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Un serveur arrêté pour avoir servi un tartare de saumon à un client allergique

Le serveur ne peut pas prendre tout le blâme d’une crise, estiment des gens près de la clientèle allergique

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Photo courtoisie Simon-Pierre Canuel est resté une semaine aux soins intensifs après sa crise d’allergie survenue dans un resto de Sherbrooke.

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L’homme allergique qui a frôlé la mort en mangeant du saumon dans un restaurant était aussi responsable de son état de santé que le serveur, estiment des parents d’enfants allergiques et des restaurateurs.

«Une personne allergique, qu’elle le veuille ou non, est responsable de sa propre sécurité, d’autant plus qu’il s’agit d’un adulte qui avait aussi déjà vécu une réaction allergique grave, insiste Annie Boisvert, mère d’un enfant de cinq ans souffrant de plusieurs allergies. Le restaurant et le client ont des torts dans cet accident.»

Le Directeur de poursuites criminelles et pénales étudiait hier la possibilité de porter une accusation de négligence criminelle à l’endroit d’un serveur de 22 ans qui aurait remis un tartare de saumon à un client alors qu’il l’avait informé au préalable de son allergie.

Pas informé la cuisine

«Il y a des rappels réguliers de produits parce qu’ils contiennent des allergènes non déclarés. La police ne débarque pas pour arrêter l’employé qui s’est trompé», compare Dominique Dion, propriétaire du restaurant Zéro8, tout en compatissant sur le cauchemar vécu par la victime.

Le 29 mai dernier, Simon-Pierre Canuel, 34 ans, était attablé au restaurant Le Tapageur à Sherbrooke où il a commandé un tartare de bœuf en spécifiant ses allergies au saumon et aux fruits de mer.

«Mais le serveur n’a pas avisé le cuisinier et, en plus, il lui a servi un tartare de saumon au lieu du bœuf», selon l’agent Martin Carrier de la police de Sherbrooke.

M. Canuel a finalement fait une grave réaction allergique après avoir avalé sa première bouchée. Son Epipen était restée dans sa voiture. ll a fait un arrêt cardiaque à l’hôpital et a été plongé dans le coma pendant deux jours. Il a porté plainte pour négligence criminelle.

 
Simon-Pierre Canuel, de Gatineau, est allergique au saumon et aux fruits de mer et a vu la mort de près il y a deux mois lorsqu’un serveur du restaurant Le Tapageur de Sherbrooke lui a servi un tartare de saumon plutôt qu’un tartare de bœuf.
Photo tirée de Google Maps
Simon-Pierre Canuel, de Gatineau, est allergique au saumon et aux fruits de mer et a vu la mort de près il y a deux mois lorsqu’un serveur du restaurant Le Tapageur de Sherbrooke lui a servi un tartare de saumon plutôt qu’un tartare de bœuf.

Précédent inquiétant

«C’est facile de faire une erreur sur un bouton et de commander le mauvais plat», avance John Zannis, copropriétaire des restos Ottavio de Laval et Gatineau, qui a rappelé les procédures entourant le service de personne allergique à ses employés.
 
L’auteure du livre Déjouer les allergies et mère d’un enfant polyallergique, Marie-Josée Bettez, souhaite que cet événement sensibilise le milieu de la restauration. Elle espère cependant qu’aucune accusation criminelle ne sera portée contre le serveur.
 
«Il y a un danger de créer un précédent. Les restaurateurs pourraient refuser d’accueillir des clients allergiques parce qu’il y aurait trop de risques de poursuites. Ces derniers deviendraient trop risqués pour les restaurants», craint-elle.
 
Le restaurant Le Tapageur n’a pas rappelé Le Journal.
 

— Avec la collaboration d’Éric Thibault

Il ne regrette pas d’avoir porté plainte

 
Le client ne regrette pas d’avoir porté plainte contre le serveur qui consommait de l’alcool au travail, selon lui.
 
«De mémoire, il n’y avait pas beaucoup de monde dans le restaurant. Mais le serveur était très occupé avec la table d’à côté à rire et à boire des shooters», insiste Simon-Pierre Canuel lors d’un entretien avec Le Journal.
 
L’homme de 34 ans soutient que le serveur se doit d’assumer ses gestes qui lui occasionnent encore beaucoup de stress et de nuits blanches.
 
«Ça ne finit plus. Il doit y avoir un dédommagement monétaire ou des sanctions. Si la police a procédé à son arrestation, c’est qu’il devait y avoir des motifs raisonnables», estime-t-il.
 
Le résident de Gatineau jette la plus grande partie du blâme sur le serveur.
 
«J’assume ma décision. C’est sûr que ce n’est pas facile, mais j’ai failli perdre la vie. Le serveur n’avait pas de calepin de note lorsqu’il a pris ma commande et je ne l’ai pas vu ni entendu informer la cuisine de mon allergie», ajoute-t-il.
 
Une première
 
Si le jeune employé est accusé, ce serait une première au Québec, a dit Me François-David Bernier à LCN.
 
«Ça voudrait dire qu’il a commis un acte téméraire, déréglé qui met la vie d’autrui en danger», insiste l’avocat qui doute fort que les serveurs deviennent à risque d’être accusés au criminel.
 
Au Royaume-Uni, un restaurateur a été condamné en mai à six ans de prison pour avoir servi un plat contenant des arachides à un client allergique, qui en est mort.
 
Plutôt que d’en arriver là, le propriétaire du restaurant sans allergène Zéro8, Dominique Dion, croit que le gouvernement devrait plutôt améliorer les formations offertes aux employés de la restauration en matière d’allergie et y inclure les serveurs.
 
«Si ce n’est pas tout le personnel, il devrait y avoir au moins une personne en service qui est formée et qui est affectée à la clientèle allergique, s’il y en a», insiste le restaurateur, ajoutant que les restaurants devraient aussi tous se procurer une Epipen.

— Avec la collaboration de Samuel Blais-Gauthier