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Leur rêve jeté à la rue

La dizaine de résidents d’une coop, mise sur pied en 2003, ont été évincés

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De jeunes adultes qui vivaient en communauté dans des appartements ayant déjà appartenu à Gilles Latulippe ont été brutalement mis à la rue dimanche, ce qui a mis fin à leur projet d’un mode de vie alternatif.

La dizaine de résidents de la «Coop sur Généreux», située dans le même immeuble que le cabaret La Tulipe sur le Plateau-Mont-Royal, ont été forcés de quitter les lieux en quatrième vitesse, après une expulsion qui serait illégale, selon Julien David-Pelletier, directeur général de Juripop et avocat-conseil pour quelques-un des évincés.

Le projet de vie en communauté existe depuis 2003, mais les locataires et occupants des lieux varient avec les années.

Les logements de style loft sur deux étages appartenaient au fils et héritier de Gilles Latulippe, Olivier, jusqu’en mars. Pierre-Yves Beaudoin les a ensuite achetés.

Photo Annabelle Blais

Dimanche, sans aucun préavis selon cinq occupants des lieux avec qui Le Journal s’est entretenu, le propriétaire est venu, accompagné­­ d’agents de sécurité privés, et a ordonné aux locataires de partir.

«Je finissais mon brunch quand on m’a dit que le propriétaire voulait nous parler, je suis sorti pieds nus et les agents nous ont empêchés de rentrer», explique Arnault Minguez, un ostéopathe de 26 ans.

«extorsion» ?

Après avoir insisté pour aller récupérer des effets personnels, ils ont pu entrer.

«Nos choses avaient été mises dans des sacs-poubelle et des boîtes, mais on n’a pas pu tout prendre», dit Caroline Champoux.

Tant le propriétaire que des locataires ont appelé les policiers. Ces derniers se sont déplacés, mais ne sont pas intervenus, car le problème relève plutôt de la Régie du logement, selon des occupants.

Selon eux, le propriétaire aurait exigé d’eux qu’ils signent un papier dans lequel ils acceptaient leur expulsion s’ils voulaient récupérer leurs affaires.

«Certains locataires ont signé, mais nous, on a refusé», affirme Pascal Huynh.

«C’est illégal, on peut parler d’extorsion», croit Me David-Pelletier.

«C’est complètement injuste», ajoute Sabrina Gaquière, une locataire depuis 5 ans.

Mercredi, un groupe de cinq expropriés sont retournés avec un camion. Le propriétaire a accepté de les laisser reprendre leurs boîtes.

Le propriétaire a refusé de confirmer au Journal s’il avait remis des avis de reprise de logement. Il a refusé de dire s’il reprendrait les logements pour lui ou sa famille (ce qui est permis si un avis est envoyé).

Loyers payés

Il prétend qu’il n’a jamais vu de bail et que personne, dans les logements, ne lui versait de loyer, mais refuse de dire qu’il n’a pas empoché de l’argent.

Cependant, Le Journal a pu consulter un bail au nom de «Coop Généreux» en tant que locataire pour la période 2008-2013.

Sabrina Gaquière, une enseignante de 26 ans, dit avoir signé une annexe de bail comme locataire et serait la seule du groupe à qui nous avons parlé à avoir un contrat avec le propriétaire. En raison de l’expulsion, elle n’avait pas ce document en sa possession. Le Journal a toutefois pu consulter des reçus pour un loyer de 3290,50 $ au nom de Mme Gaquière, dont le dernier date du mois dernier.

Sans se prononcer sur ce cas, le porte-parole de la Régie du logement, Denis Miron, affirme que s’il y a un bail, le propriétaire doit obtenir un jugement avant d’évincer des locataires. «Personne ne peut se faire justice soi-même de but en blanc», dit-il.

Pas un squat insalubre, selon les résidents

La «Coop sur Généreux» n’est pas une coop enregistrée. Il s’agit d’un nom qu’un groupe de personnes a donné à leur projet de vie en communauté, qui remonte à 2003.

Le nouveau propriétaire du logement a accepté de nous faire visiter les lofts sur deux étages, mercredi. Selon lui, les logements étaient insalubres­­, mais le ménage avait été fait au moment de notre passage.

«J’attends de recevoir des avis de la Ville pour déclarer le lieu insalubre», a-t-il dit.

Selon les cinq locataires à qui nous avons parlé, aucun inspecteur n’est venu. Ils affirment­­ que l’endroit n’avait rien d’un squat insalubre. L’arrondissement du Plateau-Mont-Royal ne nous a pas rappelés.

Murs fragiles

Sur place, nous avons compté environ 9 chambres qui ont été fabriquées de façon­­ artisanale, dont au moins une avec de la paille et de l’argile. Il y aurait 11 locataires «officiels» en plus des voyageurs de passage qui pouvaient parfois dormir sur le divan, nous ont dit des locataires.

«Il y en a pour 100 000 $ de dommages et la sécurité était compromise», soutient Pierre-Yves Beaudoin, le propriétaire, qui nous a interdit de prendre des photos.

Les locataires disent ne jamais­­ avoir été informés ni avoir reçu d’avis concernant des problèmes de sécurité.

Un article dans le Voir datant­­ de 2005 témoigne déjà des murs en argile et en paille pour les chambres supplémentaires.

Il stipule que les locataires acceptaient de se conformer au code du bâtiment dans leurs constructions artisanales.

L’article cite également le fils de Gilles Latulippe, Olivier­­, qui disait avoir été séduit par le sérieux et la fiabilité­­ des gens qui faisaient­­ partie de la coopérative à l’époque.

M. Latulippe semblait donc au courant du projet. Mais il a été impossible de savoir s’il était toujours satisfait de la gestion des logements lors de la vente, en mars, car il a refusé de nous parler.