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Pourquoi encore la France ?

Après les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan, la France a encore été victime d’une attaque terroriste

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Photo AFP

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Des fils d’immigrants au chômage, une histoire coloniale qui a laissé des séquelles, des services de renseignement moins efficaces que ceux des Américains. Les raisons sont nombreuses pour expliquer pourquoi la France a connu les attaques djihadistes les plus meurtrières en Occident au cours des deux dernières années.

Un climat social sur la corde raide

Les problèmes sociaux rencontrés par les Français issus de l’immigration maghrébine alimentent la radicalisation, disent les experts.

«Depuis les années 1960, aucun pouvoir politique français n’a essayé de trouver une solution au problème des banlieues. [...] Ça fait des décennies que ça dure», illustre Jabeur Fathally, professeur à la facul­té de droit à l’Université d’Ottawa. Chômage, discrimination, marginalisation: le problème des banlieues est loin d’être réglé.

En comparaison, les musulmans sont mieux intégrés aux États-Unis, où leur salaire tend à être au-dessus de la moyenne, abonde Jocelyn Bélanger, professeur de psychologie à l'Université de New York Abou Dhabi.

Des failles dans les services de sécurité

Contrairement aux États-Unis, dont le système de sécurité est très sophistiqué, il y a plusieurs trous dans le filet des services de renseignement français, explique Jocelyn Bélanger. Une enquête parlementaire a même conclu que les attentats de 2015 sont un «échec global du renseignement», rappelle-t-il.

La communication entre les renseignements et les autorités manquerait de fluidité. Par exemple, le tueur de l’épicerie Hyper Cacher a pu sortir de prison sans qu’aucune surveillance soit prévue, alors que sa radicalisation ne faisait aucun doute. «Les Belges ont le même problème.

On a vu des suspects arrêtés en Turquie puis laissés en liberté en Belgique», illustre M. Bélanger. D’un autre côté, l’expertise et les fonds injectés par le gouvernement américain dans tout ce qui touche la sécurité lui donnent une longueur d’avance.

Un lourd passé colonial

L’histoire coloniale de la France s’est jouée dans les pays du Maghreb et d’Afrique occidentale, donc dans plusieurs pays de confession musulmane, ce qui n’est pas le cas de la Grande-Bretagne, par exemple, explique William Grenier-Chalifoux, de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. Ce passé est utilisé dans les discours de recrutement djihadistes, qui soulignent les atrocités commises par les Français, ajoute Jabeur Fathally.

Impliqués à l’étranger

En plus d’être une des têtes d’affiche de la coalition contre l’État islamique, la France est intervenue politiquement et militairement pour combattre des groupes islamistes dans de nombreux pays, dont le Mali, la Libye, l’Irak et la Syrie. Les chefs djihadistes la visent donc directement dans leurs discours, expli­que M. Grenier-Chalifoux.

Un symbole occidental fort

Avec ses politiques de laïcité musclée, il est aisé pour les groupes djihadistes de dépeindre la France comme un pays qui opprime ses citoyens de confession musulmane, explique Hassan Diab El Harake, qui enseigne l’histoire de l’islam politique à l’Université de Lille.

Des mesures comme l’interdiction du voile dans les écoles publiques en 2004 et l’interdiction du voile inté­gral dans l’espace public en 2010 ne font pas consensus et sont instrumentalisées pour alimenter la haine. Avec sa devise de liberté, égalité et fraternité, la France est aussi un porte-étendard des valeurs occidentales, explique Jocelyn Bélanger.