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La bouffe meilleure que le sexe

Près de la moitié des femmes choisiraient un bon souper au resto plutôt qu’une soirée au lit, selon une étude

Close up to Macaroon on hand , beautiful caucasian woman eating
Photo Fotolia

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Près de la moitié des femmes préfèreraient un bon repas au resto au sexe, mais ce n’est pas le cas de la majorité des hommes, selon une étude.

«Les femmes sont plus sensuelles. Elles aiment quand tous les sens sont excités, explique Marie-Ève Demers-Morabito, sexologue. Manger peut être très sensuel comme expérience, ce n’est donc pas surprenant que plusieurs femmes aient choisi le resto, surtout si elles n’en retrouvent pas autant sous la couette.»

Pas moins de 42 % des femmes donc choisiraient un bon souper plutôt que de passer la soirée au lit contre seulement 26% des hommes, d’après l’étude Eaters Digest, qui a questionné près de 12 000 personnes dans 37 pays dans le monde.

Orgasme culinaire

On note aussi que 46 % des répondants ont affirmé que manger est une expérience aussi agréable que de faire l’amour. Ce chiffre grimpe à 51% si on ne questionne que les femmes.

«Déguster un bon repas peut être un plaisir semblable à la sexualité. Ce n’est pas pour rien qu’on entend des expressions comme “orgasme culinaire”. La bouffe peut être aussi bonne que le sexe», ajoute la sexologue.

La nourriture est devenue un véritable loisir, selon les résultats du rapport.

«On a voulu comparer la nourriture à la sexualité à cause de la popularité du “foodporn” [photos de beaux plats sur les réseaux sociaux]. Les gens se valorisent beaucoup à travers les belles images de bouffe qu’ils publient et l’appui qu’ils obtiennent», souligne Judikaela Auffredou, planificatrice stratégique chez Havas Worldwide au Canada, la firme marketing qui a commandé l’étude sur les tendances culinaires.

Changement

Mais cette tendance à publier une photo de son œuf poché le dimanche matin ou de ses tomates du marché commence à s’estomper, selon la chroniqueuse et blogueuse culinaire Caroline Décoste.

«On voit de plus en plus des photos avec des gens dedans. Le côté plus individuel où on montre seulement l’assiette laisse place à une expérience plus sociale de la nourriture.»

Comme le font certains restos en installant de grandes tables où des inconnus mangent ensemble, insiste la blogueuse de jesuissnob.com.

Ce virage rejoint une autre tendance soulignée par l’étude du Eaters Digest. La majorité des gens souhaitent ralentir la cadence lors des repas.

Les gens veulent plus de temps pour savourer leur plat et profiter du temps avec les autres. Les repas sur le pouce ou la restauration rapide sont de moins en moins appréciés.

 

Les réseaux sociaux comme moteurs de changement

<b>Sylvain Charlebois</b><br />
Université Dalhousie
Photo courtoisie
Sylvain Charlebois
Université Dalhousie

Les réseaux sociaux ne servent plus seulement à publier des photos de bouffe. Ils deviennent de véritables outils pour les consommateurs qui reprennent le contrôle sur ce qu’ils mangent.

«Le rapport de force a changé grâce aux réseaux sociaux. Les gens s’attendent à ce que l’industrie les écoute», insiste Sylvain Charlebois, spécialiste en politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie.

66% des consommateurs croient qu’ils devraient avoir le pouvoir de changer les politiques agroalimentaires - étude Eaters Digest

La pression des consommateurs a poussé récemment des entreprises à revenir sur des décisions qu’ils ont prises, mentionne M. Charlebois.

Ce dernier cite en exemple le cas récent de Loblaws en Ontario qui a été obligé de remettre sur ses tablettes le ketchup French’s après une vague de contestation sur les réseaux sociaux.

«C’est assez incroyable d’avoir réussi à annuler une décision d’une aussi grosse compagnie. Le rôle des réseaux sociaux est déterminant et continuera de prendre de l’ampleur», prédit le spécialiste.

Ce qui fait que les consommateurs sont de plus en plus concernés par ce qu’ils mangent.

«Les gens veulent maîtriser leur alimentation», résume Judikaela Auffredou, planificatrice stratégique chez Havas Worldwide au Canada.

La firme a en effet remarqué, dans son étude sur les tendances des consommateurs, que les gens veulent se rapprocher de la chaîne de production alimentaire.

Éthique, local et écolo

McDonald’s enlèvera le fructose de tous ses pains à la suite de pression des consommateurs pour des produits plus naturels.
Photo d’archives
McDonald’s enlèvera le fructose de tous ses pains à la suite de pression des consommateurs pour des produits plus naturels.

C’est pourquoi les produits locaux gagnent en popularité.

«On le voit auprès des chefs qui cuisinent selon les saisons. Ils ne mettront pas de fraises dans leur menu en janvier, mais utiliseront ce qu’on retrouve chez nous», précise la chroniqueuse et blogueuse culinaire, Caroline Décoste.

Les consommateurs s’interrogent aussi de plus en plus sur l’aspect éthique et l’impact environnemental du contenu de leur assiette.

«Il y a vraiment une redécouverte de la provenance des aliments. On s’était complètement détaché du fait que de notre fromage venait du lait d’une vache. Mais maintenant, la façon dont l’animal est traité pèse dans la balance», souligne Mme Auffredou.

Les produits artificiels ou transformés ont aussi de moins en moins la cote et même les grandes entreprises s’en rendent compte, ajoute M. Charlebois.

«C’est pour répondre à la demande des consommateurs que McDonald’s a annoncé cette semaine qu’il retirait le fructose de tous ces pains aux États-Unis. L’offre change au gré de ce que les gens veulent», soutient-il.

 

Quelques tendances culinaires de 2016

  • Les cures de soupe
  • Les aliments fermentés
  • Les fruits, les légumes et les grains ancestraux
  • Les aliments de type « clean label »
  • Les thés de spécialité, dont le matcha
  • La production hyperlocale (comme les restaurants qui ont leur potager)
  • Les farines sans blé
  • Les probiotiques et la santé intestinale
  • Le curcuma et les autres épices anti-inflammatoires
  • Faits saillants de l’étude

 

Faits saillants de l’étude

 

Manger au restaurant est une de mes activités favorites

  • 18-34 ans: 53%
  • 35-54 ans: 43%
  • 55 ans et +: 23%

 


J’aime faire l’épicerie. C’est ma tâche favorite

  • 18-34 ans: 56%
  • 35-54 ans: 51%
  • 55 ans et +: 44%

 


C’est important de manger au moins un bon repas en famille par jour

  • 18-34 ans: 82%
  • 35-54 ans: 86%
  • 55 ans et +: 82%

 


60% des gens sont prêts à payer plus pour des produits locaux

 

Quelques inquiétudes des répondants

  • Je suis inquiet que nos sources d’approvisionnements soient de plus en plus contaminées et dangereuses: 71%
  • Je m’inquiète de l’impact que peuvent avoir sur ma santé les ingrédients artificiels présents dans ce que je mange et bois: 71%
  • La malbouffe et les diètes malsaines sont parmi les principales menaces qui pèsent sur notre espèce: 71%