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L’affaire Mike Ward

L’affaire Mike Ward
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

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Tout le monde a un avis sur l’affaire Mike Ward.

C’est normal, car au-delà de la querelle entre un humoriste brutal et un enfant handicapé, il y a une querelle­­ autrement plus importante: celle de la liberté d’expression.

À quelles limites devons-nous la soumettre?

Je le confesse: je n’aime pas l’humour de Mike Ward. Il est brutal et grossier.

Mais vous devinez la suite: à quoi sert la liberté d’expression­­, si ce n’est pour permettre à des gens qui nous exaspèrent de parler aussi librement que nous publiquement?

Humour

Et à moins de souhaiter une société tarte aux pommes où tout le monde est gentil et convenable, il faut bien convenir que l’humour, à l’occasion­­, peut être abrasif et même insupportable.

Faut-il soumettre la société à un code­­ de bonne conduite et obliger chacun à s’y soumettre?

Les excès de la liberté ne valent-ils pas mieux que ceux de la répression?

Une enseignante s’est désolée, dans une lettre ouverte, que l’humour d’un Mike Ward soit toléré dans une société où, à l’école, on lutte contre l’intimidation. On peut la comprendre. Elle parle du cœur, et pour une noble cause.

Mais cette dame a oublié une chose élémentaire: une salle de classe n’est pas une salle de spectacle.

Dans la première, on apprend les bonnes manières. Dans la seconde, on peut transgresser la bienséance. C’est particulièrement vrai en humour, où il y a un pacte entre l’humoriste et son public: tout doit être pris au deuxième degré.

On nous dira que le petit Jeremy n’est pas un gamin comme les autres. Qu’il représentait un groupe fragilisé. Évidemment, le sort de Jeremy Gabriel­­ est malheureux et son handicap, bouleversant.

Mais les choses sont plus compliquées et dépassent le cas du petit Jeremy­­: aujourd’hui, il suffit de se présenter comme une victime ou un discriminé pour gagner la complaisance des médias et se transformer en intouchable.

C’est même devenu une stratégie: ceux qui veulent faire taire leurs contradicteurs prennent la pose de la victime et en appellent à la censure.

Le politiquement correct façonne le droit.

D’ailleurs, c’est au nom des droits de la personne qu’on condamne Mike Ward.

Autrement dit, la censure s’exerce au nom de la vertu.

Censure vertueuse

D’ailleurs, c’est aussi au nom des droits de la personne que la Commission des droits de la personne et de la jeunesse veut condamner ceux qui font la promotion de la «discrimination».

Sauf qu’à gratter un peu, on comprend que tous ceux qui ne se soumettent pas au culte immodéré des minorités sont de potentiels discriminateurs.

De ceux qui veulent interdire le blasphème à ceux qui veulent imposer un corset moralisateur à l’humour en passant par les juristes transformés en curés, c’est une vaste coalition qui canarde la liberté d’expression.

Humoristes méchants, caricaturistes vicieux, militants anti-islamistes, conservateurs sociaux et nationalistes décomplexés seront un jour poursuivis.

Mike Ward est peut-être un abruti. Mais en défendant sa liberté, nous défendons­­ aussi la nôtre. Notamment celle de l’accuser de pratiquer un humour­­ ordurier.