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La folie est planétaire

Qui a mis quoi dans l’eau pour que l’humain travaille si fort à devenir moins qu’il est en 2016?

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Quelqu’un a dû mettre quelque chose dans l’eau pour que l’irrationnel et la médiocrité intellectuelle gangrènent la planète comme ils le font en 2016. Tous les jours, nous voyons et entendons des choses qui auraient été impensables au sein de sociétés modernes il y a quelques années.

Un candidat à la présidence américaine claironne qu’il aurait aimé pouvoir frapper certains des orateurs à la convention démocrate «jusqu’à ce que leur tête tourne», sans perdre une décimale dans les sondages.

Des rebelles syriens décapitent un enfant palestinien de 12 ans à Alep pendant que le voisin, le président turc mégalomane, s’acharne à déboulonner la démocratie qui l’a porté au pouvoir.

Je tremble en pensant que la Turquie possède la huitième armée au monde et la deuxième en importance de l’OTAN, après les États-Unis. Imaginons que l’OTAN largue la Turquie: qu’est-ce qui empêcherait Erdogan de flirter avec l’État islamique, son allié naturel dans sa lutte obsessionnelle contre le nationalisme kurde? Même le sérieux quotidien britannique The Guardian évoque cette folle possibilité.

D’autres exemples

Une juge de la Colombie-Britannique libère un couple condamné pour complot terroriste; le CIO refuse de bannir la Russie des Jeux de Rio en dépit de l’existence récente d’un programme de dopage d’État; les autorités religieuses saoudiennes interdisent Pokémon Go, car Pokémon serait un agent sioniste.

Gilbert Rozon affirme sans rire qu’il ne devrait y avoir aucun encadrement au discours public; la première ministre néo-démocrate de l’Alberta s’adresse aux musulmans de sa province un foulard sur la tête; un groupe de millionnaires anglais en train de célébrer la victoire du Brexit dans un restaurant italien huppé de Londres refusent bruyamment d’être servis par un Italien... pendant que Me Goldwater crie au racisme contre les pitbulls.

Sans oublier le Tout-Plateau francophone et nationaliste qui se pâme pour Osheaga, un festival de musique où presque tout se passe en anglais, mais où «les vendeurs de bière seront fort heureux de vous parler en français», dixit une chroniqueuse culturelle.

De porteurs d’eau à porteurs de broue. Misère.

Plus sérieux encore

En 2013, Julian Assange expliquait au président de Google pourquoi il avait créé Wikileaks: «J’ai regardé le monde et j’ai vu qu’il y avait trop d’actes injustes. Je voulais seulement qu’il y ait plus d’actes justes, et moins d’actes injustes.»

Ce qui expliquerait (avertissement d’ironie) pourquoi Wikileaks a publié cette semaine des courriels privés incriminants pour les démocrates, volés par des espions russes dans les serveurs du parti. Un geste qui donne un méchant coup de pouce à Donald Trump qui en a rajouté, suggérant à la Russie et à la Chine de trouver les trente mille courriels personnels qu’Hillary Clinton avait refusé de remettre au FBI.

Jadis, on l’aurait accusé de trahison.

La cerise sur le sundae? Le nombre de jeunes hommes, surtout mais pas seulement, qui affichent bêtise, vulgarité, méchanceté et misogynie comme signes de dissidence anti-establishment, comme en témoigne l’affaire Mike Ward.

Face aux «élites déconnectées» qui osent réfléchir, s’informent auprès de sources fiables et qui se soucient de la qualité de leur langue, ces contestataires décérébrés affichent, sans honte aucune, leur ignorance crasse et leur analphabétisme moral comme badges d’authenticité.

Qui a mis quoi dans l’eau pour que l’humain travaille si fort, au XXIe siècle, pour devenir moins qu’il est? Quel avantage espère-t-il en tirer?