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Les humoristes ont-ils des pouvoirs spéciaux?

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J’suis tout mêlé.

On n’arrête pas de dire à nos enfants qu’il ne faut pas faire d’intimidation à l’école, de ne pas rire des gros, des gais, des gens «différents»...

Et là, faudrait se battre pour qu’un humoriste puisse monter sur scène et dire d’un handicapé qu’il est «lette»?

Ben coudonc.

L’AGENT 117

Qui sait? Nos humoristes sont peut-être comme James Bond.

L’État leur a donné un permis spécial qui leur confère des pouvoirs que les citoyens ordinaires n’ont pas.

Après la certification «00» qui vous donne la permission de tuer, voici la certification «11» qui vous donne le droit de vomir votre mépris sur les faibles et les plus démunis.

«Ward. Mike Ward, agent 117, au service de Sa Majesté.»

J’ai hâte que nos comiques utilisent ce permis spécial pour ridiculiser les islamistes.

Parce que rire d’un handicapé, c’est facile. C’est à la portée du premier venu.

Même pas besoin de te casser la tête pour écrire un gag. T’as juste à crier: «Ostie qu’il est lette!» et tout le monde va rire dans la salle.

Mais rire des fous d’Allah, c’est autre chose. Ça prend pas mal plus de courage.

On peut compter sur les doigts d’une main ceux qui ont eu les couilles (ou les ovaires) de le faire.

Pourtant, qui représente un véritable danger pour notre société? Pour les gais, pour les femmes?

Jérémy Gabriel ou l’imam intégriste Salam Elmenyawi?

Mais non, je rêve.

Au Québec, on se bat pour avoir le droit de rire des handicapés. C’est ça, notre gros combat pour la liberté d’expression.

«Ne nous empêchez pas de dire d’un microcéphale que sa tête est plus petite que mes gosses, sinon, on va faire une manif et monter sur la scène de la Place des Arts avec un masque sur la bouche!»

DE LA DYNAMITE

Aucun droit n’est absolu et infini sur Terre.

Toute liberté est encadrée.

Mais pour les humoristes, ça serait différent? Pourquoi?

Il suffirait d’ajouter: «c’est un gag» à la fin d’une phrase pour pouvoir dire tout ce qui nous passe par la tête?

«C’est un gag» serait une sorte de formule magique qui nous ouvre les portes de la liberté absolue? Comme «Sésame ouvre-toi»?

Ah bon. Je ne le savais pas.

«Oui, mais Jean-Marc Parent est devenu un roi de l’humour avec son numéro de handicapé», direz-vous.

Ce n’est pas du tout la même chose. Parent riait AVEC un handicapé, pas D’UN handicapé.

L’ironie et le deuxième degré sont de la dynamite qu’il faut manier avec une extrême précaution. Je le sais d’expérience.

J’ai écrit une chronique ironique sur les femmes («Les filles, c’est nono») qui m’a explosé en pleine figure. Ma faute. Le deuxième degré n’était pas assez souligné. Je n’ai que moi à blâmer pour cette déconfiture.

Mais ce qu’a fait Ward avec Jérémy Gabriel n’était pas du tout de l’ironie. C’était de la méchanceté pure et simple.

CHACUN SA LIBERTÉ D’EXPRESSION

Pendant ce temps, dans plusieurs pays, on se bat pour pouvoir critiquer le gouvernement.

Chacun ses combats.

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