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Nomination des juges à la Cour suprême : coup fourré pour le Québec!

Nomination des juges à la Cour suprême : coup fourré pour le Québec!
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Desgagnés

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Sous des airs de transparence, le premier ministre Justin Trudeau s’apprête à affaiblir la présence de juges québécois à la Cour suprême et notre premier ministre provincialiste Couillard lui sert une réponse mièvre en se faisant accroire qu’il y a là une occasion à saisir pour le Québec.

Si Pierre Elliot Trudeau avait tort de traiter de pleutres les Johnson, Bourassa et Lévesque parce qu’ils résistaient à sa vindicte et ses diktats, les québécois auront raison de considérer Philippe Couillard comme tel avec l’aplaventrisme dont il fait preuve face à Ottawa. En pleine période estivale, le premier ministre canadien annonce une réforme importante dans la nomination des juges sans même avoir consulté les partis d’opposition et les premiers ministres des provinces. Notre premier ministre québécois n’arrive même pas à afficher un minimum d’indignation face à la manière de faire et une certaine inquiétude sur la proposition de son homologue fédéral.  Avec une telle attitude, il ne saisira pas grand-chose et il pourra continuer d’aller se pavaner au Conseil de la fédération.

Poursuivant le fédéralisme centralisateur et le multiculturalisme prôné par son père, Justin Trudeau annonce en dehors des institutions parlementaires son intention de modifier le processus de nomination des juges à la Cour suprême. Particulièrement habile et racoleur, il utilise des mots qui peuvent charmer un auditoire tout en masquant certaines réalités malgré des prétentions de transparences. Il est certain que pour les Québécois, l’obligation de bilinguisme plaît, toutefois elle vient occulter les risques de changements constitutionnels pour qu'il y ait moins de juges originant du Québec à cette cour avec les inconvénients qui pourront en découler.

En phase avec le trudeauisme, le premier ministre veut instiller le multiculturalisme au sein de la Cour suprême, reléguant aux oubliettes le caractère distinct du Québec quant à son code civil, sa culture et à sa langue. Nous nous éloignons de la reconnaissance timide de la nation québécoise par le précédent gouvernement pour n’être qu’une communauté parmi d’autres. À ce rythme, le jour n’est pas loin où nous connaitrons le sort réservé aux minorités d’ailleurs dans le monde avec la domination de la langue et des valeurs de l’ethnie majoritaire, en l’occurrence l’anglais et le « melting pot ».

L’aspect le plus sordide dans le projet Trudeau, c’est que le Québec n’en éprouvera pas les conséquences avant une quinzaine d’années et peut-être même plus, soit au moment où le fédéral aura à remplacer un juge originant du Québec. D’ici là, la diversité souhaitée ira de soi dans les mentalités et la réduction du nombre de juges québécois pourrait devenir pure formalité. Il n’y a pas qu’Eugénie Bouchard qui serait assimilée si je m’en tiens aux propos du collègue Bock-Côté, il serait approprié d’y ajouter Justin Trudeau. En fait, ceux qui trouvent qu’il s’exprime difficilement en français et qu’il pense en Anglais ont une occasion supplémentaire de le croire.

La Cour suprême n’était pas une panacée pour le Québec alors qu’on lui reprochait d’être comme la tour de Pise et de toujours pencher du même côté, notre loi 101 charcutée en étant un excellent exemple. Cependant les modifications proposées par Justin Trudeau l’éloigneront encore plus des sensibilités du Québec et elle ne pourra définitivement pas être un rempart de protection pour notre société de moins en moins distincte.