/misc
Navigation

Déception à Seattle: Salaire Minimum à 15$

Déception à Seattle: Salaire Minimum à 15$

Coup d'oeil sur cet article

À la fin de 2014, la ville de Seattle a adopté un plan ambitieux afin de combattre la pauvreté : augmenter le salaire minimum à 15$ d’ici 2017.  Plusieurs se sont excités à la vue de cette mesure – notamment les gens de Minimum 15$ au Québec qui ont été endossés par des personnalités bien en vue comme Normand Baillargeon, le député Alexandre Boulerice et Alexandre Taillefer.

C’était ambitieux parce que ces individus ont sauté sur la nouvelle littérature économique sur le sujet du salaire minimum sans nécessairement en voir les nuances.  Cette nouvelle littérature – défendue par une minorité respectable - défend que des augmentations modérées ont des effets minimes sur l’emploi. Cependant, elle ne dit pas qu’il n’y a pas d’effets négatifs – elle dit simplement qu’il n’y a pas d’effets négatifs sur l’emploi. Après tout, un employeur d’une PME de 4 employés ne va pas virer un employé – sacrifiant ainsi le quart de sa main d’œuvre – pour un maigre 10% d’augmentation du salaire minimum.  Il coupera dans les heures de celui-ci, le remplacera peut-être par un autre travailleur marginalement plus productif ou il réduira les bénéfices associés à l’emploi. Généralement, c’est avec un accroissement de l’augmentation du salaire minimum que les effets pervers sur le niveau d’emploi augmenteront. C’était donc naïf de se réjouir sans essayer de voir les nuances.

Mais c’était surtout ambitieux parce que cette littérature demeure minoritaire (parce qu’elle n’a pas convaincu la majorité des économistes). Et les premiers résultats de l’expérience de Seattle devraient atténuer l’excitation à l’égard de la position minoritaire.

Une équipe de chercheurs de l’Université de Washington ont vu l’expérience de Seattle comme une opportunité en or d’étudier les effets de l’augmentation. Ils ont constitué une base de données afin d’étudier les changements sur la tendance de l’emploi, des salaires et des heures travaillées tout en comparant avec les mêmes tendances dans des régions similaires autour de Seattle.

L’augmentation du salaire minimum étudiée depuis avril 2015 est de 18% (à 11$) - une modeste augmentation. Alors, il y a des gagnants : les employés qui ont gardé leurs emplois ont vu leurs salaires augmenter dramatiquement. Cependant, les perdants – ceux qui ont perdu leurs emplois – sont suffisamment nombreux pour éliminer les gains pour la catégorie des travailleurs à faible revenu. Il faut souligner que l’économie de l’état au complet allait très bien, ce qui a atténué les méfaits de la hausse. Et pourtant, le niveau d’emploi a été un point de pourcentage qu’il aurait été si le salaire minimum était resté au même niveau.

En plus, le nombre d’heures payées a diminué légèrement – de quatre heures par trimestre en moyenne. Et plus intéressant encore, l’offre d’emploi a diminué à Seattle ! Pourquoi ? Parce que les travailleurs les moins qualifiés semblent avoir quitté la région dans laquelle le salaire minimum a été augmenté. Ce déplacement de population signifie que l’offre d’emploi à Seattle a diminué (et augmenter ailleurs), ce qui réduit l’ampleur des pertes d’emploi. Mais il est difficile de se réjouir de cette dernière observation puisque cela veut dire que les travailleurs les plus affectés par les augmentations du salaire minimum fuient le salaire minimum !

Et notons finalement qu’il s’agit d’une étude de court terme. Le point de vue majoritaire à l’égard du salaire minimum souligne souvent que les effets pervers prennent beaucoup de temps à se matérialiser. Ce n’est donc pas instantané. Au fur et à mesure que les augmentations subséquentes se matérialiseront, il y a des raisons de croire que les effets à retardement des premières augmentations commenceront à se faire ressentir.

Peut-être qu’il est temps pour les partisans de Minimum 15$ de changer leur fusil d’épaule. Plutôt, il serait temps qu’ils commencent – comme moi – à proposer des mesures ciblées pour les plus pauvres (réduire la régressivité des taxes de vente, réduire la bulle des taux marginaux d’imposition affectant les faibles revenus, éliminer les réglementations qui tombent largement sur le dos des plus pauvres).