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15 000 km à vélo pour une peine d’amour... et un record Guinness

Le Journal a rencontré le cycliste montréalais Jean-Aimé Bigirimana au O’Quai Bistro au Vieux-Port de Montréal. Le restaurant avait souligné son passage en ville en faisant installer une grande banderole.
Photo annabelle blais Le Journal a rencontré le cycliste montréalais Jean-Aimé Bigirimana au O’Quai Bistro au Vieux-Port de Montréal. Le restaurant avait souligné son passage en ville en faisant installer une grande banderole.

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Un DJ montréalais souhaite établir le record Guiness de la plus longue distance parcourue dans un pays à vélo, soit 15 000 km. Pour compli­quer le tout, il roule avec un vélo à une seule vitesse, dans le sens contraire du vent.

«Je ne me considère pas comme un cycliste­­, j’ai commencé à faire du vélo l’été dernier, explique Jean-Aimé Bigirimana­­. Je ne connais pas le nom des pièces et je ne savais même pas réparer­­ une crevaison il y a encore quelques mois.»

Il roule d’ailleurs avec un vélo à pignon fixe, ou fixie, qui n’est pas fait pour ce genre de périple, mais plutôt pour les courses sur piste ou les petites distances en ville.

Parti en janvier dernier, ce Montréalais d’origine rwandaise a pourtant déjà roulé sur 5000 km au Québec et dans les Maritimes. Avant de s’attaquer à l’ouest du pays, il est repassé par Montréal il y a quelques jours.

À l’origine de ce projet un peu fou, il y a une peine d’amour. Le DJ de 36 ans, connu sous le nom d’artiste JaBIG, s’est mis au vélo après avoir eu le cœur brisé par un amour non réciproque en juin dernier.

Projet un peu idiot...

Il a roulé pendant tous ses temps libres sur les routes du Québec au cours de l’été. À l’automne, il a réalisé que s’il additionnait tous les kilomètres parcourus, cela représentait l’équivalent de la distance entre Montréal et Vancouver.

«Je me suis dit que ce serait un projet un peu idiot de me rendre jusqu’à Vancouver, alors j’ai décidé de le faire», dit-il.

Et comme il ne fait pas les choses à moitié, il a décidé de réaliser un record Guiness en parcourant 15 000 km, de l’océan Atlantique au Pacifique, puis jusqu’à l’océan Arctique.

L’objectif est d’arriver à Tuktoyaktuk, tout au nord des Territoires du Nord-Ouest, en janvier 2017.

Il est ainsi parti, sans bagages et en plein mois de janvier. «Je déteste le froid alors j’ai décidé d’affronter l’hiver», explique­­-t-il.

Il a mis six mois pour accomplir la boucle des Maritimes en faisant en moyenne entre 100 et 140 km par jour à la vitesse de 20 km/h. Quand tout va bien, il peut même faire jusqu’à 200 km.

Après son passage au Québec, il roule désormais en Ontario.

Pas de camping

«Le plus facile dans cette aventure, reste de faire du vélo. Ce qui est compliqué, c’est de vivre dans des familles différentes tous les soirs», dit-il.

En raison de son maigre budget, il dort chez des hôtes rencontrés sur les réseaux sociaux Couchsurfing ou Warm shower, deux sites où des particuliers offrent l’hospitalité gratuitement.

Après une grosse journée, il n’est pas toujours facile de faire la conversation. Mais pas question de faire du camping. «J’ai peur des ours et des loups!» confesse-t-il.

Le changement d’horaire n’est pas toujours facile pour ce DJ habitué à un rythme de vie nocturne.

«Chaque matin, au réveil, je me demande­­ ce que je fais là. Mais dès le premier coup de pédale, je retrouve le bonheur!» s’écrie-t-il.


Un objectif ambitieux

Son projet de franchir 15 000 km est l’équivalent de:

  • 59 fois la distance entre Montréal­­ et Québec
  • trois fois la distance entre Montréal­­ et Vancouver ou trois fois Montréal et Mexico.

Du muscle

Depuis le début de son périple, Jean-Aimé Bigirimana a perdu sa graisse, mais il a pris du muscle.

Il pesait 58 kg au départ et il pèse maintenant 62 kg.

Sa belle surprise

«Le préjugé voulant que les Canadiens sont gentils et polis est bien vrai. Parfois les gens sont tellement gentils que je me demande s’ils veulent quel­que chose en retour. Ça m’a débous­solé, car je n’avais jamais­­ vécu ça dans les grandes villes.»

Sa mauvaise surprise

«Un moment de racisme en Nouvelle­­-Écosse dans un commerce pourtant tenu par un immigrant. Il me suivait partout et me fixait. Je me sentais si mal que je suis allé manger dehors au froid.»

Une vraie frousse

Le pire moment de cette aventure jusqu’à présent est survenu le 5 mai à Terre-Neuve. Dans un endroit isolé, il s’est fait surpren­dre par des chutes de neige se changeant en pluie et il a failli être victime d’hypothermie­­.

«Je me suis dit que j’allais mourir. À ce moment-là, je pédalais juste pour me réchauffer. Il n’y avait pas de refuge, je ne pouvais pas m’arrêter. Je me demandais dans quoi je m’étais embarqué.»

Il a fini par apercevoir une station-service et il s’est effondré. «On m’a enlevé mes vêtements et donné un chocolat chaud.» Après une douche bien chaude et une journée de repos, il a décidé de poursuivre sa route. «Je me suis dit que si j’avais réussi à passer à travers ça, je pouvais faire le tour du Canada!»

Québec, paradis des cyclistes

Après Montréal, il a mis le cap sur Sutton, puis sur Mont-Tremblant. «Le Québec est la meilleure province pour les cyclistes malgré le mauvais état des routes. Les automobilistes respectent plus les cyclis­tes. Et il y a beaucoup de pistes cycla­bles. C’est un réel bonheur­­, alors j’en profite.»

L’aventure en quelques chiffres

En 6 mois, Jean-Aimé Bigirimana a jusqu’ici :

  • Parcouru 5693 km
  • Passé 330 heures à vélo
  • Traversé cinq provinces
  • Dormi chez 50 hôtes
  • Brisé 4 chaînes de vélo
  • Mangé 129 384 calories, dont 144 barres de chocolat, sa friandise préférée
  • Fait une chute et deux crevaisons
  • Usé trois paires de pneus