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Une église de campagne vendue en kit de 3000 morceaux

Un amoureux du patrimoine architectural tente de donner une seconde vie à ce lieu de culte de l’Estrie

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ISLAND BROOK | Plutôt que d’être démolie, une petite église de l’Estrie est déconstruite pièce par pièce et ses composantes sont soigneusement numérotées pour ensuite être vendues en kit de plus de 3000 morceaux à assembler.

L’église ayant été un lieu de culte de l’Église Unie d’Island Brook doit absolument quitter sa terre d’origine. Le terrain sur lequel elle sied depuis 1870 a été vendu afin que le cimetière adjacent puisse être agrandi.

«Au départ, les responsables voulaient donner l’église aux pompiers [pour qu’ils puissent y mettre le feu] et faire des exercices. On les a contactés et nous leur avons proposé de récupérer l’église et de la revendre», explique Maxime Robert, responsable du chantier.

Même s’il sait aujourd’hui que jamais le service des incendies n’aurait accepté une telle offre, il souhaite que le bâtiment ait une seconde vie. L’endroit lui a été cédé au début du mois de juillet, après que l’Église Unie du Canada n’eut pas réussi à trouver un acheteur.

Un clou à la fois

Pour déconstruire un bâtiment, il faut procéder à l’inverse d’une construction traditionnelle. Avec l’aide de sa famille, M. Robert s’affaire donc à retirer les éléments de finition.

Tout au long de la procédure, les pièces seront numérotées afin de faciliter la reconstruction. Avec de 3000 à 4000 pièces à assembler, les instructions doivent être claires.

«On enlève chaque clou de chaque élément. Autant pour les éléments de finition que pour la structure, on y va clou à clou», précise-t-il.

Ensuite, les hommes s’attaqueront aux éléments du toit comme la cheminée et le clocher. Une fois la structure déshabillée, ils la démonteront. Ils poursuivront de la même façon pour les murs de l’église.

«Les fenêtres et les portes, on enlève ça en dernier pour ne pas créer d’ouvertures. On veut éviter de se faire voler», ajoute-t-il.

Les matériaux seront entreposés sur le terrain de l’église pendant les travaux. Ensuite, deux camions de 53 pieds seront nécessaires pour les déménager. Si elle est vendue, elle se ira chez son nouveau propriétaire. Sinon, elle sera entreposée sur une terre à la campagne.

4e sauvetage

M. Robert souhaite préserver le patrimoine bâti de la région. L’homme en est à son quatrième sauvetage de la sorte.

Lui-même réside à East Angus dans une ancienne église anglicane qu’il a épargnée de la démolition et restaurée.

«Avec la destruction de ces églises, je vois une grande perte de sens, de symboles et d’identité. Ce qui nous identifie au Québec, c’est la langue et nos bâtisses. Si on ne prend pas soin de ces aspects, on ne se souviendra plus de rien», relate l’homme.

Avec l’aide de son frère, propriétaire d’une forge ancestrale, elle aussi restaurée, M. Robert a même développé des outils adaptés.

«La plupart des outils sont conçus pour construire et non pour déconstruire», explique-t-il.


 

L’église déjà lorgnée par d’éventuels acheteurs

 

À peine la déconstruction est-elle entamée que déjà des acquéreurs potentiels se sont manifestés. Cette petite église de l’Estrie pourrait rapidement trouver un nouveau chez-soi.
 
Dans le plan rêvé de Maxime Robert, l’église déconstruite pièce par pièce n’aurait pas à être entreposée. Dès qu’une entente est survenue entre lui et l’Église Unie du Canada pour la prise de possession, il l’a affichée sur les réseaux sociaux.
 
Le bâtiment annoncé au prix de 40 000 $ a su attirer les regards et au moins deux acheteurs sérieux ont démontré leur intérêt.
 
«Ce n’est pas un projet pour tout le monde, mais il y en a des gens qui rêvent d’avoir un petit pied-à-terre à la campagne », lance-t-il.
 
Sans vouloir trop en dire sur la nature des offres, Maxime Robert mentionne que l’église pourrait partir vers l’Outaouais et être utilisée par toute une communauté de cette région.
 
Quant à l’autre acheteur potentiel, celui-ci compte acquérir un terrain en Estrie. L’église deviendrait sa résidence.
 
Résidence? 
 
«Avec les plafonds de 16 pieds, l’église peut facilement devenir une maison à deux étages. C’est certain que pour le résidentiel le clocher sera peut-être coupé, mais l’aspect extérieur devrait pratiquement rester le même», ajoute-t-il.
 
Pour l’instant, M. Robert a choisi de ne pas vendre à la pièce les éléments architecturaux de l’église. 
 
La tôle embossée qui orne le plafond, les bancs, le plancher en pin et le lambris des murs demeurent à la disposition du futur acheteur.
 
Toutefois, si celui-ci n’est pas intéressé par ces éléments, Maxime Robert a déjà une liste de personnes qui aimeraient bien mettre la main sur quelques-unes de ces pièces d’histoire.