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Voter Clinton, voter Trump... ou se radicaliser ?

Voter Clinton, voter Trump... ou se radicaliser ?

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La semaine prochaine des dizaines de milliers de personnes participeront au Forum social mondial (FSM) à Montréal, le premier à se tenir dans un pays du Nord. Le FSM a été fondé dans le sud du Brésil pour donner la réplique au Forum économique de Davos qui se tient chaque année en Suisse. Si les élites d’affaires se rassemblent chaque année pour décider de l’avenir du monde, pourquoi les mouvements sociaux n’en feraient pas autant? Les bonzes du capitalisme d’un côté et les irréductibles de la démocratie de l’autre.

Depuis le premier FSM il y a quinze ans, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Le monde a changé. Les attentats du 11 septembre, la Grande Récession de 2008, l’austérité tous azimuts, la montée de l’extrême droite (néofasciste ou djihadiste), de l’autoritarisme et du militarisme sont quelques-uns des événements qui ont changé la face du monde dans les deux dernières décennies.

Le FSM a lui-même connu sa part d’ennuis. Il a cherché à se décentraliser, parfois avec des succès remarquables et parfois avec des résultats plus timorés. Plusieurs jugent que la dynamique des forums sociaux s’est essoufflée malgré son regain de 2013 en Tunisie, le pays qui a vu naître le printemps arabe et su insuffler une bonne dose d’espoir aux progressistes du monde entier.

 

Le véritable échec

Mais si échec il y a dans ce monde, ce n’est pas celui des mouvements sociaux et des militant·e·s idéalistes qui se rassemblent dans le grand et joyeux bordel qu’est le Forum social mondial. L’échec, le vrai, le lourd, c’est celui de la démocratie capitaliste – et de son euphémisme « économie de marché » – qui avait promis la prospérité pour tous et toutes à la fin dernier millénaire.

Le néolibéralisme, une version archi-sophistiquée du mode d’accumulation capitaliste et dont l’élan triomphant s’est intitulé « mondialisation », nous a menés au bord du gouffre. Prenez-le sous l’angle des inégalités, de la précarité, de la pauvreté, de la santé mentale ou encore de l’environnement, vous conclurez à un retentissant échec de notre modèle économique.

Ce modèle, ne l’oublions pas, n’est pas une ode au « privé » au détriment du « public ». Les États occidentaux sont eux-mêmes le fer de lance du néolibéralisme et ne jurent que par des réformes inspirées de l’entreprise privée. Les technocrates néolibéraux constituent désormais la colonne vertébrale des appareils étatiques occidentaux, le cas le plus déprimant étant certainement celui de l’Union européenne, qui consacre un véritable culte aux mécanismes de marché aux dépens des peuples et des instances démocratiques.

La concurrence, la performance, l’utilisateur-payeur : ces notions héritées des réingénieries et des modernisations de notre époque ne sont plus les lubies de quelques prophètes de malheur, ce sont désormais les valeurs-phares bien implantées de nos institutions et de notre quotidien. Qu’il s’agisse de traités de libre échange ou de la énième réforme en santé, l’adhésion au néolibéralisme ne connaît pas de rival, et le monde qu’il nous laisse en est un d’insatisfaction, d’angoisse et d’incertitudes.

 

Le dégoût

Les conséquences politiques sont redoutables. Tant aux États-Unis qu’en Europe, les peuples régurgitent les politiques néolibérales en votant pour des partis politiques xénophobes, ultranationalistes ou ultraconservateurs. Ils appuient de plus en plus massivement des bouffons mégalomanes comme Donald Trump parce qu’il est probablement moins humiliant pour un·e citoyen·ne dépossédée de se ranger derrière un frondeur désaxé que de céder encore une fois au chantage du soi-disant moins pire mis de l’avant par l’establishment néolibéral.

Voter pour un politicien antisystème semble provoquer un moment de soulagement passager à l’électorat contemporain. Mais comme ces Britanniques mélangés, inconsolables d’avoir gagné leur vote au lendemain du référendum sur le Brexit, voter pour n’importe quel démagogue cracheur de haine peut provoquer une méchante gueule de bois.

Alors que faire? Faut-il donc continuer de supporter l’alternance au gouvernement entre néolibéraux de gauche et néolibéraux de droite comme on l’observe depuis trente ans et ce, en dépit du cul-de-sac civilisationnel où ces politiques nous ont menés ?

 

La radicalisation

Il ne reste qu’une option : appuyer des transformations à la fois anti-systémiques et radicalement démocratiques.

Depuis plus de vingt ans, tant les mouvements anti-mondialisation que les altermondialistes, au sein du Forum social ou ailleurs, œuvrent précisément à atteindre cet objectif : élaborer des propositions socio-économiques qui s’opposent à la fois au néolibéralisme et au reflux conservateur. Qui préservent et revalorisent la démocratie en l’étirant pour couvrir également l’économie plutôt que d’abandonner cette sphère de la société à des organisations transnationales privées et fortunées qui court-circuitent le fonctionnement des parlements élus par les populations et qui monopolisent une part sans cesse grandissante de la richesse mondiale.

Le FSM n’est pas une organisation, c’est une pléthore d’organisations constituant de gigantesques réseaux de solidarité où l’on trouve un peu de tout. Cette absence de hiérarchie, cette liberté de parole et ce foisonnement de propositions et d’idées, où le dogmatisme n’est pas le bienvenu, ne favorisent certes pas les conquêtes politiques immédiates, mais il a disséminé au fil du temps les principes et le matériau des fondations sur lesquelles auront été construits les prochains projets politiques – et donc les projets socio-économiques – de demain. Si bien-sûr notre destinée commune n’est pas simplement de disparaître tous et toutes dans un cataclysme quelconque.

Des dizaines de milliers de personnes débattront la semaine prochaine de tout cela. Parmi les centaines d’activités, plusieurs aborderont les enjeux économiques et proposeront à cet égard des transformations audacieuses, profondes et – pourquoi pas – radicales.

Allez donc y faire un tour, et amenez avec vous un ami préoccupé, un parent révolté ou une voisine blasée...