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Mike Ward refile la facture à ses fans

Mike Ward Just For Laughs
Photo Courtoisie

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Mike Ward a lancé une campagne de sociofinancement sur internet, en anglais seulement, pour ramasser 93 000 $, le montant qu’il a déjà payé à ses avocats, imitant ainsi Dieudonné qui a soutiré à ses admirateurs des centaines de milliers d’euros pour se défendre contre l’État français alors qu’il est multimillionnaire.

Mike Ward aurait récolté 20 000 $ en 24 heures alors que ses tournées rapportent des millions. Le gars, qui roule sa bosse depuis 20 ans, n’est pas dans la rue. C’est normal. Rien à redire à cela.

Mais il y a quelque chose d’indécent, quand on fait partie du fameux 1 %, à téter des fans qui gagnent leur vie à la petite semaine.

Dernier sur la liste

Le Québec donne moins aux œuvres de charité que toutes les autres provinces canadiennes. En 2015, les Canadiens ont donné en moyenne 1574 $. Le Québec est arrivé bon dernier avec des dons moyens de 735 $.

Mais quand vient le temps de soutenir la lutte d’un riche humoriste pour la liberté d’intimider publiquement un enfant handicapé, les bourses se délient. Quelque chose ne tourne pas rond.

Les causes humanitaires ne manquent pourtant pas au Québec.

Sur sa page Facebook, l’humoriste de l’année s’est adressé mardi à ses fans pour expliquer son geste. Il signe son message «Go fuck yourselves!!!» après avoir qualifié de «sick, twisted joke» (gag malade et tordu) son projet de donner le 7000 $ qu’il doit à la mère de Jérémy Gabriel à la Fondation Jasmin Roy qui lutte contre l’intimidation. Sick en effet.

Baveux, il s’est même vanté des retombées positives de la poursuite sur sa carrière: «Y’a pas un fan d’humour sur la planète qui ne sait pas j’suis qui. C’est fou. Je suis devenu une vedette mondiale [...] J’ai bénéficié d’une large couverture médiatique, et ça ne m’a coûté que 93 000 $.» Que ses fans vont lui rembourser?

Je ne sais pas si Jérémy paie son avocat ou si la Commission s’en charge, mais le courage qu’il a démontré en poursuivant un monstre sacré vaut beaucoup dans l’échelle des valeurs. Et dire qu’il se serait contenté d’excuses de la part de son bourreau!

Liberté d’expression à géométrie variable

Quelque chose me turlupine: où était donc Mike Ward, défenseur autoproclamé de la liberté d’expression, quand le Québec est passé à un cheveu d’adopter le projet de loi 59 sur les discours haineux?

Je ne me rappelle pas l’avoir entendu dénoncer cette loi qualifiée de liberticide par son propre avocat, Julius Grey.

Rappelons aussi qu’il a refusé de participer à la soirée Solidarité avec Charlie Hebdo au Lion d’Or, organisée par Djemila Benhabib, un «show anti-islam organisé par le PQ» et monté «par des profiteurs», avait-il dit à l’époque.

Le lendemain de son triomphe aux Oliviers, Mike Ward avait annoncé la création d’un fonds pour défendre la liberté d’expression en humour. «Je n’ai pas voulu faire une collecte de fonds pour moi [dans son procès face à Jérémy Gabriel]. Je suis rendu à un point dans ma carrière où j’ai les moyens de me défendre», a-t-il dit au Journal. «Mais si un jeune humoriste comme Guillaume Wagner ou Mariana Mazza se faisait poursuivre, ce serait autre chose.»

Le jugement favorisant Jérémy Gabriel lui aurait-il fait perdre la mémoire? Qu’est-il advenu de «j’ai les moyens de me défendre»?

Rien à ajouter, votre Honneur.