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La grande reine Nadia

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Photo Agence QMI, JOEL LEMAY En seulement quelques minutes, Nadia Comaneci s’est exprimée dans la langue de Molière plus longtemps que tout ce qu’on a pu entendre de la bouche des joueurs du Canadien venant de l’extérieur du Québec depuis 30 ans.

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La petite Nadia est aujourd’hui une femme accomplie. La petite reine des Jeux olympiques de Montréal est maintenant une grande reine.

Sa majesté Nadia Comaneci a créé toute une impression lors de son passage à Montréal, jeudi.

L’avez-vous entendu parler français?

En seulement quelques minutes, elle s’est exprimée dans la langue de Molière plus longtemps que tout ce qu’on a pu entendre de la bouche des joueurs du Canadien venant de l’extérieur du Québec depuis 30 ans.

Avant Mike Keane

Larry Robinson, Bob Gainey, Bobby Smith, Ryan Walter et Mike McPhee parlaient français.

Alors qu’il évoluait en Italie, Rick Green a fait la connaissance d’une Québécoise native du Bas-Saint-Laurent, si je ne m’abuse, sur une pente de ski. L’ancien défenseur est revenu vivre à Montréal avec sa douce, qu’il a épousée. Il se débrouille en français.

Les Stastny ont appris le français à Québec et ils n’en sont pas morts

Mais, un jour, Mike Keane nous a lancé en pleine face que les joueurs du Canadien peuvent très bien vivre à Montréal sans parler français.

Aujourd’hui, c’est la norme.

Tellement qu’il se trouve quantité d’amateurs pour dire qu’ils se fichent éperdument que les joueurs étrangers du Canadien ne parlent pas français et que l’équipe compte peu de joueurs francophones dans ses rangs.

Pourvu qu’ils gagnent!, s’époumonent-ils à dire.

Ça fait 23 ans qu’on attend!

Marque de respect

Lorsqu’une dame de la trempe de Nadia Comaneci nous parle en français, c’est une marque de respect.

Elle ne parlait pas français quand elle a ébloui le Québec et le monde avec ses performances sans faute au Forum, en juillet 1976.

Comme tous les athlètes des pays du Bloc communiste, elle faisait l’objet d’une étroite surveillance dans ses déplacements à travers le monde. Elle symbolisait la Roumanie, elle faisait la fierté du gouvernement.

Après quelques tentatives de défection avortées, elle a déserté son pays six mois avant la chute du régime Ceausescu, qui a été exécuté le jour de Noël 1989 avec son épouse.

Elle a reçu l’aide de son ancien entraîneur Béla Karolyi et d’un ami de celui-ci, Alexandre Stefu, qui dirigeait l’équipe nationale de rugby de Roumanie.

L’opération fut effectuée avec la complicité de Constantin Panait, un exilé roumain qui vivait en Amérique.

Adaptation rapide

Nadia a vécu 18 mois à Montréal, où en moins de temps qu’il le faut pour le dire, elle maîtrisait très bien le français. Comme l’a fait plus tard son compatriote Lucian Bute.

Cependant, sa vie personnelle n’était pas un jardin de rose. Elle est tombée sous l’emprise de Panait qui s’est proclamé son agent, et beaucoup plus. Marié et père de quatre enfants, Panait dirigeait la carrière et la vie de Nadia.

L’histoire a fini par éclater au grand jour et Nadia a pu sortir des griffes de son tortionnaire. Ce fâcheux épisode n’a toutefois altéré en rien sa relation d’amour à Montréal.

L’homme de sa vie

Elle a trouvé l’homme de sa vie en la personne de Bart Conner, ancien gymnaste américain qu’elle avait connu dans une compétition présentée aux États-Unis, la même année que la tenue des Jeux olympiques de Montréal.

Elle est allée vivre avec lui en Oklahoma, puis ils se sont fiancés en 1994.

Deux ans plus tard, à sa première visite en Roumanie depuis la fin du régime communiste, le couple se mariait à Bucarest.

Un garçon, que l’on a vu en sa compagnie il y a deux jours, est né de cette union en 2006.

La belle et grande dame est Américaine depuis plus de 20 ans, mais elle n’oublie pas ses racines et le grand coup de cœur que les Québécois ont éprouvé envers elle.

Pour celles et ceux qui ont été témoins de ses exploits en 1976 et qui l’ont revue cette semaine, elle demeure la reine des Jeux de Montréal, une grande reine.