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Theresa May et la «falaise de verre»

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Héritant d’un casse-tête politique colossal, la nouvelle première ministre britannique ne chômera pas. Bien d’autres à sa place en trembleraient de peur, mais pas Theresa May. Ses «défis» frôlent pourtant la mission impossible.

Elle devra négocier la sortie du Royaume-Uni de l’Europe. Solidifier le Parti conservateur d’ici l’élection de 2020. Calmer les marchés financiers et la grogne pro-Europe des Écossais et des Irlandais.

Elle devra aussi faire face aux inégalités sociales accentuées par la même austérité infligée aux Britanniques par son propre parti sous David Cameron, et par elle-même, alors qu’elle était sa ministre de l’Intérieur.

Une fois première ministre, Theresa May en appelle toutefois à combattre ces mêmes inégalités. Or, comme disent les Anglais, la preuve se trouvera ou non dans le pouding de sa propre gouverne.

Le fait que Mme May soit une femme fait aussi couler beaucoup d’encre et de clichés. Sera-t-elle une deuxième Margaret Thatcher ou une autre Angela Merkel? Comme si le seul fait d’être une femme obligeait à la «comparer» à d’autres femmes au pouvoir. Theresa May sera Theresa May. Point.

L’échec qui tue

Une autre question revient en boucle: finira-t-elle en victime de l’infâme «falaise de verre»? Cette théorie voulant que les femmes atteignent le sommet du pouvoir plus souvent en moment de crise. Ce qui, par définition, les rendrait plus susceptibles d’échouer et d’être durement punies.

Le mot «sauveur», comme on le sait, ne s’écrit pas au féminin. Du moins, pas encore...

On n’a qu’à penser ici aux ex-premières ministres Kim Campbell et Pauline Marois. Chacune a terminé sa carrière sur une défaite électorale cinglante après avoir été appelée en renfort pour «sauver» un parti laissé en difficulté par son prédécesseur.

La théorie de la falaise de verre a cependant un défaut majeur. Elle ignore l’unicité de chaque «cas». L’échec d’une chef de gouvernement découle certes parfois d’une mission impossible héritée de son prédécesseur.

Mais il arrive aussi qu’à l’instar d’un homme, une femme propulsée au pouvoir en situation complexe échoue simplement par manque de leadership.

Ainsi, malgré leurs compétences reconnues comme ministres, ni Kim Campbell, ni Pauline Marois, n’avait le leadership nécessaire pour redresser le gouvernail endommagé dont chacune avait hérité.

La vraie urgence

C’est ce qu’on appelle le «syndrome du numéro deux». Homme ou femme, il arrive qu’un ou une bonne ministre ne fasse pas nécessairement un bon ou une bonne chef de gouvernement.

Le vrai problème sur cette terre est le grave déficit démocratique résultant du fait que les femmes soient encore trop peu nombreuses en politique. Le Globe and Mail faisait état hier de ces femmes en voie de «redéfinir le leadership mondial».

La liste était fort courte : Theresa May, Hillary Clinton, Helen Clark et Angela Merkel. Un dixième seulement des États, rappelait aussi le Globe, sont dirigés par une femme.

Bref, avant de craindre la falaise de verre, malgré des avancées réelles, l’urgence demeure encore et toujours de fracasser ce satané plafond de verre.