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Nager pour inspirer

Normand Piché veut devenir le premier à relier cinq continents à la nage en 80 jours

GEN-NORMAND PICHÉ À L'ENTRAÎNEMENT
Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean Normand Piché va se lancer dans une grande aventure dans trois semaines en Alaska.

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Pendant que des milliers d’athlètes tenteront de repousser leurs limites aux Jeux olympiques de Rio, le conférencier Normand Piché cherchera lui aussi à réussir l’impossible. L’aventurier a pour mission de devenir le premier homme des Amériques à relier cinq continents à la nage à l’aide de cinq traversées en 80 jours.

L’ancien agent d’artistes amorcera son périple en Alaska dans trois semaines. Il nagera dans le détroit de Béring, celui de Gibraltar, la mer Rouge, le Bosphore et l’océan Pacifique, traversant une centaine de kilomètres.

Un projet ambitieux qui est né en côtoyant athlètes et entraîneurs de haut niveau.

Inspiré par les Jeux de Sotchi

«J’étais aux Jeux olympiques de Sotchi [en 2014] avec les athlètes canadiens dans le cadre de l’écriture d’un livre d’inspiration, a raconté l'homme de 45 ans, hier. Le premier soir de la remise de médailles, quand je voyais les athlètes recevoir leurs médailles avec ce sentiment de satisfaction absolue, je me suis dit: “C’est dans cette énergie que je veux vivre ma vie”.»

Piché a ensuite amorcé un processus d’introspection afin de trouver au plus profond de lui-même ce qu’il souhaitait vraiment. Passionné de natation depuis l’âge de sept ans, il a finalement trouvé la réponse qu’il attendait après mûre réflexion.

«Quand j’ai trouvé mon rêve, ma première réaction a été de me dire: “Ça n’a pas de bon sens, c’est bien trop gros!”

«Je n’aurais jamais dû arrêter la natation. Je ne pourrai jamais participer aux Jeux, mais il n’est pas trop tard pour me créer mes propres Olympiques», a-t-il ajouté.

«Je vais commencer par le premier coup de bras.»

Frileux

Un projet d’une telle ampleur demande un entraînement des plus rigoureux. Le Montréalais a passé les deux dernières années dans l’eau, s’entraînant six jours par semaine.

«Je me suis équipé comme un “olympien”: entraîneur, thérapeutes, etc. [...] Je nageais 60 kilomètres par semaine; c’est l’équivalent de 300 km à pied.»

Il a également dû puiser au plus profond de ses ressources afin de développer une certaine tolérance au froid.

«Je suis quelqu’un de très frileux! a-t-il lancé. J’ai commencé par prendre des bains glacés d’une minute, puis deux minutes. [...] Aujourd’hui, j’ai été en mesure de rester pendant 25 minutes à 4 degrés.»

«De nager pendant des heures dans l’eau glacée, avec des risques d’hypothermie, pour l’avoir vécu...c’est un gros “challenge”.»

Danger

En plus du froid, M. Piché croisera sur sa route plusieurs dangers qui pourraient mettre sa vie en péril, dont des requins, des orques et des méduses.

«J’ai parlé à quelqu’un qui a été piqué [par une méduse]. Elle s’agrippe et te mord, et tu sens le venin entrer. Puis, un sentiment de paralysie s’installe. Je ne vais pas mourir, mais je vais souffrir.»

«Les probabilités d’attaque de requin ne sont pas si grandes. Et j’ai deux bateaux qui m’accompagnent.»

Également, les obstacles ne se trouveront pas seulement dans l'eau.

«Dans le Gibraltar, il y a environ 300 cargos par jour, donc énormément de pollution. C’est comme nager dans le gaz. Malheureusement, je ne peux pas me préparer pour ça.»

Repousser ses limites

L’aventurier Normand Piché ne cherche aucunement à établir un record du monde à travers son périple. Inspirer les gens est ce qu’il y a de plus cher à ses yeux.

S’il cherche à devenir le premier homme des Amériques à relier cinq continents à la nage en 80 jours, il veut d’abord aider les autres à réaliser leur rêve en prouvant que rien n’est impossible.

Pas compétitif

«La dimension compétition ne fait pas partie de mon être, a-t-il confié. Des Français l’ont fait en 100 jours. Je n’ai pas la prétention de dire que je vais faire mieux [...] Une amie m’a lancé: “Pourquoi pas 80 jours, comme dans l’histoire de Jules Verne?” Ça amenait un peu de poésie au projet.»

Sixième traversée

Le Québécois a également décidé de réaliser une sixième traversée au sein du lac Léman, en Suisse, qui se terminera de façon symbolique au siège social de l’Organisation des Nations Unies (ONU).

«Avec tout ce qui arrive sur la planète, je ne vais pas sauver le monde. Je veux simplement inspirer et promouvoir des valeurs importantes. C’est par des petits gestes quotidiens qu’on peut faire une différence», dit-il.

«J’invite les gens à m’écrire, ceux qui ont des rêves ou des souhaits. Que ce soit des rêves humanitaires, de paix ou autres, je vais remettre ça à l’ONU dans un geste symbolique de paix.»

Redonner à la communauté

À son retour en sol québécois, M. Piché rédigera un livre sur cette aventure unique, qui fera aussi l’objet d’un documentaire. Il promet aussi de parcourir les écoles du Québec, continuant d’inspirer les jeunes, qui «ont l’avenir entre leurs mains».

«Je reçois beaucoup dans ce projet, alors ma façon de remettre ça, c’est de donner 80 conférences gratuites», a-t-il souligné.

À trois semaines du grand jour, le nageur sent la fébrilité s’installer, après l’énorme travail accompli depuis 2014.

«Passer à travers les deux dernières années, un jour à la fois, malgré les montagnes russes et les embûches... l’expérience en soi sera un cadeau. Le processus a été plutôt laborieux.»