est au cœur de belles histoires», raconte Marie-Neige Châtelain, qui a fondé le groupe il y a quatre ans.
Photo courtoisie, As-tu ça toi ?
«Aujourd’hui, c’est devenu une communauté d’entraide, où le simple geste de donner est au cœur de belles histoires», raconte Marie-Neige Châtelain, qui a fondé le groupe il y a quatre ans.

Fondatrice du groupe «As-tu ça, toi?», Marie-Neige Châtelain a créé le groupe un peu par hasard, il y a quatre ans, lorsqu’elle était enceinte de son premier enfant.

«Je me cherchais une commode et je me suis dit que quelqu’un dans mon entourage devait bien avoir un meuble en trop qui ne lui servait plus», raconte-t-elle.

En plus d’avoir pu rencontrer des personnes qui partagent les mêmes intérêts qu’elle, Mélodie Leclerc a économisé des centaines, voire des milliers de dollars grâce aux dons des gens.
Photo courtoisie, As-tu ça toi ?

La page Facebook originale réunissait seulement 10 de ses amis, à qui elle a écrit «As-tu ça, toi, une commode?».

À peine quelques semaines plus tard, le groupe en devient un d’échange qui fera rapidement boule de neige. «Des amis d’amis étaient admis au groupe et un jour, on a réalisé qu’il y avait des membres qu’on ne connaissait tout simplement pas», dit-elle.

Échanges

Marie-Neige Châtelain l’avoue, son but premier en lançant sa page en 2012 était d’encourager les échanges et le don.

«Il y a beaucoup de petits miracles sur le groupe. Au début, je voyais vraiment le don comme un geste écolo. Aujourd’hui, c’est devenu une communauté d’entraide, où le simple geste de donner est au cœur de belles histoires», explique-t-elle.

Les exemples de gens prêts à aider ou à donner, il y en a des tonnes, dit-elle. Si bien qu’aujourd’hui, elle n’a même plus le temps de les compter.

«On a des témoignages de gens qui reçoivent de l’aide alimentaire parce que la fin du mois est plus difficile, des gens qui donnent du temps pour aider quelqu’un et bien entendu, des dons d’objets classiques comme des électroménagers», indique-t-elle.

Quatre ans plus tard, le groupe ne se limite plus qu’à la région de Montréal, mais a maintenant des racines un peu partout au Québec et compte plus de 17 000 membres à travers la Belle Province.

En plus d’avoir pu rencontrer des personnes qui partagent les mêmes intérêts qu’elle, Mélodie Leclerc a économisé des centaines, voire des milliers de dollars grâce aux dons des gens.
Photo courtoisie, As-tu ça toi ?

Au total, 26 bénévoles donnent de leur temps pour accepter les membres et les publications et veiller à ce que les échanges se fassent dans le respect.

Troquez, donnez et échangez

Plusieurs autres groupes écartent les échanges d’argent pour privilégier de donner une deuxième vie à des objets ou tout simplement d’offrir des services.

  • Troquer, c’est gratos
  • À donner seulement
  • Troc tes trucs
  • Troc-moi ça
  • Donner au suivant

La force des liens faibles

Loin d’isoler les individus, les réseaux sociaux, comme Facebook, facilitent la naissance de communautés de gens qui partagent les mêmes intérêts.

Mélanie Millette, professeure en communication qui se spécialise dans l’usage des médias sociaux, assure que Facebook permet de tisser des liens avec des gens qui partagent des valeurs communes, comme l’illustre la page «As-tu ça, toi?».

«Lorsqu’on est sur notre cellulaire, on a tendance à être seul, mais on oublie que ce qui se trouve derrière l’écran est souvent très collectif», explique Mme Millette.

Sur Facebook, les communautés réunies autour des mêmes valeurs ne se comptent plus.

«Dans la vie, on a ce qu’on appelle des liens forts, où on retrouve notre famille et nos amis proches et les liens faibles où on retrouve des connaissances. Facebook permet d’aller chercher plus de liens faibles parce qu’on a accès à un immense réseau en quelques clics», explique Mme Millette.