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C’est la faute à Sayyid

Ce n’est pas la faute aux Québécois, c’est la faute à Sayyid.

Sayyid
Photo Courtoisie

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«Un geste insensé, incompréhensible.» Voilà les mots choisis par Philippe Couillard pour décrire le massacre de Nice. Pour quelqu’un qui connaît intimement l’Arabie saoudite, ces paroles étonnent. Détonnent.

Insensé et incompréhensible vu par la lorgnette du rationnel occidental qui a congédié Dieu quelque part au milieu du XXe siècle. Sauf qu’au même moment Allah effectuait un retour triomphal sur les ailes de la décolonisation arabe, porté par les écrits de l’Égyptien Sayyid Qutb, l’inventeur de l’islam politique et du djihadisme moderne.

Professeur et écrivain, épris de justice sociale et ouvert à la modernité, son pays l’envoie, en 1948, étudier le système d’éducation américain. Là, tout bascule. Deux années à parcourir les États-Unis lui donnent un haut-le-cœur existentiel. Il est dégoûté par tout ce qu’il voit: les femmes, les mœurs, les arts. Les femmes surtout.

Un soir, il sort d’une soirée de danse dans une église du Colorado ébranlé par tant de permissivité.

Pour comprendre l’incompréhensible

Sa Lettre d’Amérique est cent fois plus éclairante pour comprendre la haine des islamistes que les niaiseries d’intellectuels à la mode, comme la féminis­te américaine Judith Butler, pour qui le Hamas et le Hezbollah sont des mouvements anti-impérialisme progressistes de gauche.

De retour en Égypte, Qutb rejoint les Frères musulmans. Arrêté pour tentative d’assassinat contre le président Nasser, un socialiste laïque, il est condamné à la réclusion.

En prison, il écrit ce qu’on pourrait appeler la déclaration de guerre islamiste à l’Occident, aux Juifs, à la modernité, à la laïcité, appelant les musulmans à une nouvelle guerre sainte. Il sera pendu en 1966.

Depuis, de Ben Laden à Daesh, en passant par les talibans, tous les islamistes boivent ses paroles comme du petit lait halal.

Nice, c’est nous.

Plusieurs voient dans le carnage de Nice la main de l’Occident. La pauvreté, l’exclusion, le colonialisme, les frappes contre Daesh: les salauds, c’est nous. Exactement ce qu’aurait pensé Sayyid Qutb.

Toujours au sujet de Qutb, le

cheikh Abou Abd’Allah Charkaoui, Adil pour les intimes, avait programmé hier soir une conférence intitulée Sayyid Qutb, l’imam réformateur à son centre de la rue Bélanger. Je n’y suis pas allée – le cheikh tolère mal les journalistes –, mais je doute qu’il se soit appliqué à démolir le qutbisme.

Ni à promouvoir le djihad. L’homme n’est pas un imbécile, au contraire.

Mais si l’intégrisme religieux mène rarement à la violence – les djihadistes constituent une infime minorité parmi les musulmans –, quand une personne instable est exposée, même brièvement, à la pensée mortifère d’intégristes comme Sayyid Qutb, le danger de radicalisation s’installe.

Quand c’est ma faute

Dans ma chronique du 21 juin intitulée «Quand La Presse fait du Québec-bashing», j’ai cité le professeur Lorne Dawson, de l’Université de Waterloo, lui-même cité dans un article de La Presse sur le rôle de la discrimination dans la radica­lisation au Québec.

En entrevue, le professeur m’a affirmé avoir peu discuté du sujet lors d’une conversation avec le journaliste Marc Thibodeau, exprimant sa surprise qu’il en ait tiré un article.

Sur présentation de preuves du contraire par M. Thibodeau, j’ai compris qu’il m’avait menée en bateau.

Entre autres contradictions, ils se sont parlé à trois reprises. J’ai cru sur parole un expert international du terrorisme, dont les recherches sont financées par nos impôts. Mea-culpa à mon confrère.

Par contre, je maintiens que les données disponibles étaient insuffisantes pour justifier la publication par La Presse d’un article sur le rôle de la discrimination dans la création de djiha­distes au Québec.

Ce n’est pas la faute aux Québécois, c’est la faute à Sayyid.